Fragments de Vincent Velaye


Brume sur le Lot

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3–4 minutes

Fragments de Vincent Velaye. Cet ami, beaucoup plus jeune que moi est étudiant à Bordeaux. J’aime sa façon parfois déroutante de poser des questions et sa bienveillance attentive. Il m’a transmis avec générosité un ensemble de textes écrits je crois en 2021. Choisir, apprendre encore de lui au travers de ses mots et les interpréter. Les mots peuvent sauver.


Je voulais d’un silence

Je voulais d’un silence dans lequel mon âme serait perdue,
Un silence qui, si contraint, réduirait en poussière mes déluges. Une absence du bruit strident, ligne de fond du chaos infini,
Le déploiement de ces ailes, de ces flammes, mon agonie.
Toutes les morsures de la terre sur mon âme si éparpillée, toute la désinvolture de ma peine dans son refus à dire oui. À cet apparent mirage, à cette vase océanique, le procès des coupables, les meurtres cathartiques. J’aime quand m’étouffe la mer, quand le sel dissipe ma peau, quand les nuages s’évincent, quand me déchire leur repos. J’aime la mélancolie des astres qui pleurent leur brillance, les cris mouvants de l’air qui crie sa fluidité, tous ces moments où tourbillonne en de violents contraires, la discorde mémorielle d’une naissance involontaire.
Comme j’aime entendre le silence se plaindre de son repos éternel. Comme j’aime la distorsion du réel en de petits tas maigres de solitude particulière et pourtant redondante tel un battement de cil laissant présager une image qui vient défaire l’ancienne comme un mirage aux propriétés artificielles et continues.
Que sont délicieux tous les mouvements écarlates de mes sentiments qui s’imprègnent du ruisseau de mon âme et qui coulent d’une façon si mélodique, si organique; symbolique de ces heures à miroiter un non-sens devant la glace, une magie volumineuse, une propagande instrumentale.
Tout un monde recréé sous des jours bien tristes, la collecte des blessures et des maladies fertiles. Comme j’aime le matin où le soir me manque, j’échappe sans cesse au courant de mon monde.
Malheureux, tardif. Je voulais d’un silence, d’un soleil océanique, d’un astre noir énigmatique, d’un gouffre mélancolique.
La houle et la tempête_

©Vincent Velaye

Peut-être qu’un jour j’y arriverais…

Peut-être qu’un jour j’y arriverais,
Me couper dans l’instant final du paroxysme de ma plaie, Désosser mon esprit par l’exercice de ma volonté, Détruire le paradigme de l’étrange existence de ma bonté, Détruire le récit de mon âme horizontale,
Marcher dans le vide de mon âme et du mal, Manger le regret de ces hommes pathétiques,
Lâches déplaisants d’un paradis hypocrite.
_
Me faire porter la responsabilité de ce qui vous ronge,
Tenter d’aider des chiens qui derrière os deviennent l’étrange. Détruire le remède à la destruction des sens,
Brûler mon carnet dans la réalité de mes songes, Voir dans ces enfers le paradis de la tranquillité, Aveugle dans le regret de ma plaie inachevée.
_
Vouloir me détruire d’une manière dégueulasse, Venger ce petit être de chair et de crasse.
Cet enfant en moi aurait dû me déterminer,
Ce dégoût du rejet, puis de la peine, puis crucifié. Vouloir être comme lui, aider les autres,
La souffrance est le fruit et l’héritage des apôtres.
_
Derrière mon regard, du nihilisme maintenant sacré, Parler de morale quand la haine est exacerbée, Détestant la vie et éternellement voué à mourir,
Le vingtième commencement, quand viendrai-je enfin au pire? Voir la grande menace qui se prolonge quand je sors,
Trouver les démons de mon âme où je suis mort.

©Vincent Velaye

Note de Vincent Velaye : Dans le vers "tenter d'aider des chiens qui derrière os deviennent l'étrange" c'était un mésusage volontaire de "os" pour qu'il soit prononcé "eau" c'est une métaphore pour dire que c'est naturel et vital aux personnes d'agir de façon fourbe selon leurs besoins.Un peu comme un être à besoin d'eau pour vivre, c'est également l’os du chien comme ce qui l'appâte, c'est une image double de l'appât et du nécessaire vital.


Ces textes ont été enregistrés dans le cadre de la semaine "Poèmes lus à l'ombre" en juillet 2025.

Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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