Mon émission de radio s’appelait « Différence »


Radio

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4–6 minutes

Bien avant que France Inter ne fasse son slogan du « écoutez la différence« , « Différence » c’était le nom de l’émission que je donnais une fois par semaine sur une radio libre en Haute-Provence. J’avais pas vingt-cinq ans, mais j’osais proposer des choses étranges… et finalement je vois une certaine continuité… avec ce que je fais à présent.

Chaque samedi à 14 h30

Tout était écrit et j’arrivais avec une tonne de disques sous le bras et mes textes minutés.

« — Bonjour à tous, c’est Différence, l’hebdomadaire de la chanson, de la poésie et de la musique différente, un hebdomadaire pour lequel Michel B… à la technique et Vincent B. au microphone, sont heureux de vous retrouver chaque samedi de 14h à 16h30 sur l’antenne de Radio L « 

J’ai un léger doute sur l’heure de fin. 17 h ? Suivait après la musique de générique un bref édito…

Je ne sais pas ce que j’ai fichu des enregistrements, mais j’ai encore le ton que j’employais dans la gorge. Le casque sur les oreilles, j’ajustais la voix, je retenais mon souffle…

Franchement, j’étais fait pour ça. J’adorais faire de la radio, jouer de la voix, tirer des traits d’humour, mettre l’auditrice et l’auditeur dans la confidence… créer un climat.

L’exercice était précis, il fallait être concentré, le technicien, musicien dont j’appris plus tard qu’il avait accompagné de grands noms, communiquait avec moi par le regard pour savoir quand lancer les disques. Directeur d’antenne, il découvrait en direct ce que j’avais mijoté. Il avait confiance, s’étonnait parfois de mes trouvailles. Tout reposait sur son attention.

La discothèque de la maison

Je me trouvais des thèmes, un peu comme ici. Je sortais les vieux merveilleux disques de ma mère. Du jazz des années cinquante. Et bien sur ma palanquée de chanteurs bizarres ou peu connus : Brassens connu mais peu écouté, Higelin, Sylvestre, Magny, Bertin, Vasca, Martin, Ibanez… Je lisais des poèmes, j’allais choisir de la musique ancienne, du Monde ou classique…

Une dame avait appelé une fois pour râler : j’avais diffusé l’Internationale. Ou mais un enregistrement original !

C’était difficile d’évaluer combien de monde nous écoutait. C’était le début des radios libres, nous n’avions peut-être pas encore l’autorisation officielle les premiers mois…

Un été je me suis même retrouvé à présenter les infos du soir.

Glisser sa différence

Quand je regarde le jeune homme que j’étais, je vois quand même un certain culot à oser passer de la chanson à textes ou lire des poèmes dans un contexte ou Radio Monte Carlo qui s’imposait sur la région, diffusait de la variété à tour de bras.

J’écrivais tout à la main, je répétais à la maison et hop !

Je le faisais certainement avec naïveté, mais aussi avec résolution et assez de sérieux pour être crédible. Je ne me posais même pas la question de savoir comment ce que je diffusais allait pouvoir être reçu. J’essayais de partager ce que j’aimais, un climat, de mettre en avant des chanteurs qui même à l’époque ne trouvaient pas toujours des lieux où chanter.

C’était le tout début des années 80. Tout n’était pas facile, mais il y avait dans l’air une belle aspiration à la liberté, un mouvement d’ouverture, une aspiration à lutter contre le racisme, les inégalités…

Pas de nostalgie

Je n’ai pas de nostalgie de cette époque. Je vivais à la maison des choses difficiles, pour ne pas dire pire, j’étais dans mes études et depuis peu je ne faisais plus de théâtre.

J’ai de la reconnaissance pour les personnes qui m’ont confié le micro . D’une certaine manière j’en ai aussi pour le jeune homme que j’étais… je me regarde rétrospectivement avec une certaine tendresse parce que j’osais pousser mes valeurs devant, tranquillement…

Ça n’a pas toujours été le cas après. J’avais une sorte de foi. Une sorte de soif…

Est-ce qu’il en reste encore des morceaux ?

Je mettais en avant tout ce que je n’avais pas osé partager avec mes copains de lycée ou de promo. Je partageais des lectures que même ma famille ignorait que j’avais.

Une tranquille affirmation de soi

Écrire était là, s’affirmer dans ses goûts… dans mes études et mon métier où je débutais, la créativité avait toujours une part conséquente. Je parvenais le plus souvent à être dans le flow, avec bonheur, en acceptant les imperfections, le risque de se lancer… Mon texte était écrit pour le micro mais il fallait parfois raccourcir une phrase, ajouter quelque chose… et garder le fil du flux, le lien.


Si j’évoque cette époque, c’est pour relier ce que je faisais déjà, aux questions de la différence évoquée ces jours-ci. Pas une différence pour s’opposer ou se démarquer, mais juste s’affirmer dans ses goûts, inviter au partage…

Déjà guidé par cette boussole, sans m’en rendre compte : apprendre, créer, partager et prendre soin.

Car faire de la radio tenait de tout ça et je sais que non seulement ça me faisait du bien, mais tout autant d’imaginer qu’on m’écoutait peut-être dans le calme transi d’un après-midi d’un village provençal.

La difficulté avec Internet, même si je peux toucher des personnes d’horizons divers, c’est que cela reste dans certaines « bulles » ou « sphères »…

Quand je répète l’intérêt de s’exprimer avec un blog ou un podcast ou autre chose, c’est en pensant à ces jeunes et moins jeunes, qui peut-être trouveraient par ce canal la possibilité d’être dans leur différence, leur singularité, en allant la chercher, la créer, pour partager quelque chose de leur univers et le relier à nous qui avons de la curiosité de ce qu’ils font et donc de ce qu’ils sont…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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