Face aux dangers des réseaux sociaux et des sites pornographiques, des gouvernements tentent de placer des limites d’âge. Outre le fait qu’elles sont difficiles à contrôler, on a quasiment renoncé à la formation aux outils numériques. À l’instar de l’automobile qu’on ne met pas entre toutes les mains le jour des 18 ans, un véritable permis numérique pourrait constituer une approche formatrice qui aiderait à responsabiliser.
Encore des lois, toujours des lois…
Dans notre époque, dès qu’un problème surgit on invente une loi restrictive de plus, en général inapplicable ou difficilement contrôlable.
En matière de numérique, on a laissé de grandes sociétés privées s’imposer en quasi monopole sans proposer d’alternative solide. Le monde du libre est bien fragile. Il n’y a pas de volonté politique pour imaginer d’autres modèles. Les institutions, les ministres et les élus de tous bords, continuent de communiquer sur X comme si c’était un réseau anodin. Les tentatives d’imaginer un moteur de recherche alternatif sont peu soutenues, personne n’a imaginé par exemple à l’instar de la Poste d’antan, un grand service public numérique permettant d’échanger, de partager du savoir…
Face aux problèmes criants posés par les réseaux sociaux qui captent l’attention, favorisent des comportements agressifs, mêlent sur un même plan vérité et contre-vérités, développent trop souvent le sentiment d’exclusion et isolent les personnes, des gouvernements cherchent à en interdire ou limiter l’accès aux mineurs.
En France, dans l’enseignement, la part d’éducation au numérique reste faible, il existe un « permis internet », la Police intervient parfois dans les établissements… mais les résultats ne sont pas à la hauteur. On alterne bons sentiments, naïveté ou peurs là où il faudrait agir avec résolution.
Et si on imaginait une (vraie) formation certifiante ?
Le fait d’avoir 15 ou 18 ans ne développe pas magiquement des compétences chez l’utilisatrice ou l’utilisateur. Ce n’est pas du jour au lendemain que la majorité protégera des usages problématiques ou n’exposera plus au harcèlement et autres dérives.
Certes, le permis de conduire automobile n’empêche pas les accidents. Mais excepté certains esprits provocateurs qui imaginerait que le simple fait d’avoir 18 ans rendrait apte à la conduite ?
Plutôt que de brandir la menace de la Loi ou de la sanction, comme on apprend à conduire son automobile, la manœuvrer, adapter sa vitesse et sa conduite en fonction du code et des circonstances, je suis convaincu (à la condition de s’en donner les moyens), qu’il serait pertinent au fil du parcours scolaire, de délivrer des attestations certifiantes obtenues sous forme de contrôle continu ou via des épreuves. Ces attestations nationales (ou européennes) référées à des compétences balayant les différents champs (technique, protection des données, communication, psychologie, traitement et rédaction de l’information… la liste n’est évidemment pas close) pourraient ouvrir des droits.
On pourrait imaginer la délivrance de « badges » permettant de repérer les aptitudes et compétences acquises…
Oui, tout est à inventer, il ne s’agit pas de compliquer les choses… Le B2i n’a pas apporté les résultats escomptés faute de volonté politique, de moyens et de formation des enseignants…
Je parle bien d’une attestation qui prouverait que des compétences ont été vraiment acquises.
Des badges et une authentification
Nombreux veulent préserver l’anonymat sur Internet. Quand on voit la dérive de certains pays qui ne sont pas ou plus des démocraties, on comprend qu’il peut-être bien de naviguer masqué et protégé… Certains pensent naviguer de façon anonyme, alors qu’en réalité… pas du tout !
En automobile, en France, j’ai (à peu près) le droit à la libre circulation (même si je peux me laisser piéger par le GPS du smartphone). Mais je ne circule pas de façon anonyme et quand la police me contrôle, je montre bien mes papiers.
J’ai quitté Facebook notamment parce que des trolls d’extrême droite s’y répandent protégés par des pseudos… même si le réseau demande qu’on s’inscrive sous son vrai nom…
Je ne suis pas technicien, mais je suis certain que l’on saurait inventer un examen certificateur, permettant de délivrer un badge et ce badge codé pourrait « matcher » avec un badge d’un réseau social qui permettrait en fonction des droits obtenus d’accéder ou pas aux contenus ou à certains d’entre eux…
Ah oui… il faudrait que tout le monde y passe progressivement et les usagers comme les géants du Web protesteraient…
Mais mon avis est que la prohibition engendrera de la triche et des dérives et que l’absence de formation ne préparera pas mieux à affronter ces réseaux…
Pourquoi mon idée a peu de chances de marcher
C’est compliqué, il faudrait des moyens et des efforts… et surtout une formation vraiment émancipatrice digne de ce nom aboutirait à des usages plus raisonnés et raisonnables voire à l’abandon progressif des réseaux sociaux dont on percevrait les faiblesses…
Ne demandez pas aux chaînes de restauration rapide de promouvoir la cuisine gastronomique. C’est aux états d’agir.
Une véritable formation aux usages numériques inviterait à l’expression nuancée par des blogs, à la vérification de l’information, à faire attention à l’écoresponsabilité ou à l’accessibilité des contenus… une véritable formation inviterait à s’émanciper des géants du Web, à préférer la coopération à la compétition… On serait là dans d’autres logiques économiques.
Bon, et mais de toutes façons, Internet existera-t-il encore dans dix ans ?

Un mot en retour ?