Avec le vieux Galou, nous buvons l’instant présent. Galou et les trois chiens ce fut la jolie rencontre de ce matin. Je la note pour la boite à souvenirs, mais je sais que je n’oublierai pas ce moment.
Des nouvelles de Galou ?
Par les Internets, au téléphone, lors des promenades, Monsieur Galou, dans sa quatorzième année est l’objet de questions, d’attentions. Chien célèbre dans les rues d’Auray hier, il a pris sa place dans le paysage ici. L’âge augmente et les difficultés qui vont avec. Les petites filles le trouvent beau, les grands-mères voudraient savoir quel traitement il prend contre l’arthrose. Untel me raconte son chien disparu qui lui manque… Galou sait faire parler les gens et j’ai le sentiment qu’il perçoit qu’on s’intéresse à lui. Il patiente de bonne grâce. Il n’est pas du genre à vieillir grincheux. Et si je ne veux pas sombrer dans l’anthropomorphisme, sa résolution à vivre pleinement est une sorte de courage, toujours une leçon… Alors l’été, il le traverse… vaillant.

Debout à 5 heures !
Comme s’il ne fallait pas perdre une minute. Il vient me chercher le matin à cinq heures. La chatte lui emboite le pas : manger, jouer… et puis dès que possible, sortir marcher.
On est loin des douze kilomètres qu’on faisait encore pendant le confinement. Il halète tant qu’on l’entend de loin. Son train arrière est bien moins assuré, il lui arrive de vaciller. Parfois, un spasme le prend, comme une connexion qui a manqué, et c’est une patte avant qui se dérobe au risque de la chute. Mais il se relève et hume tout ce qu’il peut comme s’il devait procéder à l’inventaire exhaustif de toutes les odeurs possibles sur le causse… Oui, monter sur le causse, c’est ce qu’il préfère !
Ce matin, deux rencontres et trois chiens
Un petit groupe de marcheurs. À la pause aux cazelles, nous en croisons souvent. On s’intéresse à lui. Je me demande ce qu’il pense quand je répète son âge, sa fatigue, son besoin de marcher chaque jour…
Et puis, nous avons croisé cette dame qui courait avec ses trois chiens, enfin qui venaient derrière nous. Un peu sourd, Galou ne les a pas entendus arriver la première fois. Je ne sais absolument pas nommer l’espèce de ces trois chiens, un plus jeune qui courait derrière. De taille moyenne, le poil long, petit museau pointu,de bonnes têtes encadrant leur maîtresse qui courait sur le plateau. Ils ressemblaient à une escouade de gardes du corps mais concentrés sur leur course, sans aucune agressivité. Saluts. Surprise de Galou qui était concentré sur un buisson à respirer… puis ils disparurent dans le vallon… à peine le temps de réagir.
C’est au retour que nous les avons revus. Comme il était de côté, il a pu les reconnaître. Ils courraient toujours avec leur maîtresse de la même course régulière et soutenue. Concentrés.
Et voilà Galou, tout fragile, peu assuré sur ses pattes, soufflant ce qu’il peut à la moindre dénivellation, qui entreprend de vouloir rejoindre le groupe et courir avec eux. » Trop chouette, ils ont l’air trop sympa, j’y vais ! »
Mais les jeunes étaient forcément bien plus rapides et surtout je ne voulais pas qu’il s’épuise. Le rattraper en douceur…
C’était une descente, l’enthousiasme était communicatif… Alors la joie de courir, dix mètres, vingt mètres, cinquante…. voilà le vieux Galou qui retrouvait sans trébucher l’entrain d’antan.
C’est peut-être idiot, mais ce regain de vitalité, ce besoin de jeunesse, ce bonheur à retrouver même de façon fugace la joie de la course, il y était… pleinement, et c’était aussi beau que touchant. Je le voyais ainsi réactiver les souvenirs, les gestes de course, lui qui a tant couru par les sentiers des Alpes, sur les pages de Bretagne… couru si vite qu’à sa belle époque, il aurait été le premier, loin devant ces chiens plus petits que lui ! Je me souviens quand il déboulait dans la neige ou courait sur la plage après un lièvre… impossible à saisir avec l’appareil photo…
Ce matin, même s’il fallut l’aider après à reprendre son souffle dans la voiture, humecter ses babines et mesurer la fatigue dans ses yeux, même s’il a beaucoup dormi après devant récupérer, rien n’était plus beau que de le voir à sa joie. Sa joie de chien.
Il est revenu tout à l’heure me chercher pour jouer à la balle. Il ne cède pas un pouce au désarroi, aux douleurs qui le taraudent, au souffle qui se fait court.
La vie, il n’en loupe pas une miette. Toujours partant, toujours. C’est beau à voir et mine de rien, c’est une sacré leçon. Nul doute, il aime la vie !

Un mot en retour ?