Je me pose de ces questions. Je dis souvent que je voudrais agir dans ma vie plutôt par choix que par devoir. Mes choix s’ils sont sincères, sont forcément orientés par des croyances, des préjugés, des excuses dont je me nourris au risque de me leurrer. Comment choisir sans me piéger aux biais cognitifs ? Ne vais-je pas risquer d’abandonner une croyance pour une autre ? Comment choisir vraiment et finement de façon aussi honnête que pertinente ?
Pourquoi je fais ça, je dis ça, je pense ça ?
Changer de vie, je le vois comme un mouvement, non comme un but. Souvent la réalité d’un choix me confronte à des illusions antérieures. Ça ne s’est pas passé comme prévu.
Je n’ai pas toujours pris de bonnes décisions mais je n’ai jamais refusé de changer. J’ai su revenir sur certaines décisions pour faire autrement au risque de désorienter certains.
Au passage, nos choix personnels, nous les faisons souvent en nous croyant le centre du monde, en pensant que le regard des autres est important (leurs attentes, leur confiance). Certes, le parent qui ne croit pas en son enfant va tuer la vocation dans l’œuf. Mais il peut aussi nourrir des leurres.
Jeune homme j’ai connu ce moment du choix exposé au regard parental ou familial. Il me fallait agir en tenant compte de ce paramètre dans un compromis que je ne me disais pas vraiment…
Certains n’ont pas eu de choix à effectuer dans leur vie: je pense à celles et ceux par exemple dans un environnement très contraignant qui se plient à des usages, font le métier quasiment déterminé par leur environnement socio-culturel et n’interviendront que sur de faibles variables… Mais cette façon de se laisser guider ou porter ne les a pas forcément conduits aux difficultés ou au malheur. Aucun jugement de ma part.
L’incertitude dans laquelle je vivais à 17 ans, me conduisit à choisir une voie favorisant mon autonomie financière, une voie en apparence sage et raisonnable. Je dis en apparence car de cette partition conformiste du jeune homme passant un concours de la fonction publique, j’ai su tracer un chemin singulier qui n’eut rien de déshonorant. Néanmoins, sans m’affliger de regrets, alors qu’on m’avait fait des « propositions » et que j’aurais trouvé de l’aide extérieure, je n’ai pas osé une voie plus risquée, mais qui m’aurait peut-être permis d’autres développements. Je ne dis pas plus ambitieuse mais qui m’aurait révélé autrement à la vie… À la condition que mes croyances, mes leurres, mes représentations n’aient pas compliqué les choses.
La singularité pour avancer
J’ai tenté parfois des parcours singuliers. Que ce soit dans la vie professionnelle ou personnelle. Mais étaient-ce de vrais choix ou seulement une manière de m’adapter pour m’en sortir ?
J’ai souvent raté pour avancer notamment à des moments où il me fallait obtenir une validation externe. J’ai refait. J’ai réussi. Mais j’ai pu être déçu du résultat obtenu par mes efforts. Ou plutôt de l’après. Réussir un concours confronte parfois à la réalité peu enthousiasmante de l’après-concours. Il a fallu donner du sens à ce que je faisais pour dépasser un risque de déception.
L’empirisme de l’autodidacte
Être autodidacte c’est une chance et une difficulté. L’autodidaxie est un marqueur fort de mon cheminement depuis tout petit. Un bricolage avec parfois la joie d’un peu de sérendipité.
Être autodidacte est une chance parce qu’on ose chercher, expérimenter, trouver des solutions… C’est une difficulté quand prend parfois des chemins détournés pour trouver et s’approprier une solution simple. On a construit sa solution sans prendre toujours appui sur l’enseignement d’autrui… mais on a cherché en fonction de ses besoins supposés….
De bons automatismes ça peut aider à choisir la solution. À la condition qu’on puisse interroger ces automatismes !
Je me suis souvent trouvé confronté à mes représentions initiales d’un problème, qui pouvaient être partiellement justes ou totalement fausses. Il m’est arrivé souvent de prendre un plan à l’envers, de partir dans la mauvaise direction, jusqu’à ce que je me décide à rebrousser chemin comprenant enfin, parfois tard, mon erreur.
Persister dans les mauvais choix ?
Mon cerveau, l’inconscient parfois, m’a conduit à retrouver des vieux réflexes et me replacer bêtement dans des situations déjà vécues.
J’ai pu réitérer des erreurs dans ma vie personnelle en devenant par exemple un aimant à personnes toxiques. J’ai parfois réitéré des schémas plusieurs fois avant de comprendre que je me piégeais tout seul.
Ça m’est arrivé souvent en cherchant une destination. Je tourne à droite alors que je sais que ce n’est pas la bonne route… comme s’il me fallait le vérifier.
À contrario, j’ai pu pour me protéger avoir une sorte de « biais de fermeture », c’est à dire pratiquer une sorte de défiance a priori pour éviter de me laisser piéger. Ce n’était pas mieux, c’était la peur qui commandait, voire le ressentiment.
Le temps de la décision
Si la procrastination est un piège, la précipitation ou l’enthousiasme peuvent aussi piéger. Je reste à devoir prendre plus le temps de la décision, y compris pour de petits choix.
Sans sombrer dans la planification soviétique, ni la « to do list » inquiétante, il faut que je puisse examiner les différents scénarios en les relisant, en les regardant de différents points de vue. Mieux formuler mon besoin, ce que je veux faire, ce que j’en attends, ce que je peux en retirer…
Je n’ai pourtant jamais regretté les grandes décisions de ma vie. Je suis parfois étonné de la distance qu’elles m’ont permis d’avec une situation antérieure pénible et même de la transformation.
Ainsi, si je n’ai eu qu’une seule vie, j’ai pu vivre des étapes ou des chapitres très différents et enrichissants. Je n’ai pas terminé d’apprendre.
Mais il arrive aussi qu’on investisse idiotement comme on joue à la loterie. Ce qui m’agace c’est de persister quand « ça ne peut pas marcher » sous prétexte qu’on ne cesse de dire qu’en persévérant ça « doit réussir ».
On creuse sans fin, s’oubliant dans le fait de creuser. Après, il ne faut pas se réduire en se ridiculisant. Il faut conserver sa dignité.
Je me tiens souvent sur la ligne du doute entre « à quoi bon ? » et « sur un malentendu ça pourrait marcher ». La phrase la plus méchante que je m’autorise sur moi est de dire que « j’ai des facilités mais pas de talent ». Alors, il me reste le travail.
Se ménager des temps de mise au point
Être son propre contradicteur, bienveillant mais attentif. Il faut s’accompagner sans cesse. Vérifier qu’on ne cède pas à la routine, à des pensées faciles, qu’on ne se laisse pas flatter par une réussite passagère.
Il est arrivé que des ennuis ou des malheurs me frappent d’autant plus brutalement que je prenais mes aises en confiance. Pour autant, le stress permanent, la remise en question sans cesse ne peuvent nous permettre de tenir la durée.
Un certain lâcher prise, se replacer dans le présent, s’accorder la centration dans le présent et même des escapades, de l’insouciance…peut aider lorsqu’on reviendra dans le « réel », dans les choix…à regarder ce que l’on croyait avec du recul.
Il suffit de couper la télévision quelques jours pour en la retrouvant la comprendre autrement et prendre conscience de ses propres leurres et préjugés.
En terminant ce petit texte, je me demande combien de fois je me suis leurré tout seul sur nombre d’aspects en l’écrivant…

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