Je ne te donnerai pas de conseil


Buisson

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3–5 minutes

De quel droit ? Non, je ne te donnerai pas de conseil. Je peux te raconter mes propres essais, mes expériences. Mais je ne te donnerai ni conseil, ni prescription. Je peux t’accompagner, t’aider si besoin dans ton projet. Mais je ne peux ni choisir, ni faire à ta place. Et c’est tant mieux !

Ni coach, ni conseiller

Passons sur les coachs payés chers pour bavarder. Ce sont des marchands de conformisme qui voient en vous un client. Ils assènent deux trois citations volées sur le net. Leurs vérités ne sont jamais démontrées, ni prouvées. La réussite d’un coach est fondée sur la mise en échec initiale de ses clients, leur déstabilisation ou leur mise en compétition. La validation d’un parcours en général payé cher, intervient comme une sorte d’adoubement. Celui-ci signe l’emprise que certains s’arrogent sur autrui. Vous noterez mon aversion pour les coachs, curés des temps modernes !

J’ai été conseiller quelques années. Et plus j’avançais dans ce métier, plus je comprenais que la question était surtout d’accompagner l’autre dans son questionnement plutôt que de balancer du « Yakafocon ». On peut tenter d’aider l’autre à préciser ses intentions, à réfléchir au chemin choisi. Faire une proposition est toujours risqué. Le risque est grand de « penser à la place » de la personne.

Dans l’Édition, on voit des correcteurs qui interviennent sur le style d’un auteur. Ils sortent de leur rôle.

C’est à chacune ou chacun de chercher son style, d’inventer son style.

On cherche la confirmation

C’est un biais. Quand on « demande conseil », c’est le plus souvent pour valider un choix que l’on a déjà fait dans sa tête. La déception ou la mise en tension est terrible si on ne vous laisse pas expérimenter, si votre choix intime n’est pas confirmé.

Si j’ai besoin d’une recette, c’est que mon choix est déjà fait, mon but est défini. Une recette c’est un outil, une manière de faire qui va droit au but, m’évite l’empirisme de l’autodidaxie mais peut aussi me priver de la compréhension de ce que je suis en train de faire. Mais une recette pour réussir un gâteau n’est pas un conseil sur le type de gâteau que j’aimerais faire…

Les conseils que j’ai pu écouter, ce n’était pas par ambition. C’était par peur. Écouter un conseil, c’est ne pas oser penser par soi-même. Ou c’est ne pas avoir fait encore l’apprentissage nécessaire, ne pas être prêt.

Mes scrupules

Je raconte ma vie souvent ici. Ce sont des réflexions que je partage mais que je devrais peut-être taire : en réalité, celle ou celui qui reçoit mes propos positivement est déjà convaincu-e ! Exemple classique avec les réseaux sociaux ou ce que j’ai pu en dire. Les autres se taisent ou ne lisent pas. Ou s’ils sont trop déstabilisés, vont tenter de disqualifier (en général ils manquent furieusement de confiance en eux…).

Certes, il faut bien partir de quelque part… Si je lis un bouquin de Cynthia Fleury c’est que je me suis déjà un peu retrouvé dans ses propos, que je suis en quête d’arguments nouveaux, d’approfondissement… de renforcement… Est-ce que j’évolue vraiment ? Et d’ailleurs faudrait-il changer de point de vue au gré de mes lectures ? Pas simple toujours de tracer son sillon avec lucidité. Une lecture vous autorise parfois à mieux répondre à vos propres besoins mais c’était en vous.

Au fond, mes scrupules ne tiennent pas tant au syndrome de l’imposteur qu’au risque éthique : donner des conseils alors qu’on cherche soi-même ?

Ma crainte avec ce site, ce que j’écris parfois, c’est qu’on prenne ça pour de la prescription. Exemple encore hier lorsque je raconte mon abandon de l‘univers Google. On me demande des liens, des conseils, je n’ai pas voulu prescrire une solution alternative. C’est à chacune ou chacun de définir ses besoins et alors de se mettre en quête.

C’est en cela peut-être que la fiction est supérieure au reste. Le roman nous raconte des expériences de vie, le poème met en avant nos émotions et nous permet de nous y déployer sans risque.

L’école, lieu d’apprentissage est ou devrait être ce lieu où l’élève peut essayer sans risque (de se blesser, d’être jugé…).

Alors non, je ne te donnerai pas de conseil. Chacune, chacun s’appartient.

René Char forcément vient en mémoire : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront ».

On occulte souvent la phrase précédente donnée dans « Rougeur des matinaux »: Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir.

Il faut se méfier des citations, je vous l’ai dit, les coachs les utilisent souvent pour donner l’illusion qu’ils pensent profond, alors qu’ils ne font que surnager…

J’ai retrouvé un très joli article de 2013 sur ce sujet . Je ne vous conseille pas de le lire !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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