Le potentat des hâbleurs – un poème


Soleillot

·

2–3 minutes

Dans la boucle du potentat des hâbleurs, ils n’auront pas le décodeur, ceux qui devraient se reconnaître, les bons gars, les pur-jus, les certifiés conformes de la médisance. Aucun doute, ils ne se reconnaîtront jamais. Qu’au moment fatidique.


Par mon sang figé, 
La ligue de mes muscles retenus
Le potentat des hâbleurs m’épuise
Me cloue le bec et le cœur

Pères siffleurs
Acariâtres pétris de rodomontades
Aigris de la basse-cour
Piétaille valétudinaire
Militants des basses œuvres
Pourfendeurs de caricatures
Marchands de vétilles
Éditorialistes des vacuités
Menteurs d’aplomb
Votre verbe vert me lapide

Je ne veux pas vous singer
Si je m’apitoie, c’est sur le pont tombé
Pour les fossés ensanglantés
Et les enfants noyés

Ce siècle, qu’en avez-vous fait ?
À peine mort né, galvaudé
Dans les mains rougies
De pâles dictateurs

Je mets, ma mort debout sur le tapis de vos remords
Prenez là, avec cette salive amère du fiel
Vous ne pouvez pas comprendre
Alliés de la médisance,
La discorde a passé son anneau puant à votre doigt

Vous êtes merdeux
Et votre haleine d’halitose vous trahit

Vous nous avez trahis
Un clou dans la gorge
Nos yeux exultent devant la citadelle
Où vous allez nous enfermer, nous reclure
Et nous mourrons
Sans but, sans raison, pour rien
Pour une admonestation, un brûlot
Une lucidité trop tôt affirmée

Hommes de pouvoir, de glaive et de matraque
Crétins d’ici ou d’ailleurs,
Personnages en ruine

Ce qui m’est insupportable
C’est d’imaginer que nous puissions nous ressembler
Ce risque-là, je ne veux pas le prendre
Je ne veux pas que l’on nous confonde
Et pourtant

Ma propre colère me dégoûte
Le vomi d’un ivrogne sur les lèvres d’une princesse
Un coup de reins dans le caniveau
Une chute dans la fange
Tout cela me serait allégresse

L’heure a sonné
Celle qui nous pourfend, nous défend, nous déprend
Je plisse les yeux
Je ferme les paupières
J’essaie le cercueil

Je regarde la montre
Je regarde la montre
Je regarde la montre

À la radio on annonce une page publicitaire
Seule la publicité aujourd’hui ose prétendre à la poésie

Je regarde la montre
Et j’essuie le carreau du verre
Où mon enfance a pleuré
Comme un adolescent en rut
Sur une image pieuse

C’est fini tu sais


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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