Peut-être ne faut-il pas confondre le climat politique et médiatique avec le véritable climat du pays. La paix ? Mais le brouillage des idées est tel qu’il semble impossible de s’entendre sur les valeurs. La première résistance doit se faire à l’intime en refusant toute assignation. La deuxième appartient à la société civile, celle qui maille et tisse le terrain, produit du lien social. Pour l’heure, nous avons besoin d’un armistice
Un sentiment de tristesse
Les questions au gouvernement dans la séance du 17 février 2026, je les ai regardées en léger différé. J’ai éprouvé plus de tristesse que de rage. Je ne veux pas renvoyer dos à dos les uns et les autres. Le piège est parfait. J’ai toujours voté, fait mon devoir républicain, « barrage » s’il le fallait.
J’ai toujours voté, si vous fouillez un peu les pages du site, j’ai même dit pour qui. Mais je peux aussi dire que je ne me sens pas représenté à l’Assemblée Nationale. J’assume d’être du côté de l’Utopie. Le combat politique dans la vision restreinte qu’il propose ne me correspond pas.
« La parole doit sortir du cœur et non de la bouche » chantait Colette Magny. Elle se trompa parfois dans ses prises de positions mais savait être là où il fallait, auprès de qui il fallait.
Se taire plutôt qu’instrumentaliser, ne pas se laisser instrumentaliser
« Prendre le temps avant de réagir et de commenter » disais-je l’autre jour. Jouant de la métaphore, j’ai ajouté que ce dont nous avions besoin aujourd’hui c’était de ponts, pas de clivages supplémentaires.
Ici, bien qu’au village, 50% des voix se soient portées sur l’extrême droite à la dernière présidentielle, les gens tiennent la politique à distance dans les conversations. Ou plutôt, ils mettent Paris à distance. Car les difficultés quotidiennes sont évoquées. Elles tiennent dans le désert médical, les commerces qui ferment, les écoles qui se vident et cette espèce de respirateur artificiel qui permet au pays de survivre : le tourisme et les retraités qui s’installent.
Les gendarmes débonnaires font souffler dans l’alcootest ou enquêtent à propos des chiens bruyants. J’ai signalé hier qu’un coffret pour la fibre était ouvert aux quatre vents et que le quartier risquait bientôt une coupure. On m’a promis d’intervenir d’ici au 4 mars. S’il ne trouve pas le poteau, le technicien m’appellera.
La politique ? Paris ? Les événements? Je sais que mon point de vue est trop singulier pour qu’il puisse être compris. Mais je refuse de répondre aux sommations. Juste dire, que c’est peut-être un peu plus complexe que ce qui est donné à voir et entendre par les unes et les autres.
Les acteurs discrets
Réparer les ponts, organiser sans argent le ramassage des poubelles, veiller au grain, se montrer attentif à la montée des eaux, prendre des nouvelles de la vieille dame, organiser le passage des aides à domicile ou un covoiturage. Ils sont là.
L’auto-stoppeur je ne lui demande pas ses opinions avant de le laisser monter dans la voiture. L’autre fois une dame m’a fait une bise, comme ça, on ne se connaissait pas. Peut-être bien qu’en discutant nous verrions que nous ne sommes pas d’accord sur tout. Loin de là.
Quand on met ensemble des citoyens ordinaires pour rechercher des solutions à des problèmes concrets, quand les choses sont dites, des compromis se trouvent. Il existe des espace de discussion et de construction. Il ne faudrait pas qu’ils soient confisqués.
Ni insinuations, ni admonestations
Il faudrait poser les armes. L’armistice serait le premier courage. D’abord pour laisser la tension retomber.
Que les unes et les autres aillent un peu marcher dans la nature.
Pour sûr demain matin le buzz médiatique focalisera sur un autre sujet, un nouveau drame, une catastrophe, un scandale. Tout cela est fait pour nous empêcher de penser.
C’est drôle, juste au moment où j’écris ces lignes, une notification de mon agenda apparaît : « remuer le compost ».
Oui, avec ce qui se décompose on peut faire du bel engrais. Il faut du temps, aérer régulièrement. C’est pour ça que je me mets des rappels.
Les crises, les cristallisations, sont des étapes obligées. L’Histoire n’a eu de cesse d’en égrener. Le progrès n’est pas linéaire et les petits hommes peinent à s’épargner des souffrances inutiles.
On ne peut pour avancer que tenter d’être ce qu’on attend d’autrui.
Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé ·. (Paul Éluard)
L'armistice pour commencer. Ce serait ça.
Nota : l’armistice, ce n’est pas la paix. C’est poser les armes des deux côtés. Pas se contenter de ça mais arrêter le combat pour réfléchir ensuite aux conditions du dialogue.

Un mot en retour ?