Dites-vous bonjour aux gens que vous croisez ?


Ciel

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4–6 minutes

Adishatz ou adiou ? J’entends rarement les occitans employer l’expression. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient avares de bonjours. En Bretagne les vieux bretons n’étaient pas les seuls à lancer leur « demat ». Dites-vous bonjour aux gens que vous croisez ?


Une chanson retrouvée

J’avais oublié cette chanson. Je l’ai retrouvée hier par hasard.

https://chansons.vincentbreton.fr/le-bonjour-sur-le-sentier

J’y racontais comment au cours d’une promenade en Bretagne j’avais été confronté à différentes formes de saluts ou à leur absence et comment contre toute attente, le petit garçon d’une famille revêche était venu nous saluer plein de sourires et caresser le chien.

J’avais aimé ce qui était plus qu’une politesse, une spontanéité dans la joie de la rencontre, qui peut aussi s’avérer être une forme de vulnérabilité mais dont je garde encore un très bon souvenir des années après…

Le Rouergue est généreux

Rares sont celles et ceux sur le chemin de Compostelle qui ne répondent pas au bonjour. Gens d’ici ou d’ailleurs, il est fréquent qu’ils entament la conversation. Certains sont bavards et j’ai eu de très beaux morceaux de vie, presque des confidences sur le Causse.

L’absence de réponse arrive toutefois, alors je lance un « belle journée ! » plus fort que le vent…

Et je sens souvent flotter dans l’air le parfum âcre de la culpabilité des taiseux quand il ne se mue pas en sourde animosité. L’impression de les avoir dérangés.

Il m’arrive de devoir m’extraire d’une rêverie, d’une pensée… L’avantage sur le causse c’est qu’on voit les gens arriver de loin…

Il y a les groupes où chacune et chacun parle, avec des modulations diverses, c’est amusant s’ils sont nombreux et je multiplie mes bonjours et saluts comme des petits pains.

D’autres où une sorte de « porte bonjour » auto-désigné le plus souvent répondra au salut comme à une formalité. Je pourrais aussi bien lancer « contrôle des passeports » ou demander les « billets ». Les groupes ne savent pas toujours comment être attentifs à la personne croisée. On se comporte volontiers en conquérant ignorant l’autochtone sauf si on a quelque chose à lui demander.

J’ai parfois à subir le regard revêche et réprobateur de quelque rombière qui « me calcule mal » ou jette un regard suspicieux en direction de mon pauvre vieux Galou plutôt gentil dans les rencontres (mais il n’aime pas les cons). Comme s’il allait se jeter sur la dame permanentée…

A contrario souvent les personnes en situation de handicap viennent vers lui ou des enfants qui le complimentent sur sa beauté. Il a beau être vieux, il adore ça. Le chien reste un bon vecteur d’échanges.

Au village ou en ville

Les villages sont petits par ici et les gens du cru saluent volontiers. Les touristes c’est selon. Certains semblent vouloir éviter le contact. Ils se montrent pressés. Ce qui est frappant c’est que très souvent « à la ville », dans les rues, que ce soit à la sous-préfecture ou à la préfecture, les gens vont plus facilement saluer, notamment s’ils sont seuls.

Dans les commerces, plus le commerce est gros ou appartient à une chaîne, moins on se salue. Au supermarché ceux qui se connaissent bloquent les allées pour de longs échanges, tandis que les autres semblent vouloir fuir le plus vite possible. Les hôtes et hôtesses de caisse ont le droit de converser…

Contrairement à ce que l’on penserait, les jeunes saluent plus spontanément que les vieux. Ils regardent.

Peut-être la pudeur (ou la froideur) des bretons les rendait-elle moins liants.

Il faudrait faire une étude sérieuse, ne pas tirer de généralité.

Certains sont accrochés à leur téléphone. Alors peu disponibles. Ou se contentent d’un signe… Un rien malicieux s’ils posent à voix haute une question qui s’y prête, je réponds. Ça crée parfois d’amusants quiproquos quand ils veulent m’expliquer qu’ils parlaient dans leur téléphone et que la personne au bout ne comprend pas mieux ce qu’il se passe.

Provincial dans le métro

Je me souviens quand provincial, arrivant à Paris pour la première fois, j’avais l’habitude de dire bonjour dans le métro notamment aux personnes assises autour.

J’essuyais des regards froids, un peu condescendants quand je dérangeais un lecteur absorbé par son journal.

Lorsque je déambule « en ville » à présent, il m’a fallu renouer avec ce vieux réflexe qui est tout à fait bien pris par ici.

Le contact réel

À la différence des applications de rencontres ou des réseaux sociaux, les interactions dans la rue ou sur les chemins se font dans le réel. Pas de « next », de possibilité de « bloquer »… mais le plaisir de réitérer un sourire lorsqu’on croise de nouveau une personne déjà saluée et qu’on a trouvée sympathique, cool, charmante…

En Bretagne on m’attrapait par la manche pour me solliciter. C’était en général lié à mon ancien métier. On me demandait conseil, on pensait que je disposais encore de « pouvoir » et allais pouvoir intervenir pour régler un problème professionnel ou lié à la scolarité. Ici, j’ai appris avec l’anonymat, à me rendre disponible à l’échange.

J’admire les personnes en difficulté qui mises en confiance osent se lancer. Pour peu qu’on leur dise bonjour, elles s’ouvrent avec parfois toute leur souffrance, leurs demandes, leur désarroi.

Le comment

Je le mesure alors que je suis encore relativement neuf dans le paysage que j’explore. Il y a une sorte de « reconquête » du bonjour à mener. Elle tient dans la disponibilité à laquelle il faut parfois penser, c’est à dire, savoir marcher dans la ville ou la campagne en se montrant disponible à la rencontre… comme on le fait avec un paysage, la nature, la vie… et en veillant à être attentif à la qualité du salut, à la façon dont on se dit bonjour. J’aime bien le « salut » porteur de paix, les « bonnes journées » comme des vœux de confiance où l’on sait reconnaître en l’autre la dignité du semblable.

C’est ça qu’est chouette !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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