Et si nous parlions de l’impermanence ?


Dolmen à Gréalou

·

4–5 minutes

Puisque tout s’agite et s’énerve, dans un monde où la fureur se dispute avec l’incertitude, nous pourrions avoir la tentation du fixe. Entre le « c’était mieux avant » et « les lendemains qui chantent« , la tentation de chercher un ennemi ou un sauveur pour se rassurer fait prospérer le ressentiment, augmente les souffrances. L’impermanence ne dit pas que rien n’a d’importance puisque tout passe. Elle nous invite au contraire à nous relier au présent, à plonger dans l’éternité de l’instant qui va s’évaporer mais qui est. Alors on est attentif. Et si nous parlions de l’impermanence ?


Ce n’est pas une question de croyances

Cerisier

Le dolmen en haut de cette page. Je peux aller le toucher sur place. Une part de lui a traversé les siècles. Il a été restauré. Ce n’est pas le dolmen tel qu’il fut lorsqu’il a été installé là par nos ancêtres lointains. Il a peut-être été oublié un temps, est revenu, a été réinventé par sa restauration… Nous pouvons veiller sur lui, mais la pierre s’usera au fil des pluies, du temps…

Le cerisier a commencé sa floraison comme chaque année. Puis les pétales tomberont pour céder la place aux feuilles. Mais ce ne seront jamais les mêmes fleurs, ni les mêmes feuilles et un jour cet arbre mourra de vieillesse.

L’Univers lui-même n’est en rien statique. Il évolue sans cesse sans que nous puissions d’ailleurs prédire vraiment jusqu’où et de quelle façon.

Comme mon visage au miroir…

Si l’on associe le concept d’impermanence à la philosophie bouddhiste, si on pense très vite à Héraclite avec son « tout coule » ou à Marc Aurèle, il me semble que l’on se tromperait en limitant cette idée à une croyance liée à telle ou telle religion ou philosophie.

Le notion d’impermanence s’approche par la pratique. Cette pratique ne se limite pas à accepter l’impermanence des choses mais nous engage à habiter le présent.

Le poète qui souvent exprime sa souffrance, pourrait se morfondre dans la mélancolie mais s’il choisit de vivre en poésie, il entre dans le flux de la vie, il se relie à elle dans sa quotidienneté et son mystère.

En acceptant que tout passe, on ne s’attache plus aux détails mais on cherche l’essentiel.

L’essentiel n’est pas d’accumuler des choses pour soi ou pour les transmettre mais de vivre en étant attentif à soi et aux autres. Il s’agit d’accepter le mystère et d’oser être à son présent. Détaché, empathique et bienveillant, jamais martyr.

Je vois l’impermanence comme une démarche. Je suis chemin, mais un chemin qu’il faut parfois tracer. Je suis la rivière qui va à l’Océan, mais l’Océan va se muer en vapeur ou se transformer lui-même. Je ne cherche pas un sens, je donne un sens à ce que je fais. Mais ce que je fais n’est jamais ni fixe, ni immobile, ni immuable.

Je peux méditer, je peux entrer dans le fameux état de « flow » . Dans l’état de flow, il n’y a plus de séparation entre le moi et l’action, je disparais dans ce que j’invente tout en y étant pleinement, plus de rumination sur le passé ni d’anxiété sur l’avenir. Je suis si bien dans ce que je fais que j’en oublie le temps, je m’oublie moi-même tout en me réalisant et me surprenant. Alors je dois « m’accueillir » avec joie, sans honte ni orgueil.

L’impermanence du poème

Le poème lui même dont les formes peuvent être très codifiées, rigidifiées, peut laisser entendre la voix du poète, mais surtout va réussir à ouvrir une part inconnue en moi.

Je peux le relire mille fois, l’apprendre par cœur, mais chaque visite du poème sera une réinvention. Ce que je crois retrouver a déjà bougé.

L’instantané du photographe est réinventé à chaque regard.

L’impermanence et la boussole

Je ne possède rien.

Il y a cependant des objets dont je m’encombre. Je pense me rassurer en restant attaché à mes livres, à mes écrits mais cela ne fait souvent que m’empêcher de me relier à l’essentiel.

J’ai cette boussole pour rythmer mon quotidien. Si je place ma boussole dans l’axe de l’impermanence alors j’évite l’accumulation, je dois travailler à laisser le flux circuler.

Apprendre n’est pas figer le savoir pour le stocker. Créer c’est déjà transformer et accepter que l’on transformera ce que j’ai imaginé par le regard ou la réinvention. Partager c’est d’emblée dire que rien n’est destiné à rester en l’état. Ça peut être une façon de prendre soin (que de partager) tout comme accepter l’impermanence me permet de mieux aimer c’est à dire d’oser m’émerveiller de l’autre dans ce qu’il recèle de la beauté et du mystère de la vie.

Ainsi mon chien que j’aime encore après sa mort, dont j’aime me souvenir avec gratitude, pour lequel je peux encore pleurer, me grandit si j’accepte son départ. Il aimait l’instant présent, était « toujours partant », était le beau témoignage de la vie qui nous traverse. Et je dois marcher à présent sans lui et grâce à ce qu’il m’a apporté comme cadeaux.

à suivre !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.