Il y a de la joie dans l’air. Fêtes religieuses ou païennes, la vie ose prendre le dessus. Je préfère l’idée de renaissance à celle de résurrection… Je dirais même l’idée de réinvention. La nature envoie mille signaux de vie. Cette énergie étonnante, ce flux, passe en nous pour peu que nous nous laissions traverser. Comme la plante qui bourgeonne et s’épanouit, il s’agit de se déployer, d’oser cette ouverture mentale et physique, d’accepter le moteur de l’enthousiasme puis de se mettre en action.
Le goût de la liberté

La liberté est devant. Elle est dans le chemin. Elle n’habite ni le regret, ni le ressentiment. La liberté c’est ce que l’on s’accorde d’abord à soi même. Choisir sa vie. C’est là une chance dont il faut s’emparer. Ne pas laisser aux autres le soin de penser à notre place ce qui serait bon pour nous. Facile à dire, mais résistons-nous à cette pression ? La liberté se décide seul ou seule mais elle aime les rencontres. Ma liberté aime explorer, découvrir, apprendre, comprendre. Elle est mouvement. Elle pensera contre ce qui est figé, établi, guindé, dogmatique

Se séparer de la souffrance et de la peur
Si notre enfant intérieur aime la vie, se mouvoir, expérimenter… dans notre histoire la peur est ce mélange de rationnel et d’irrationnel. Née d’expériences douloureuses, de communications ratées, de confiance brisée, cette peur a pu nous envahir au point de piétiner et restreindre notre futur.
Je lui ai donné sa part. Comme un idiot, je me suis débattu le pied pris à son piège. Mais plus on se débat, plus on a mal. Il faut alors prendre son courage à deux mains, écarter les mâchoires du piège et partir, laisser le piège rouiller sur place sans se retourner.
On peut avoir saigné, il peut rester une cicatrice, une mémoire. Le dire ainsi est aux limites de la mièvrerie. Pas d’excuse pour le chasseur, mais je ne lui ferai pas l’honneur du ressentiment. Pardonner est encore une façon de se libérer, de ne plus se laisser dominer…
La souffrance n’est pas du tout une obligation dans la vie ! Le concept du martyr fut une façon pour la religion comme l’ordre établi de la patrie de nous laisser croire qu’il fallait souffrir pour être libre ou atteindre un prétendu paradis. Non, il faut juste avoir le courage d’être soi, peut-être de ne pas être aimé …
La souffrance, si on l’alimente est dévoratrice d’énergie. Il faut s’en émanciper, si besoin par la lutte émancipatrice, pas de fatalisme. Si les peuples savaient le pouvoir qu’ils détiennent entre leurs mains, ils se libéreraient du joug imbécile des autocrates.
Notre vie est une création, une réinvention
Chacune, chacun d’entre nous est une œuvre d’art. Mais jamais une œuvre achevée. Être digne de soi, c’est être le chef d’orchestre de sa vie, se connecter à soi, au présent, à ses valeurs, à ses besoins…
On essaye. L’essai devient erreur si on répète à l’infini les conditions qui ont mené à un échec. On veut écrire les lignes du scénario alors qu’il faut se rendre disponible, savoir faire montre d’assertivité, d’ouverture, de curiosité, de sérendipité.
Humain d’égale dignité à tout humain, mon bonheur tient non pas dans la reconnaissance, mais dans la recherche, le cheminement, l’imagination. La singularité n’est pas une quête en soi, ce serait juste du snobisme, elle est l’expression de la note unique que nous avons trouvée en nous même… et si elle se joue en harmonie avec d’autres, c’est merveille.
Ce qui compte ce n’est pas la perfection, c’est l’invention. Ce qui m’intéresse chez autrui, ce n’est pas comment il ou elle imite un modèle, mais au prix de ses failles, comment il trouve « sa » note, sa couleur propre, ce qui fait qu’il est impossible de la ou le confondre avec autrui.
Une vie réussie ce serait ça : comment trouver et faire vibrer sa singularité propre ?
Comment plonger dans le flow pour se relier à soi et aux autres et prendre sa place dans le paysage.
Nous nous donnons un but à atteindre. Très souvent, ce but changera en cours de route car le voyage nous aura transformé-e.
Pour pouvoir être soi même, il faut accepter de se laisser transformer, de se révéler à soi même dans cette surprise que d’aucuns nomment « résurrection », ou que je nomme « réinvention ».
Cette femme qui reprend des couleurs à la mort de son mari, cet autre qui regarde les choses autrement après un handicap ou avoir surmonté des difficultés, ces adeptes sans le dire souvent de la résilience qui ont survécu aux pires horreurs, aux pires maltraitances… ils ont tous tracé leur route, dit, inventé, écrit, fabriqué, marché, partagé…
Guetter, humer, goûter…

Galou l’autre jour nous a fait un malaise qui me fit peur. Je l’ai soigné et je le regarde inquiet. Ce vieillard de cent-vingt ans dès qu’il reprend du « poil de la bête » exige plus que jamais d’aller goûter la vie, renifler les chemins, jouer à la balle, entrer en relation avec d’autres animaux et il aime échanger tendrement avec la chatte. Il ne se morfond pas. Il est parfaitement connecté à l’énergie de la vie et me donne au quotidien de vraies leçons, mine de rien, l’air de rien.
Alors oui, la vie est là. Fragile, mais capable de prendre mille formes et surtout nous rappelant que la mort n’est rien à côté de la puissance généreuse de la vie.
La mort n’est rien du tout à côté du rire d’un enfant ou du passage d’un rapace au dessus de la maison comme tout à l’heure…

Un mot en retour ?