Ne faites pas votre bilan de l’année !


Presence CC0 1.0 Universal Pablo Stanley

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5–8 minutes

Fin d’année oblige, des sites que je lis ou des lettres de diffusion que je reçois m’invitent à « faire mon bilan de l’année écoulée et définir des objectifs pour l’année à venir ». Eh bien non, je refuse ! Comme moi, ne faites pas votre bilan de l’année !


Halte aux injonctions des coachs intrusifs !

Autrefois on avait les curés qui se mêlaient de nos vies, voilà que les coachs se pensent autorisés à venir gérer ce que nous vivons et faisons. Sous prétexte de nous révéler à nous-mêmes, avec leurs cousins les influenceurs, ils sont les chantres du conformisme. Mettant tous les enjeux sur la personne, ils se gardent bien de contester les injustices d’un système économique et social qu’ils servent docilement en réalité.

Il y aurait beaucoup à dire sur le développement personnel qui use et abuse de concepts notamment philosophiques ou scientifiques sans les élucider. C’est en apparence sympathique mais trop souvent favorise l’emprise d’imposteurs notamment en période d’incertitude où nombreuses sont les personnes à douter d’elles-mêmes.

Ce n’est pas l’accès gratuit à un « template » (en fait juste un questionnaire) vu mille fois et probablement conçu avec de l’intelligence artificielle, qu’un inconnu va pouvoir pointer les vraies questions qui nous concernent. Ce ne sont pas des aides à penser, ce sont des pièges réducteurs.

Vous êtes un humain ou une humaine pas une entreprise

On peut (en partie) faire des bilans d’activité pour une entreprise. Le temps où l’on renseignait foultitude d’indicateurs avec des tableaux de bord, des graphiques et des objectifs est révolu au sein des entreprises qui ont compris qu’il ne fallait pas passer son énergie rivé sur les chiffres mais plutôt se centrer sur ce que l’on à faire, être présent à son activité et aux conditions de production pour réussir à répondre à un cahier des charges.

L’école qui connaît un échec cinglant notamment à cause du blanquérisme, s’est fourvoyée en dilapidant du temps dans l’évaluation au déficit de l’apprentissage.

Quand vous conduisez votre voiture c’est la route que vous regardez et juste quelques indicateurs d’alerte en cas de souci. Vous régulez en pilotant votre voiture, c’est à dire en ajustant votre conduite aux circonstances, aux imprévus tout en tenant compte du code et de votre forme. Vous regardez la route et vous roulez. Certes il faut des révisions, mais votre mode de conduite va influencer l’usure du véhicule.

Si l’on peut s’interroger, douter, faire évoluer ses choix et si l’on doit éviter l’immobilisme, il n’y a pas à s’imposer des comptes-rendus scolaires. Le bulletin ne dit rien qu’une note d’ambiance ponctuelle.

Il est bien plus important de prendre des nouvelles de soi, avec bienveillance et d’observer sa place dans le paysage.

Il n’y a pas à se stresser de savoir si on est parvenu ou pas à ses objectifs, surtout personnels. D’ailleurs, on le sait toujours en réalité. Vous n’avez pas besoin d’évaluation pour savoir si vous avez « réussi » ce que vous vouliez.

Il n’y a pas de « leçons à tirer » ou de « choses à améliorer », ce qui vous a enrichi (spirituellement) vous le savez, ce qui vous a manqué vous le percevez et culpabiliser est inutile. Il n’y a pas de choses à améliorer mais un alignement à trouver pour que vos projets puissent se mener à bien. S’ils ne peuvent être menés… c’est que ce n’est pas le bon projet ni le bon moment et ce n’est pas grave ! Il faut essayer, oser ce qui vous convient.

Ce n’est pas le bon moment

La fin d’année n’est pas le bon moment pour faire le point : fatigue, fêtes de famille, journées courtes, incertitudes… Inutile de se fragiliser en se tarabustant sur des questions idiotes du genre « l’année a-t-elle répondu à vos attentes ? » ou « comment vous voyez-vous dans trois ans ? »

Inutile non plus d’attendre des échéances pour évaluer et faire évoluer les choses. Encore une fois, il faut dépasser cette logique scolaire du bulletin à heures fixes, de la note sclérosante, de l’examen ou de la confession.

Le moment, le « bon moment » ce sera quand vous le ressentirez en fonction de besoins qui émergeront ou d’impossibilités.

Chacun chemine sur sa route qui lui est propre et unique.

Il y a des choses qui meurent d’elles mêmes quand on a essayé et que ça ne marche pas, ce n’est pas un souci. Il y a même des « mauvaises habitudes » dont on parviendra à se libérer quand ce sera opportun, grâce à une rencontre, une découverte, un apprentissage, une création…

Ce qui compte c’est de marcher en étant à ce que l’on fait.

Ce qui compte c’est l’alignement entre nos valeurs et ce que l’on fait

Quand on est heureux, quand on est à l’aise dans sa vie, c’est que l’on sent que l’on fait ce que l’on doit en cohérence avec nos valeurs, nos besoins… À la fois en pouvant nous plonger pleinement dans notre projet (en étant dans ce fameux « flow »), sans nous mettre en souffrance ou en compétition.

Certes, de temps en temps on peut se rappeler ses valeurs : je préfère la coopération à la compétition, je veux pouvoir prendre soin d’autrui comme de moi, ne pas faire de mal, refuser la violence, veiller à la dignité d’autrui comme de moi-même, je veux pouvoir vivre pleinement et sobrement, libre, sans exercer de pouvoir sur autrui, sans m’encombrer…

On peut vérifier si sa « boussole » personnelle est adaptée et aide à guider. La mienne possède toujours ses quatre axes : apprendre, créer, partager et prendre soin. Je veille à les servir un peu chaque jour.

Mais pour notre vie personnelle, il n’y a pas de chiffre d’affaires. On ne quantifie pas, on doit penser à la qualité.

L’objectif c’est un horizon fermé et accessoire. Ce qui compte, c’est le cheminement. C’est lui qui donne du sens. Si j’invente une chanson à un moment donné, c’est qu’elle vient exprimer une émotion légitime à ce moment et que je suis alors capable de l’exprimer car j’ai trouvé les conditions pour me rendre disponible à la création.

La vraie question d’ailleurs est de savoir : suis-je disponible pour apprendre, créer, partager et prendre soin ? Et si non, pourquoi ? Mais sans culpabiliser.

Alors plutôt que des objectifs tristes, des projets nous animeront dont l’ampleur évoluera si tout converge.

Les objectifs que l’on se fixe de façon trop rigide empêchent de voir les opportunités

Rivé sur l’objectif, on peut louper une opportunité qui va se dessiner dans le paysage. On risque de se détourner de la richesse de la rencontre, du bonheur de l’imprévu.

La planification est un leurre dans un monde en perpétuel mouvement.

Parfois mes lectures, mes questions, vont nourrir un projet. Je commence à le noter. Il arrive que la notation se fasse oublier, mais quand c’est le « bon projet », quand il trouve sa légitimité parce qu’il vient à point nommé, alors j’y reviens tranquillement, sûrement, naturellement.

Encore une fois, faisons nous confiance.

Bien sûr l’impéritie et un habitus enkysté peuvent empêcher un pilotage intelligent de nos « barques personnelles » mais commençons par nettoyer le bruit venu des conseilleurs et de celles et ceux qui voudraient penser à notre place.

Ne nous leurrons pas nous-mêmes avec les mises en scène factices et sortons du prêt à penser et à vivre ! C’est quand même plus amusant.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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