J’ai failli demander : possédez-vous votre domaine de joie ? Mais ce n’est pas une affaire de possession. « Ceci est votre domaine de joie » chante Bertin. Mais connaissez-vous votre domaine de joie ? Je parle d’un lieu que vous aimez, où vous savez vous rendre facilement que ce soit pour trouver la paix, souffler, parce que vous vous sentez bien ou triste. Un lieu où vous aimez aller seule ou seul, ou avec votre chien, un lieu que vous partagez parfois avec l’ami-e ou l’amour. Un lieu à la fois consolateur et mystique qui vous relie à vous-même, à la vie et à l’éternité.
Aujourd’hui c’est là
Si je ne suis pas à la maison, si je ne cours pas la campagne ou les salles de spectacle, si je ne suis pas en voyage ou à mes occupations, il y a de grandes chances pour que vous me trouviez là haut, sur le causse. C’est du côté de la commune de Gréalou, sur le chemin de St Jacques de Compostelle… Je ne vous en dis pas trop. Vous trouverez bien.
C’est tout près de l’endroit où je vis : je traverse le pont au dessus du Lot, je quitte un département pour un autre. Il faut grimper, la route est tortueuse. Puis on arrive sur le plateau. Pour le vieux Galou qui ne sait plus monter les côtes c’est le lieu idéal.
De là haut, on domine d’un côté le Quercy et de l’autre le Rouergue… Au loin on voit des monts rarement enneigés.

Les cazelles de pierre sèche ont été bâties il y a peu et font merveille dans le paysage. Quelques unes ou uns bâtissent par ici des cairn ou montjoies éphémères que le vent va secouer. Sont-ils bons pour l’environnement? Sur les plages ils sont proscrits.
Quelques rapaces tracent parfois leur ligne dans le ciel. L’endroit est aménagé par l’homme mais reste ouvert et donne un sentiment de liberté.

Je suis convaincu que Galou aime ce lieu comme moi. Il peut se montrer contemplatif face au panorama avant d’examiner tout ce qui peut se humer là : le passage des lièvres ou des chevreuils… Un soir d’été nous avons croisé une laie qui hésita à nous charger… D’autres fois nous croisons un troupeau de brebis en quasi liberté.
C’est vrai l’été, il peut y avoir du monde et l’autre jour deux adolescents sur leurs motos cross ont surgi de nulle part troublant notre quiétude mais en général le lieu est calme.
J’y ai eu aussi quelques jolies conversations avec des personnes croisées là haut. Vieux paysan cherchant la solitude, dame promenant ses chiens, jeunes voyageurs perdus demandant leur route, groupe de personnes « différentes » dont l’un voulait « tout savoir » de Galou. Si le lieu fait du bien au solitaire, il n’est pas aussi isolé qu’on pourrait l’imaginer. Il permet de se rendre disponible à des rencontres libérées de toutes contraintes… Les gens se confient parfois de façon étonnante.
Une cathédrale à ciel ouvert
Un dolmen et une croix attestent que le sentiment religieux s’exprime ici depuis toujours. Je ne crois pas en Dieu mais la mystique des lieux me traverse. Que ce soit la puissance magnétique du chêne, l’éternité des pierres, les plantes qui résistent malgré le vent et le sol dur, ici tout est poésie… Le ciel nous enveloppe, nous happe presque… Par beau temps on voit loin vers les montagnes douces du Massif-Central…
Le lieu est calme et j’y ressens comme un flux bénéfique. Comme le dit Bertin dans sa chanson, « on ne fait qu’un avec sa vie…. on est dans une ride du sourire de la terre, on est sur le palier de l’éternité… »
Là on peut se défaire (ce fameux lâcher prise) pour se retrouver et se relier au présent. Il n’y a pas besoin de philosopher. Les ennuis du monde se mettent à distance. Le lieu nous accueille toujours, avec cette beauté gratuite, cette générosité. On peut marcher, contempler, s’asseoir…
Arriver là-haut, dans cet espace, c’est toujours se sentir bien, sans jugement, on peut-être soi-même.
Si au début je faisais beaucoup de photos, je préfère maintenant observer vraiment et plonger mes yeux dans le paysage.
Lorsque nous revenons avec le chien, c’est comme si nous étions aller goûter une dose de vrai bonheur, nous revenons apaisés, comme disent les gens « ressourcés », purifiés…
Et vous ?
Quelque soit le lieu où j’ai vécu, j’ai toujours trouvé cet espace apaisant. À Paris le Canal St Martin ou les Buttes Chaumont, le petit torrent qui grimpait une petite montagne près de Veynes, la pointe de Locmariaquer dans le Morbihan… Il me faut toujours un point de vue un peu ouvert, un morceau de ciel. Il me faut une sorte de fidélité presque ritualisée à ce lieu…
J’en ai d’autres en tête. Chaque maison ou presque avait le sien…
Et à chaque fois ces lieux m’accueillaient et m’apprenaient sur moi-même… comme une façon de se réconcilier avec l’espoir…
Mais vous ? Avez-vous cette chance de connaître et fréquenter un tel lieu ?

Un mot en retour ?