Il suffit d’ouvrir deux livres pour mesurer la difficulté de la définir. Certains voudraient la mesurer et c’est vite un leurre. Nous pouvons trouver notre chien intelligent et nous voudrions laisser croire qu’une intelligence artificielle pourrait nous dépasser, nous remplacer. Affaire de savoir ou de pouvoir ? Quelques questions en partage ici.
Comment nommer l’intelligence artificielle ?
L’indispensable Matooblog en écho à celui non moins nécessaire de Louis Derrac, pointait notre défaut qui consiste un peu vite à affubler l’IA d’un vocabulaire anthropomorphe.
Cette propension me fait penser à cette délicieuse série Real Humans.
Il faudra revenir sur le sujet, même si le combat est d’emblée difficile : quand je manque de mots justes, je les cherche, je les invente si besoin et notamment parce que je n’échappe pas à la critique.
Mon but, à terme est de commencer à trouver autre chose à dire, y compris pour la catégorie dédiée sur ce site.
Qui est intelligent·e ?
On a pensé un temps que seuls les hommes l’étaient (les femmes un peu moins) et les animaux pas du tout.
On a inventé des tests pour mesurer l’intelligence. Ils continuent d’exister bien que l’on en perçoive les limites.
On est capable de dire à une personne : « — Ce n’est pas très intelligent ce que tu fais. » L’intelligence se verrait-elle par une traduction en actes concrets ? Mais quid alors de la pensée secrète ?
Aujourd’hui d’aucuns prêtent même des formes d’intelligences aux arbres ou aux plantes notamment dans leurs capacités de communiquer entre eux. Mais que créent-ils par eux-mêmes ces formidables alliés vivants ?
Le sous titre de « Le gaucher boiteux » que Michel Serres consacra à la puissance de la pensée était : « penser c’est inventer, pas imiter, ni copier, s’enrichissant de l’apport des sciences, de la philosophie, de l’histoire et de la religion… «
Il faut avoir confiance en soi pour faire preuve d’intelligence mais il faut savoir douter à bon escient. « Les cons ça ose tout… »
On ne peut pas être intelligent·e tout·e seul·e et sans mémoire. On ne peut être intelligent·e si l’on ne perçoit que le présent dans une espèce d’éternité sans fin, mais on ne peut ni rester dans le passé si on ne fait rien de son expérience, ni se piéger dans le futur si on en a oublié les leçons.
Il me faut connaître, comprendre, avoir une certaine spiritualité, savoir pourtant être rationnel, chercher la vérité, décomposer les causes et les conséquences, il me faut faire preuve d’une certaine volonté, celle qui m’engage à chercher, essayer, choisir, analyser, clarifier.
J’ai eu plusieurs chiens : par son éducation, sa sensibilité, les stimulations environnementales, Galou a su se montrer d’une intelligence sensible remarquable. Il savait résoudre des problèmes pour se tirer d’une situation, il savait réunir ses 9 balles sans en oublier pour jouer puis venir me chercher. C’était donc la capacité d’avoir un projet, de m’y associer pour trouver certainement la stimulation de son hormone de récompense. Je n’ai jamais su toutefois à quoi « il pensait » quand il fixait un paysage. S’il savait encore une fois venir nous chercher avec sa laisse pour sortir, il se mettait rarement au piano… et vous le voyez, il était intelligent surtout dans mon interprétation humaine, de mon point de vue, alors qu’il exerçait certainement d’autres compétences par ses sens olfactifs ou avec ses congénères.
L’intelligence est un flux.
Mort, je serai éternellement con. Sans rémission possible. Ce qui peut faire peur.
Des paramètres sur un tissu vivant
Il faut de la vie, de l’énergie à l’intelligence.

Vous vous souvenez de la boussole qui guide chacune de mes journées. Si j’ai pu « allumer » ses quatre branches sans déroger à mes valeurs, alors ma journée est réussie.
Je pense qu’on n’est pas intelligent sans valeurs. On a des capacités mais dès lors que l’intelligence devient destructrice, nie l’humain en nous, elle est là comme puissance mais sans conscience ne fait que nous ruiner, notre âme, les copains et la planète.
L’intelligence n’est pas une machine qui tourne à vide, elle n’est pas une prédatrice de la pensée d’autrui.
Hypothèses
Je vois, j’observe, j’agis par le geste ou la pensée, je compare, je chemine quitte à devoir remettre en cause mon idée première.
Pour les auteurs qui cherchent, on a parlé d’essais. Comme les élèves en classe ont leur cahier d’essais bien plus intéressant que le cahier de brouillon.
Essayer c’est prendre appui sur ses connaissances antérieurs pour apprendre et comprendre mieux. Si tu n’essaies pas, tu ne sauras jamais. Ce qui n’empêche pas la prudence.
La curiosité est le premier signe de l’intelligence.
4 clés
L’intelligence a besoin de 4 clés qui vont engager à choisir. Être intelligent c’est choisir même provisoirement pour cheminer.
La créativité
Nourrie d’imagination, de capacité à se mettre en projet, la créativité est la liberté que nous nous donnons en nous émancipant pour faire autre chose, nous réapproprier, interpréter, apporter notre touche, transformer. Refaire à l’identique c’est un savoir faire intelligent si du geste peut naître un jour autre chose.
La sérendipité
C’est la capacité à faire une heureuse découverte, inattendue et parfois révolutionnaire. On cherchait une chose, on en trouve une toute autre. Est intelligent·e celle ou celui qui a la capacité de se rendre disponible à cette découverte et d’en faire quelque chose. C’est une forme d’attention au monde. C’est une de nos compétences supérieures à nous humains.
La reliance
Les grandes intelligences ne sont pas étriquées et limitées dans un domaine où elles seraient hyper-spécialisées. On a besoin de haute expertise mais aussi de ponts, d’ouvertures, de flux mêlés.
Le partage
Le savant solitaire qui garderait son savoir pour lui, risque de le réduire, d’en devenir l’intégriste de service.
Alors que si l’intelligence permet d’expliciter, de vérifier, justifier, argumenter et de fait d’avancer dans une boucle dynamique, il y a soudain une dimension formidable au geste.
Ceux qui trouvèrent le feu et le partagèrent. Ceux qui jouèrent ensemble à imaginer le langage, eurent besoin à chaque fois des autres.
L’intelligence est un flux qui nous traverse, nous anime, nous stimule, nous relie. Si l’humain peut être solitaire, iel est intelligent·e parmi les autres.
Si le siège de l’intelligence est le cerveau, lui même ne vit pas déconnecté du reste de notre corps, de notre sensibilité, des interactions, des rétroactions comme disait Edgar.
En interrogeant nombre de personnes, mettons de côté les présomptueux, la plupart doutent de leur intelligence, de leurs propres ressources. Les préjugés culturels et sociaux, les déterminismes, l’échec fabriqué à l’école, tout cela nous rappelle que loin des compétitions, il s’agit de ne pas empêcher notre intelligence de s’exprimer dans sa pleine dimension humaine.
Des types ont sombré en mettant leur intelligence au service de leur pouvoir personnel. C’est du gâchis.
D’autres préfèrent s’en remettre à des machines, des coachs, des prêtres, pour penser à leur place et choisir leur destin. L’intelligence est forcément combative, disruptive non pas pour la mise en scène mais parce qu’une vision émerge. Le ressentiment est un toxique pour l’intelligence, la colère tue le raisonnement, la vengeance l’anéantit même si elle peut prendre à son service de beaux outils pour fabriquer le pire.
Génie humain qui hésite toujours entre s’émanciper de son destin ou se détruire !

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