Et si tu demandais à un·e ami·e ?


Noyer le sfeuilles du noyer

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3–5 minutes

Elle dit : « faut que je demande à Claude comment tailler les rosiers. » Mais Claude n’existe pas, n’est pas une personne. C’est une machine qui va chercher sur la toile et faire une synthèse plus ou moins habile et utile. Je lui dis que moi « je sais », que je ne le fais pas si mal vu l’allure des rosiers du jardin. Elle dit qu’elle n’aurait pas voulu me déranger. Justement, j’avais aussi une question à propos du noyer.

Un·e ami·e c’est écologique et gratifiant

Combien de fois notre impatience nous fait-elle interroger la machine plutôt que l’ami·e, le voisin ou la voisine ?

C’est pour les rosiers, parfois pour autre chose. Savoirs savants, savoirs pratiques, il n’est pas de petit savoir. La transmission humaine par mille voies, pas toutes scolaires a permis de tisser des liens. On peut montrer, faire ensemble, adapter la réponse…

Il y a YouTube et ses longues vidéos parsemées de publicités. Ça mange de la bande passante et ce n’est pas toujours clair. L’intelligence artificielle à chaque requête est dévoratrice.

Et surtout, il n’y a aucun lien, les données collectées ne servent qu’à nous pister davantage.

On croyait gagner du temps, il faut parfois chercher encore. Surtout on est devenu·e l’exécutant·e d’une procédure donnée par une machine qui peut-être se trompe.

Nous qui protestons souvent contre la disparition de l’humain dans les administrations, nous voilà nous privant de l’occasion de tisser des liens avec des proches ou des connaissances.

Bien sûr, je peux consulter l’application sur mon smartphone qui me permet d’identifier une plante. Mais cette dame que je connais, ancienne prof de collège, est toute contente de m’aider à le faire et en prime de m’éclairer sur les liens qui existent avec telle autre famille de plantes.

Autour de l’information, il y a le lien, le récit humain d’une expérience, l’ouverture vers d’autres aspects.

La dépossession

Dès lors que je remets à la machine la recherche d’une solution à un problème, je perçois un phénomène de dépossession. Mon autonomie régresse et si je délègue à la machine la prise de décision, je ne pense plus, je ne m’éprouve plus au réel de la même façon.

Je vais d’ailleurs oublier très vite ce qu’il faut faire, il faudra que je revienne vers la machine, je vais devenir dépendant.

Si je demande à l’autre, un humain, j’ai probablement commencé à chercher par moi même, dans ma propre expérience, mes ressources. Lors de l’échange je serai attentif à formuler et attentif dans l’écoute. Ici deux machines formidables vont se connecter, deux cerveaux humains.

L’entraide

Jamais une intelligence artificielle conversationnelle ne vous demandera rien. Ses relances n’ont que pour objet de vous asservir et vous rendre plus dépendant en décidant à votre place des questions à se poser et ce ne sont pas forcément les bonnes.

Dans l’échange au moment de l’entraide, il y aura de l’interaction. Plus tard, la personne qui vous a aidé·e se sentira certainement autorisée à vous solliciter à son tour.

Ce n’est pas de la dépendance, c’est de l’échange libre. C’est le rappel que nous avons besoin les unes et les uns des autres.

Dans certains cas, cela devient du commerce mais c’est vrai que l’échange spontané, libre et gratuit a quelque chose de gratifiant, de reliant.

On ne coopère pas avec une machine, entre humains si. L’entraide d’ailleurs évacue l’idée pouvoir. Je te demande, tu pourras me demander.

Il manque souvent au professeur la capacité de dire à l’élève qu’en lui enseignant, il apprendra de lui, il apprendra sur le savoir qu’il enseigne. Expliquer, c’est mieux comprendre ou s’interroger à son tour. Il m’arrive de reprendre une explication autour de « ce qui coince » ou d’apprendre sur ce que je croyais connaître grâce à la question, à la relance.

Explique, montre-moi, fais avec moi… On va demander validation, comparaison, refaire parfois. L’entraide engage des boucles successives de soi à soi, vers l’autre, avec des retours des rétro-actions des discussions…


Et si la machine était inaccessible ? En panne ? D’ailleurs, comment faisions avant ? Étions-nous plus idiots, moins efficaces ?

Ai-je besoin du filtre d’une intelligence artificielle pour accéder à la pensée de l’autre ?

La richesse de l’échange entre humains, si elle peut demander un peu de patience, engage tellement de flux positifs de part et d’autre, que ça me semblerait si triste de s’en priver… Alors, à l’occasion, n’hésite pas, c’est avec plaisir !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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Une réponse à « Et si tu demandais à un·e ami·e ? »

  1. Avatar de monumentale

    "Nous qui protestons souvent contre la disparition de l’humain dans les administrations, nous voilà nous privant de l’occasion de tisser des liens avec des proches ou des connaissances."

    "On ne coopère pas avec une machine, entre humains si."

    très belle réflexion autour de notre rapport aux autres et à l' #IA

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