Il faut donner la parole à la jeunesse


Grealou

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4–6 minutes

Le 10 juin 2025, une assistante d’éducation a été assassinée. Une minute de silence a eu lieu ce 12 juin. Il y a maintenant une chose capitale à faire, la plus importante avant le reste : c’est donner la parole à la jeunesse et l’écouter. Vraiment.


Vu à la télévision

Devant la télévision à midi, ce 12 juin, j’ai regardé « en direct » la minute de silence en mémoire de l’assistante d’éducation assassinée.

J’ai vu le visage de ces jeunes gens debout entre les tables de leur réfectoire. Filles et garçons se trouvaient sous la pression des caméras. La gêne était palpable. Tandis que le chef d’établissement lisait le texte officiel, certains se cherchaient du regard. Il m’a semblé que l’un d’eux était très ému. Peut-être au bord des larmes.

Tous étaient touchants de fragilité et de maladresse, ou plutôt comme le sont les adolescents, à ne pas trop savoir quelle attitude adopter, quoi faire de leur corps, comment absorber ce moment et ce rappel douloureux d’un drame dans un établissement comme le leur.

Le chef d’établissement, se sentant filmé, investi de sa mission d’autorité n’a pas su avoir d’autres mots que ceux déjà écrits sur sa feuille par le ministère. Il n’a pas su, pas osé, pas pu, pas été formé à ça. Je ne lui jette pas la pierre. Il était loin à ce moment là de ses élèves. Et c’est dommage.

Ce qui m’a frappé surtout, c’était toute cette fragilité humaine d’adultes comme de jeunes qui ne savent plus comment se parler et se relier.

Alors qu’il faudrait si peu de choses.

Être adultes, éducateurs, c’est savoir faire le premier pas vers les jeunes

C’est aux adultes de faire le pas vers les jeunes, de les rassurer, leur parler et surtout les écouter.

Après la minute de silence, il faut donner la parole aux jeunes. Vraiment.

Une ministre de l’Éducation courageuse, des recteurs, des chefs d’établissements, ne devraient pas s’en remettre à l’inventaire pathétique de mesures irréalistes au mieux, réactionnaires au pire.

On n’a pas besoin de portiques, de policiers, de contrôles et d’interdits supplémentaires, de psychologues partout et encore moins de placer les jeunes sous traitement médical… non, il faut commencer par donner la parole aux jeunes.

Non pas pour la cadrer dès qu’elle dérogerait, dès qu’elle aborderait des thèmes ou des vérités que les adultes ne voudraient pas entendre, mais pour écouter vraiment avec sincérité et humilité, ce que ce que la jeunesse ressent, aurait à nous dire de ce qu’elle perçoit, de ce qu’elle attend et espère.

Les écouter vraiment, suppose d’apprendre à se taire et surtout de ne pas reformuler à la place des jeunes mais les aider à préciser leur pensée, à exprimer ce qu’ils pensent eux, vraiment, librement, sans jugement et surtout qu’ils puissent exprimer leurs attentes.

Pour se projeter, il faut se sentir protégé (aimé et soutenu) et pouvoir se dessiner un avenir qui ne soit pas seulement balisé par des adultes qui ont oublié leur propre jeunesse.

Ce n’est pas une question d’autorité qui manque, mais de désarroi. Ce n’est pas seulement une question de moyens, mais de possibilité de pouvoir s’émanciper de son destin dans un avenir incertain.

La force du savoir que l’école se doit de dispenser, c’est le pouvoir qu’elle doit permettre de donner à chacune et chacun grâce à celui-ci. Chaque étape du parcours ne devrait pas être marquée par la seule pierre du « passage » ou de la réussite à un contrôle, mais de droits tangibles obtenus… « Tu as réussi cet examen qui atteste de tes compétences, tu pourras utiliser tel outil, accéder à tel réseau social, exercer telle ou telle responsabilité… »

Que la jeunesse parle, qu’on l’écoute et que l’on agisse

La question n’est pas de leur demander de décider à la place des adultes.

La question est que les adultes prennent en compte la véritable vie d’une jeunesse qu’ils semblent considérer comme un peuple étranger. La question est de regarder en face ce qu’est la vie d’un jeune aujourd’hui, ce que les adultes laissent faire ou n’accompagnent pas, ce qui manque à un ado…

La question des garçons est toute entière posée. Il s’agit qu’ils puissent être reconnus pleinement sans avoir à rouler des mécaniques, se montrer performants, en compétition… La question n’est cependant pas seulement éducative, elle est sociale et l’affaire de tous les adultes y compris dans les modèles qu’ils proposent.

J’évoquais l’autre jour ce que je ressentirais si j’étais un ado dans le contexte actuel. Malgré les difficultés et la violence qui existaient à mon époque, je ne les envie pas. Ce n’était pas mieux avant, mais c’est très dur aujourd’hui. Nous, nous pouvions avoir peur du lendemain, l’incertitude ne commandait pas tout. Il importe aussi de dépasser les lieux communs, les phrases toutes faites, de penser à la place des jeunes. C’est pour cela que je reviens à la nécessité de leur donner la parole. Que cette parole circule… Et s’il y a des émotions que la créativité artistique vienne à la rescousse. Au lieu de s’exprimer par la violence, la liberté de le faire en chanson, en vidéo, par le théâtre ou le dessin est autrement bénéfique.

Occulter le ressenti et passer sous silence ce qu’ils ont à nous dire, c’est nier leur intelligence et prendre le risque que demain des troubles plus graves n’affectent la société.

C’est vrai, si on leur donne la parole, si on les écoute… on ne pourra pas se contenter d’un compte-rendu archivé dans chaque établissement. Il faudra alors que les adultes se parlent et agissent ! … Je suis bien ambitieux !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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