Quelques modestes réflexions à propos de l’IA


Intelligence artificielle

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7–10 minutes

Admirateurs et contempteurs se disputent. En douce, tout le monde l’essaie. Je mets dans la boucle quelques modestes réflexions à propos de l’IA, peut-être feront elles écho.


Un problème de définition

Nous éprouvons de façon générale une difficulté à définir l’intelligence et à la mesurer. On pourrait d’emblée dire que d’un point de vue philosophique, si elle est « artificielle », c’est à dire non « animée » par une intention humaine (ou par un être vivant ayant conscience de lui-même) , elle n’a rien d’intelligent.

On voit apparaître les termes de « prédictive » , de « générative ». Dans d’autres contextes, on parle « d’intelligence artificielle étroite » (spécialisée sur des tâches), d’une « intelligence artificielle générale », vue au niveau de l’intelligence humaine qui serait plus polyvalente. On anticipe même avec l’idée d’une « super-intelligence artificielle ».

Créer des besoins pour s’empêcher de penser

Les investissements économiques et industriels faramineux dans un domaine en évolution ultrarapide s’accompagnent de la mise à disposition immédiate dans le grand public d’outils proposés sans le moindre apprentissage ni accompagnement. Des outils qui d’ailleurs se transforment chaque matin et dont il n’est pas dit au départ à quoi ils doivent servir.

Ce développement exponentiel, cette accélération, cette croissance poussée ne sont pas tant le fruit d’une réflexion ou de progrès scientifiques que d’une volonté économique.

L’idée de rentabilité ou de faire gagner du temps, rappelle dans une certaine mesure la façon dont les industriels ont suréquipé en leur temps les foyers les plus populaires de robots ménagers (dont beaucoup dorment à présent dans les placards) ou dont la malbouffe industrielle s’est imposée avec les conséquences que l’on sait.

Ce temps « libéré » a vu paradoxalement l’assujettissement de la population à des rythmes de vie de plus en plus accélérés : il faut faire vite, être « rentable » (quitte à ne pas bien faire), réduire les coûts… quitte à exclure de nombreux humains du monde du travail. Censés avoir plus de temps, nous dormons moins, nous courrons…

On ne peut considérer l’outil sans sa dimension sociale, écologique et philosophique.

Chaque humain est doté d’un cerveau. On l’a parfois idiotement présenté comme une « machine ». Le cerveau est interdépendant avec notre corps, notre éducation, nos apprentissages, nos traumatismes, nos sentiments, notre âge, nos interactions… Il sait résoudre des problèmes notamment grâce à l’apprentissage, à notre capacité de donner une intention à nos actes.

On a souvent méprisé les automatismes alors qu’ils aident à résoudre des tâches de haut niveau : un exemple simple est celui de la résolution de problèmes mathématiques où celui qui dispose d’une maîtrise experte d’outils mémorisés peut y recourir très vite pour calculer, évaluer, estimer etc.

Si j’utilise une calculatrice, je dois être capable d’évaluer si j’ai commis une erreur de frappe. L’outil m’aide à vérifier, ajuster mais il ne pense pas à ma place.

Un bon lecteur est capable de décoder très vite et de ne pas perdre son énergie à déchiffrer mais de la placer dans la construction du sens.

On sait que celui qui écrit à la main, va pouvoir mieux mémoriser, mieux construire sa pensée.

Mon socle de connaissances je l’ai construit certes par l’écoute de professeurs, l’expérimentation concrète, mais aussi par mes lectures, mes prises de notes. Je fais partie d’une génération qui utilisait les dictionnaires papier et j’ai l’intuition d’avoir mieux fixé les définitions lues, notées et apprises avec ces supports, que les supports numériques plus « mouvants ». C’est à dire, j’ai mieux appris en ayant une démarche active accompagnée de retours et de vérifications.

S’il sera impossible d’empêcher le recours à l’IA en milieu scolaire, la vraie question sera de savoir si on externalise l’appropriation des connaissances et leur mémorisation, ou si on l’investit. Car il y a derrière la question d’un savoir « de bas niveau », un plat transformé, disponible pour tous, tandis que le « happy few » continuera d’aller vers des apprentissages éclairés, patients, experts, mobilisant le cerveau pour apprendre, comprendre, réfléchir et choisir.

La question de la confiance

Dans un monde marqué par l’individualisme et la défiance généralisée envers nos pairs, il est tout de même amusant de voir le peu de recul et de discernement avec lequel nombre d’usagers potentiels font d’emblée confiance à ce qui leur est distribué.

Je reprends l’image du plat transformé : il se cuit en trois minutes au micro-ondes. Vous pensez manger un gratin d’aubergines, mais vous ne regardez pas la proportion réelle d’aubergines et encore moins la foultitudes d’ingrédients néfastes (sucres, conservateurs… exhausteurs de goût). À la fin ce que vous mangez vous éloigne du goût réel du produit et engendrera même des maladies au coût immense pour la société.

Très souvent le produit servi après une requête c’est ça : un mélange drainant un peu tout et suscitant des formes d’addiction.

Si vous êtes spécialiste d’une question, il vous suffit d’interroger deux types d’IA pour mesurer les erreurs, les approximations, la diffusion de lieux communs quand ce ne sont pas carrément de fausses informations.

J’ai participé il y a peu à une visioconférence où l’intervenant expliquait comment « influencer » les IA. Il faut savoir le faire subtilement disait-il sans donner l’impression de bombarder mais en s’en donnant les moyens (en investissant), c’est tout à fait possible. On imagine en ces temps redoutables où l’illibéralisme diffuse de fausses idées, à quoi peut servir le vecteur de l’IA…

Quelques expériences concrètes

Les articles de ce site sont écrits à la main. Je me suis amusé à regarder ce que ferait l’IA en matière de création de poème par exemple ou même de rédaction d’articles à partir de mots clés : c’est à la fois mauvais et convenu quand ce n’est pas carrément drôle tellement c’est kitch et donne une vision étriquée et décorative de la poésie … ça n’apporte rien. Degré zéro d’émotion… même si certainement, on pourrait abuser un lecteur peu attentif.

J’ai demandé des analyses critiques par exemple de la mise en forme de la page d’accueil ou même des contenus : oui, en général l’IA sait dire ce qui est malvenu du point de vue du code, mais elle n’est vraiment pas bonne pour le contenu. J’ai d’ailleurs pris le contre-pied de ses propositions grâce à mon esprit critique… mais il faut être outillé pour cela.

Je suis allé surtout regarder du côté du code.

J’ai comparé Grok, ChatGpT, Claude Ai et Mistral.

J’ai pu par exemple, modifier le fichier sécurisant l’accès à ce site en introduisant des règles. Bon. Mais en menant une recherche, j’ai vu que la même chose s’obtenait très bien par une recherche simple sur des sites ou forums.

J’ai pu remplacer des extensions ou plugins de ce site par du code. Une bonne chose pour alléger le site. Mais j’ai souvent dû reformuler mes consignes pour que ce soit exécuté avec précision. J’ai pris un chemin détourné pour m’approprier certaines règles mais au fond j’aurais pu apprendre directement. En tout cas, ça ne marche pas sans action humaine. Toute la question est de savoir si je préfère perdre du temps à résoudre les problèmes engendrés par l’IA ou si je préfère apprendre à faire bien par moi-même.

Ce qui reste efficace c’est le gain de temps quand par exemple il faut rentrer des liens pour une liste de chansons à écouter. À la main c’est fastidieux. C’est un truc très répétitif, assez basique.

En revanche, nettoyer le code html d’une page pour la débarrasser de commentaires sans bloquer d’autres fonctionnalités nécessaires, aucune IA n’a réussi à le faire. Dans certains cas, je l’ai vu alourdir la page ou détruire la mise en forme !

Un dernier aspect : j’ai vu que l’IA s’appuyant sur mes formulations, le lexique, le point de vue que je donne, va toujours se conformer à mon approche. Par exemple, si j’ai une formulation un peu négative pour obtenir un avis sur une personne ou un site, l’argumentaire va abonder mais si a contrario, j’ai des formulations valorisantes, je vais être suivi. L’idée étant de me flatter pour me fidéliser, pas de construire de la pensée critique.

Conclusion provisoire

Je peux utiliser un tournevis comme marteau mais ça ne sera pas facile. Je n’ai pas besoin que mon marteau me dise le temps qu’il fait. Et je ne peux rien visser avec.

Si je veux résoudre un problème, très souvent, poser sur une feuille les enjeux de celui-ci, c’est déjà le résoudre.

Là où je crois gagner du temps, je peux en perdre : d’une part en me perdant dans des problèmes secondaires engendrés par l’outil, d’autre part en m’empêchant de penser ou d’apprendre.

Si je veux apprendre (et là c’est une question de confiance à restaurer envers nos propres compétences et notre capacité à nous émanciper), la question est de savoir où je place mon énergie, où je positionne ma pensée, comment je m’aligne avec la quête…

On revient toujours à ces questions :

  • est-ce que j’en ai besoin ?
  • est-ce que c’est le meilleur chemin pour trouver une information fiable ?
  • est-ce que ça m’aide à résoudre un problème et le temps gagné dans cette résolution n’est-il pas perdu dans la formulation de prompts à détailler alors qu’en m’adressant à moi même ou mes pairs, je pourrais avancer… ?
  • etc.

Reste ensuite la puissance économique qui supporte ces outils à l’instar de celle des géants du Web déjà en place. Il ne suffira pas de dire « c’est mal » pour en stopper la diffusion. Il va falloir remettre notre intelligence devant, nous faire un peu confiance. Non ?


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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