Comment nommer l’intelligence artificielle ?


Cerveau

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3–5 minutes

Il n’existe pas une définition univoque et solide de l’intelligence. L’intelligence humaine est reliée au vivant. L’intelligence artificielle elle, ne peut être vue comme une entité pensante. La désigner par un langage favorisant l’anthropomorphisme, c’est prendre le risque de nous leurrer en donnant à l’outil un statut qui ne doit pas être le sien. Il s’agit de résister aussi par les mots. Mais alors quelle dénomination choisir ?

Rappel sur les sources de cette réflexion

J’ai rappelé hier l’article du Matooblog renvoyant lui même à deux articles très intéressants :

https://www.techpolicy.press/we-need-to-talk-about-how-we-talk-about-ai Emily M. Bender, Nanna Inie / Jan 7, 2026

et How to talk about « AI » without adding to the anthropomorphization de Emily M. Bender and Nanna Inie

Emily M. Bender est une linguiste américaine professeure à l’Université de Washington (UW). Elle est connue pour son travail sur les impacts sociétaux des technologies du langage et a co-créé le terme « Stochastic Parrots » (perroquets stochastiques) avec Timnit Gebru et d’autres.

Nanna Inie est une chercheuse danoise en interaction homme-machine.

Comme elles le disent : « L’anthropomorphisme linguistique influence la perception d’un système à plusieurs niveaux. Il tend à survendre un système susceptible de ne pas tenir ses promesses et véhicule une vision du monde où les responsables de son développement ne sont pas tenus pour responsables de ses résultats inexacts, inappropriés, voire mortels. Il favorise une confiance mal placée, une dépendance excessive et la déshumanisation.« 

Si l’on « humanise » notre relation à la machine, alors l’affect prend le dessus, on ne voit plus les mécanismes sous-jacents, on se laisse emporter et dominer.

Un vieil exemple ancien, est celui de l’enfant qui se cogne à la table. La maman tape la table en la grondant. Et l’on voit vite tout le mauvais transfert de causalité que cela induit !

Tout en voyant très tôt les dangers d’aller demander conseil à son IA, j’ai moi même pu employer des termes qui pouvaient laisser entendre qu’une IA pourrait être animée d’intentions. Au mieux, elle est programmée pour orienter les choix de réponses qui vont remonter selon la demande faite un peu comme Facebook fait pour mettre en avant ce qui fera du buzz en se moquant de la pertinence du contenu. C’est l’algorithme qui est programmé pour que les calculs mettent en avant telle ou telle réponse.

Il est difficile de résister notamment quand on utilise des outils qui ne sont que des « simulateurs ».

Vous voyez assez vite quand « un robot  » (et déjà le terme est à limiter à mon avis aux machines ) vous téléphone pour vous vendre quelque chose, que la conversation peut prendre une tournure absurde. J’adore moi même jouer avec ces robots pour dire n’importe quoi et voir ce qu’il se passe. Mais le jeu est vain, il n’y a aucun échange.

Enfant, ma sœur avait une poupée. En appuyant sur un bouton cette poupée qui en plus marchait, faisait une réponse, toujours la même : « Bonjour, je m’appelle Caroline, regardez comme je marche bien ! » Puis elle chantait la même chanson. Ma sœur avait vite compris le leurre et avait délaissé la poupée. La chienne était terrifiée. Maintenant la « poupée » à des centaines de boutons actionnés par de l’écrit, de la voix, du code, ce que vous voulez… Les opérations de calcul sont fantastiques, les bases de données énormes et énergivores, les connexions nombreuses, mais il n’y a aucun raisonnement réel, aucune sérendipité possible et encore moins d’interprétation distanciée.

Imiter plus ou moins bien une poésie n’est pas faire de la poésie. Imiter une image, n’est pas créer une image originale avec un style jamais inventé. Un parfum artificiel ne sera jamais le véritable parfum.

Nous devons être vigilants sur deux points :

  • la façon dont nous nommons ces objets et systèmes
  • la façon dont nous nous exprimons quand nous les utilisons
    • certaines personnes saluent et remercient leur IA, lui demandent conseil, du réconfort…. le feraient-elles avec leur grille-pain ou un marteau ?

Alors, comment bien nommer cette IA ?

Les médias, les politiques, le grand public. Tout le monde a repris le terme d’ »intelligence artificielle ». J’ai moi-même donné ce nom à une catégorie de ce site. Faut-il se plier à ce qui semble s’être imposé ou commencer à dire autrement pour au moins susciter le questionnement ?

L’un des articles cités plus haut évoque un terme qui pourrait être traduit par « automatisation probabiliste ».

Plutôt que chatbot ou agent conversationnel, on pourrait dire : « simulateur de conversation ». Parce que ce n’est pas une conversation. Il n’y a pas d’échange, pas de réflexion partagée. Au mieux du recueil de données sur vous.

À titre personnel et même si ça ne couvre pas tout, je me vois bien recourir à « automatisation probabiliste ». Auriez-vous quelque idée novatrice ?

Et ne sollicitez pas Claude ou je ne sais quel Mistral pour ça !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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2 réponses à « Comment nommer l’intelligence artificielle ? »

  1. Avatar de Matoo
    Matoo

    Le simulateur de conversation me paraît vraiment très bien et idoine !! 🙂

  2. Avatar de Vincent Breton

    intéressant, j’aurais tendance à dire : dispositif algorithmique de séquences sonores, pour les images dispositif algorithmique de modélisations visuelles 😉

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