Je pratique l’autorégulation


Discussion

·

4–6 minutes

J’ai failli dire que je pratiquai l’autocensure. Ça, ce serait ne pas dire par peur ou pour me soumettre. J’ai connu le devoir de réserve auquel j’ai dû me tenir en contexte professionnel. Libéré de cette contrainte, j’ai compris qu’on ne pouvait juste s’exprimer « librement » pour dire ce que l’on a sur le cœur, mais qu’il fallait penser en terme de stratégie et de réflexion quant à la réception possible d’une telle expression. Alors, je pratique l’autorégulation et c’est une démarche réflexive et assertive tout autant qu’éthique.


Ne dites pas du mal des gens

J’avais cité dans un précédent article, le fameux poème d’Hugo (« Jeunes gens prenez garde, aux choses que vous dites »). La question n’est pas seulement de se faire ou pas un ennemi ou de rallier des personnes à ce qui pourra vite tourner à la disqualification d’autrui, la médisance… avec le risque rapide d’un effet boomerang, le vrai sujet est dans le but recherché.

La diffamation en droit n’est pas seulement dire des choses fausses sur une personne, c’est dire des choses qui portent atteinte à sa dignité. La dénonciation devrait pouvoir passer par le canal de la Justice. Il est arrivé, on l’a vu ces temps derniers, que ça ne fonctionne pas et qu’alors il faille passer par des mises en cause publiques légitimées par la gravité de faits prouvables ou défendables devant une cour. La dénonciation d’une oppression est légitime à la condition qu’elle ne dérive pas notamment sur des amalgames.

De l’indignation légitime à la meute haineuse, la frontière peut vite sauter.

La critique, le rire lorsqu’ils dénoncent des puissants et lorsqu’ils participent à la prise de conscience permettant de s’émanciper d’une oppression sont justes et nécessaires. Mais rire d’un peuple, d’un aspect physique ou d’une religion, c’est juste du racisme ou une phobie qui appelle en société une nouvelle fois l’intervention de la Justice si on ne veut pas sombrer dans la violence.

Dans les réseaux sociaux où les unes et les autres s’exposent, la disqualification est souvent présente. Même au sein d’un réseau plutôt calme comme Mastodon, même parmi des personnes qui disent défendre les droits humains.

Ne pas dire du mal des gens, une fois exprimées les réserves soulignées plus haut, n’est pas juste affaire de morale. Dire du mal est parfois clivant, peut faire monter les émotions et la zizanie mais surtout enferme chacune et chacun dans son modèle de pensée.

La tentation est grande

C’est le piège de l’imitation. Le plaisir facile du renforcement mutuel. Les provocations, les bêtises faites pour que l’on réagisse et prenne position.

Ça m’est arrivé, ça m’arrivera encore.

Tout à l’heure, une annonce politique m’a fait réagir. Je n’ai pas attaqué la personne mais ma réaction aurait pu être prise comme telle. J’ai retiré un message. Nous avons souvent tendance à réagir plus fortement, avec un esprit plus critique envers des « amis » ou des proches… Peut-être parce que nous sommes davantage touchés, que nos émotions sont plus intenses.

Notamment avec les réseaux sociaux, « réagir à chaud » est facile. Il n’y a pas de fonction sur les réseaux qui vienne réguler avant que nous postions le message en nous demandant : « Vous voulez vraiment dire ça ? Avec ces mots ? Dans quel but ? « 

Un truc des sciences cognitives.

Les neurosciences parlent souvent d’autorégulation. On évoque le le fonctionnement du cerveau, les apprentissages et les personnes ayant des besoins particuliers qui parviennent mal à réguler leurs paroles et leurs actes.

On va parler de capacité à auto-observer son activité, s’auto-évaluer en fonction de ce qui est attendu (ou acceptable socialement), ce qui va permettre d’auto-réagir « à bon escient ».

Il faut pouvoir s’inhiber non pour s’interdire de penser ou nier ses émotions, mais comprendre les mécanismes qui nous font réagir de telle ou telle façon et adapter notre réponse… Non pas seulement pour nous adapter à un environnement donné mais ensuite dans une perspective de pensée et d’action autonome, interroger ce que nous recherchons et le moyen d’y parvenir.

Réagir à un scandale ne sert à rien si focalisant sur le coupable on ne se donne pas les moyens d’analyser les causes et surtout de rechercher des solutions.

Choisir son moment, son cadre, définir son intention

Ça m’arrive de marquer une déception, une colère, de m’en prendre à tel ou tel. Ça peut cliver, ça peut renforcer un sentiment d’appartenance au groupe jusqu’au risque de nourrir la plainte ou le ressentiment…

Ça me fait « réagir à » et non « agir pour ».

Si je crois qu’une cause est mal défendue par tel ou telle, alors plutôt que de me prendre à la personne, je dois me donner les moyens, y compris par la coopération, de promouvoir une autre approche.

Inutile de jeter le discrédit, de chercher à prendre le pouvoir sur la personne en attaquant ce qu’elle est. C’est même contre productif encore une fois.

Il peut-être mieux de s’exprimer ailleurs, dans un cadre choisi, non en « réponse » mais en proposition positive et constructive.

Ce n’est pas toujours simple, il faut savoir faire preuve de calme, d’assertivité, de recul.

Je me le redis : si une annonce, une information, une position me choque, plutôt que d’y répondre, de croire un débat possible en quelques signes, je dois prendre le temps de m’interroger sur ce qui me fait réagir, quelle proposition j’aurais et dans quel cadre la partager…

Il m’arrive de trouver que certains sont assez toxiques dans leurs postures, dans leurs messages et leurs comportements. Alors, je dois sortir de leur boucle, ne pas leur faire l’honneur d’alimenter leur emprise…

Tout ça, c’est une démarche qui mérite de l’attention… Analyser, choisir son moment, penser stratégie, laisser filer si besoin pour ne pas dilapider son énergie…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.