De la (mauvaise) Comédie-Française


une salle de cinéma

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3–5 minutes

Primé, louangé, pour mon retour au cinéma après la canicule, sans attendre forcément un chef d’œuvre, je pensais pouvoir passer un bon moment avec « De la Comédie-Française » : 1h20 à traîner en longueur une suite de sketchs convenus et de numéros d’acteurs qui cabotinent, voilà un film qui aurait (mieux ?) fait une mauvaise série TV à la française à regarder un soir de pluie.

Shakespeare et Molière insultés

Donc on est à la Comédie Française un soir de première où tout va mal se passer parce qu’il manque l’actrice principale coincée à Brest (forcément). Donc il va falloir jouer quand même parce que la ministre va venir et qu’on espère des subventions. Voilà. Vous savez tout.

Je veux bien qu’on rigole. Mais on aurait pu nous emmener plus finement dans les dédales réels de l’institution. Au lieu de pondre une histoire sans enjeu, il eut été intéressant de creuser vraiment le métier, ce que c’est d’être un acteur du Français avec ce que cela comporte comme contraintes, comme poids, comme doutes. Le métier de comédien est mal connu dans le réel de son travail qu’il soit en solitaire ou en troupe.

On aurait pu moquer les classiques, on ne fait que les ridiculiser. On réduit aussi le travail de mise en scène à des effets, à des jets de fumée… dont c’est vrai on abuse. Un enfant qui verra ce film n’aura aucune envie d’aller au théâtre.

La Comédie-Française ce sont des textes, une démarche. Rien n’est abordé ici. Pauvre Molière réduit à une apparition pitoyable.

À mains égards c’est un film qui n’aime pas le théâtre.

Les personnages sont désespéramment vides. Réduits à une sombre parodie qu’on se fait des acteurs cabots, ils cabotinent. Mais on ne leur donne rien à dire, rien à porter de leur métier, que peuvent-ils faire d’autre ?

L’actrice qui joue la metteuse en scène n’est pas crédible une seconde. C’est la danse des lieux communs. Outre la maquilleuse aux maquillages outranciers, relevons les poncifs de l’actrice nymphomane, de l’acteur superstitieux ou de la vieille fumant son joint et perdant la boule… tout ça est gratuit, vu mille fois, n’apporte rien à l’histoire qui d’ailleurs n’existe pas et aurait pu se tourner dans un autre contexte.

Travail bâclé, à refaire

Il paraît que le film a été tourné en trois semaines. Ça se voit ! Mais le scénario a dû être écrit bien vite aussi. Quant à la mise en scène à part quelques jolis plans du plateau, il n’y a rien qui fasse entrer vraiment dans le lieu, dans ses mystères, dans son odeur, et surtout dans sa poésie.

Voilà un film qui a eu les moyens mais qui ne s’est pas donné les moyens. On aurait pu avoir un regard sur la culture « officielle » et ses dérives, on aurait pu découvrir des personnages habités par le métier. Rien de cela ne remonte.

Ce n’est pas un film pour celles et ceux qui aiment le théâtre.

Ce n’est pas un travail de cinéaste. On a donné un long format à ce qu’on nous présente habituellement dans ces courtes séries TV (ça doit avoir un nom) censées être drôles qui enchaînent des sketchs de trois minutes.

Réalisation : Martin Darondeau et Bertrand Usclat
Scénario : Martin Darondeau, Bertrand Usclat, Pauline Clément et Clémence Dargent

C’est pas comme si un type s’y était collé seul !

Critique démago

J’ai entraperçu les critiques. La plupart sont bonnes ! Le film est déjà à l’affiche depuis un moment. Contre effet de la canicule ? Le public en quête de sourires dans une une période sinistre tente de trouver de quoi se changer les idées. On ne saurait lui en vouloir.

Les critiques, les pros, me semblent bien complaisants. Au moment où le cinéma peine plus que jamais à faire entendre sa voix, au moment où le théâtre se cherche et dérive, il est dommage qu’un peu plus d’exigence ne se fasse pas entendre.


On me dira « que ce n’est pas bien grave ». J’oublierai vite ce film.

Ce ne serait pas grave si ce type de cinéma qui n’a rien à dire et n’apporte rien, n’empêchait pas celles et ceux qui ont des choses à porter de pouvoir le faire. Ce ne serait pas grave si dans ce pays il n’y avait pas urgence à se réveiller et résister y compris au théâtre et au cinéma.

J’allais dire une dernière phrase très méchante. Je la garde pour moi.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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