Contenu dilué, « teasing » permanent, plan souvent dissimulé et confiscation de mon temps… je suis fatigué de ces vidéogrammes ou de ces podcasts (audios) qui traînent en longueur pour dire des choses qui tiendraient souvent sur le recto d’une fiche bristol. L’écrit conserve sa supériorité pour apprendre, comprendre et mémoriser.
- Une abondance qui masque la véritable créativité
- L'enfer des coachs et experts autoproclamés
- Vive les blogs !
- Reprendre la main
Une abondance qui masque la véritable créativité
Entendons-nous. Il existe des vidéos inventives, des montages audios formidables. Les outils modernes permettent d’en faire un véritable langage, notamment au service des arts.
J’ai pu assister à des conférences, en réalité souvent reprises de cours filmés, au contenu riche et structuré.
Une bonne vidéo didactique permet de montrer les étapes d’un montage, de comprendre une situation. Je ne mets pas tout à la poubelle.
Il existe des audios d’ambiance, des reportages sur le vif, des témoignages puissants et inspirants.
Mais sur des dizaines partagées notamment via les réseaux sociaux, combien apportent vraiment ?
Je ne parviens plus la plupart du temps à les regarder en intégralité. Cette abondance masque souvent des vidéos qui mériteraient qu’on s’y arrête soit par leur créativité, soit par l’intensité du contenu présenté… Une vidéo est intéressante si elle apporte par l’image quelque chose que je ne peux comprendre ou appréhender par l’écrit seul.
L’enfer des coachs et experts autoproclamés
Tout ça pour ça ?
Il y a ces décors tristes à mourir : chambres d’hôtel impersonnelles, étagères suédoises avec deux livres, univers zen qui aspirent par le vide, gadgets laids ou baies vitrées ostensiblement ouvertes sur des piscines transparentes censées incarner la réussite. On s’ennuie déjà.
Pourtant notre coach fait tout pour avoir l’air convaincu·e. Il a veillé à la lumière (en principe) et réglé son micro (pas toujours).
Visages en gros plans ou invité sur canapé.
Ah, oui, l’invité que l’on reçoit comme si c’était le Pape. Et ça s’ auto-congratule, ça se flagorne, ça se cire les pompes réciproquement. Ça dure des heures.
J’en ai vu des géniaux ayant réussi leur vie à 19 ans, des experts incontestés du Bit-Coin, des génies du numérique (dont le site est un peu lourd à l’affichage, mais bon, les cordonniers, vous savez la suite…).
Introduction. Assez vite viendra le moment de l’autopromotion. Une formation pas chère, un livre formidable. Puis on délaye de nouveau, on se perd en circonvolutions. Parfois le présentateur se fourvoie tout seul…
Certains veulent nous faire des démonstrations par exemple sur des usages numériques, qu’ils ont mal préparées. On consacre un temps fou à des détails, on occulte la phase problématique, on ne résume pas les étapes.
D’autres, pétris de bons sentiments tentent d’imiter les chaînes de télévision avec une table ronde, un décor qui fait sérieux… mais on alignera en général des assertions faites pour flatter le quidam et surtout le retenir. Chez YouTube en prime vous aurez de la pub.
Mon agacement est à son comble quand on nous assène des audios interminables avec des voix monocordes qui déprimeraient un régiment de majorettes. Certains nous lisent des pages écrites. Pourquoi ne pas nous les donner directement ?
À l’instar des réseaux sociaux, défilent des affirmations rarement étayées. Quand ce ne sont pas carrément des bêtises. Dès qu’on connaît un peu le domaine, c’est affligeant.
Parler longtemps, n’est pas faire de la pensée. C’est occuper l’espace et même nous empêcher de penser. L’autorité ne vient pas de l’apparente conviction mise par celui qui affirme, souvent péremptoire…
Il m’est arrivé, deux ou trois fois, de taper les mots clés venant à l’esprit en entendant la vidéo… et de découvrir que l’on trouvait ailleurs des ressources écrites ayant visiblement inspiré le vidéaste.
Certaines vidéos commencent à afficher le plan, mais on se rend compte qu’à chaque sous partie on perd à nouveau du temps à réitérer des introductions fastidieuses… Très peu résument les idées clés.
Vive les blogs !
L’écrit est moins gourmand en bande passante. Il est aisément partageable.
Si vous n’avez pas le temps d’écrire un livre, le blog, ou d’une façon générale un support écrit qui permet de structurer la pensée même de façon très lapidaire est pourtant une approche plus qualitative.
- il permet de voir le plan et le déroulé de la pensée
- il permet d’aller élucider des points sombres (lexique, concept à creuser)
- il permet des retours en arrière
- il aide à synthétiser, mieux mémoriser
Certes, une grande part de notre formation est dispensée par des professeurs qui parlent. L’auditeur produit alors de l’écrit en direct. Il apprend à noter, compétence complexe rarement enseignée. Transcrire, c’est s’approprier et aidera à mémoriser. Et ça marche mieux encore si c’est à la main et au stylo ! Un bon prof dispose d’un plan, est capable d’interagir, de répondre aux questions, de développer un argument.
Le vidéogramme est descendant et forme à la passivité.
Si je suis curieux de m’informer, de découvrir de l’inattendu, des sujets nouveaux, j’aime que cela vienne d’une démarche personnelle choisie et active.
Après tout, je concevrais, soit une courte vidéo introductive sur un sujet, soit une vidéo illustrative pour le comprendre.
Mais je n’aime pas et j’accepte de moins en moins cette espèce de posture verticale qui consiste à imposer de la connaissance (pas toujours vérifiée) au tempo voulu par le « présentateur ».
Reprendre la main
C’est à chacune et chacun d’entre nous de reprendre la main : en préférant le livre, les écrits…
La mode des vidéos s’inscrit dans un système économique une certaine vision de l’Internet qui relève plus de la compétition que que la coopération. D’ailleurs, dans leur immense majorité les « coachs » omnipotents servent activement le système économique en place même s’ils tentent d’habiller leur discours notamment à la sauce du « développement personnel ».
Reprendre la main, c’est à la fois se montrer soi-même actif et en curiosité, c’est oser partager ses propres connaissances. C’est également libérer du temps précieux.
Un mot en retour ?