Ne m’étiquette pas !


Pancarte

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6–9 minutes

Ne m’étiquette pas ! Je ne suis pas celui que tu crois et peut-être que sur ma tête ne tiennent pas les étiquettes que tu aurais voulu poser. Je ne dis pas ça pour m’opposer, mais parce que pas plus que tu ne m’appartiens, je ne t’appartiens. Mais s’il est vrai qu’il ne faut pas se laisser définir par autrui, il faut aussi oser dépasser ses propres auto-représentations nourries souvent de nos biais cognitifs…


C’est quoi la norme ?

Petit garçon, il fallait être baptisé, faire son catéchisme, aimer ses parents, travailler pour avoir des bons points.

Je n’étais pas baptisé. Pour certains copains dans la cour de l’école, c’était impossible. Je serais mort. Ils demandèrent l’avis du « meilleur de la classe » qui réfléchit longuement à la question, me fixa et prononça (véridique) son avis d’expert : « non, c’est possible, mais il ira en enfer ! »

J’avais beau revendiquer à huit ans ne pas croire en Dieu, la menace pesait sourdement sur mon destin. Pire encore, mes parents étaient divorcés – à l’époque c’était rare- et j’avais, comble de la subversion, avoué publiquement détester mon père. Cela choquait mais je ne pouvais révéler ce qu’il avait pu faire sous mes yeux à ma mère ou plus tard à ma sœur. Une petite voix en moi, celle de l’injustice, fit de moi un petit garçon qui ne voudrait jamais s’identifier au patriarcat, même si je ne savais pas dire ce que c’était.

Au collège, j’étais bon à l’écrit. Alors il « fallait » que je ne sois pas matheux. Au lycée, une professeure écrivit : « aime l’Histoire, n’aime pas la géographie« . Que devais-je faire avec cette sentence ? Pourtant, j’aimais beaucoup la géographie…

Fonctionnaire on m’accorda le sérieux de la fonction publique. Il fallait pour être engagé que le maire signe « un certificat de bonne moralité ». Je me conformai donc au risque de mettre en tension certains aspects de ma vie qu’il convenait de dissimuler alors qu’ils n’avaient rien de répréhensibles : « cache tes sentiments amoureux. »

Il me fallut quitter l’étroitesse d’esprit des campagnes d’alors pour me « libérer » dans la capitale. Mais la « tolérance » vous colle des étiquettes sur le front. Je fus présenté aux diners amicaux de l’une de mes tantes adorées, comme son « neveu gay ». Ça partait d’une bonne intention, ça faisait bien dans le décor des années quatre-vingts, mais je me sentais réduis à mes préférences amoureuses dans des sous entendus parfois à la limite du graveleux.

Plus tard encore, en charge d’une fonction administrative, on me prêta un pouvoir dont je ne disposais pas et même de revenus qui ne me furent jamais dévolus. On s’imaginait que j’étais forcément du côté « du ministre » ou que j’avais trahi ma classe pour quelques honneurs…

Retraité – quel mot englobant et réducteur- on m’imagina éclusant ma vie en loisirs sans fin dormant sur un matelas de billets. Billevesées bien sûr ! Et parfois, il m’est arrivé, il m’arrive encore, de me glisser dans le paysage en portant l’uniforme tranquille qui permettra que mon rôle social se trouve identifié et que « ça passe » en discrétion…

Mes valeurs pour vivre en poésie

Si les partis politiques se sont perdus aujourd’hui dans leurs programmes, les anathèmes et les préjugés, c’est qu’ils sont incapables de s’orienter à partir de valeurs mais naviguent au gré de l’opportunisme, du clientélisme, du vent médiatique…

Ce n’est pas l’opinion d’autrui qui me forge et ce qui m’a souvent animé, c’est le sentiment d’injustice. L’attention au faible si elle est sincère ne se contente pas de révoltes sur canapé. Il faut être cohérent. Ne pas laisser dire, faire preuve de solidarité… Je me refuse pourtant à avoir des ennemis. Je veux toujours reconnaître l’humain en l’autre, une égale dignité. L’effarement devant le criminel c’est que nous appartenons à la même espèce. Mais l’espoir c’est que je suis aussi de la même espèce que Rimbaud ou Michel Ange. C’est la seule possibilité pour permettre à l’autre d’évoluer autrement qu’en se renforçant dans le pire. La justice a besoin d’éthique, d’équité, d’attention permanente, de compréhension. Comprendre n’est pas pardonner. Comprendre, c’est permettre à l’autre de ne pas s’enferrer dans son ressentiment. Ou son égoïsme.

Ce qui me guide, ce sont des valeurs. Aucune doxa. Pas de « sens préalable » mais du sens à donner en cheminant.

Comme j’ai appris à ne plus conseiller autrui mais à accompagner, il faut savoir s’accompagner. S’accompagner, c’est marcher à l’amble, se mettre en mouvement mais s’accorder des haltes, écouter ses besoins, des doutes, ses émotions.

Ce chemin c’est la chance de pouvoir continuer d’apprendre, de s’éprendre, de créer pour me transformer et mieux partager. Ce que j’ai appris, ce que j’apprends mieux, c’est aussi comment prendre soin de moi pour pouvoir mieux prendre soin d’autrui.

Je m’appartiens

Ce qui compte, c’est d’essayer. Et de ne pas se leurrer. C’est prendre le risque de la liberté. De trancher parfois.

Il y a des choses où ce sera non. Des héritages qu’on accepte ou qu’on porte, mais des héritages qu’on refuse ou qui ne vous concernent pas.

Les toxiques (personnes ou situations) agissent comme des produits addictifs. Ils savent flatter nos failles non pour nous émanciper mais nous y enfermer. Combien de fois ai-je été réduit par des « jugements » à l’emporte-pièce mais où je pouvais d’une certaine façon me complaire. Facile de se victimiser.

Je m’appartiens et j’apprends à me surprendre moi même. Sans nostalgie du passé que je lis autrement, sans regrets ni remords. C’est fait. Je n’accuse personne. Je me suis débrouillé de situations parfois terribles. Sacré résilience ! Mais ni orgueil, ni honte. Une vie c’est un livre qu’on écrit. Avec des ratures, des oublis, des pages qu’on arrache ou qu’on recolle.

Parfois, pour traverser le temps plus que les épreuves, j’ai porté une carapace ou une armure. C’est banal. Mais il faut réussir à s’en défaire. C’est à dire, ne pas se punir après la souffrance. L’étiquette ne doit pas être un cahier des charges, une injonction. Je choisis ma vie, là où je suis, avec qui et même la solitude sans peur.

Je ne pourrais pas être bien pour autrui si je ne suis pas bon pour même.

La générosité n’est pas se sacrifier

Trop longtemps, comme s’il fallait passer un examen, j’ai cru devoir me plier à des règles extérieures : j’en ai même rajouté pour que « ça passe ».

J’ai cru que l’on pouvait « sauver »autrui en renonçant à ce que l’on est , en faisant tout pour être conforme à l’étiquette positive qu’on me donnait ou infirmer l’étiquette négative qu’on m’infligeait. Mortifère.

Pour être soi, il faut se donner la possibilité de se surprendre, même après des années. Sans laxisme, sans laisser-aller, en acceptant aussi ce que le miroir renvoie. Rien n’empêche de sourire et ce n’est pas grave si la fatigue empêche un jour de le faire bien.

Les déçus

Celui qui est déçu de ce que l’on est est d’abord déçu de lui même. C’est à dire qu’elle ou il avait des attentes inappropriées.

Il y a des rencontres, pour lesquelles il faut savoir être disponible sans surestimer l’interprétation qu’on peut en faire. La complémentarité entre deux humains, entre un humain et un animal, un humain et un paysage, un humain et une œuvre d’art… ce sont des constructions qui s’interprètent selon le fil complexe de nos expériences.

Que je ne préjuge pas non plus

L’exercice doit être permanent. Que je ne préjuge pas non plus. Ni de moi et de mes forces, ni des apparences, ni des expériences, ni des difficultés et de ce qu’elles peuvent dire.

Je dois veiller à ne pas te coller d’étiquette, à te regarder droit dans les yeux, à t’écouter sans t’obliger. Parfois, on peut apprendre beaucoup d’une personne dans le silence. Pas le silence a secrets. Le silence qui laisse passe l’âme.

Convergence

En chacune et chacun de nous : un corps, une âme, un esprit. Mais ces trois éléments ne sont pas séparés. Erreur souvent commise. Nous ne sommes pas la sainte trinité. Mais une composition, une création mouvante, une invention dont la beauté sera d’autant plus lumineuse que nous saurons faire vibrer les trois en cohérence. Alors, on ne dira pas c’est « une ou un », on dira c’est … »elle ou lui… » ou « cette personne là » et aucune autre. De cette convergence nait une singularité. Unicité. Et pourtant tout cela est relié… en notre humanité… et même dans la vie vibrante !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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