L’actualité du Monde s’est infiltrée. Une sorte d’inondation de la pensée. Marchons ! – poème désabusé se tient dans le journal du soir. Le vrai scandale c’est la mort chantait Jeanne Moreau. Il n’est peut-être pas là où nous pensions. Il faut que janvier se termine. À la pelle si besoin. Ce texte est à lire à haute voix. Essayez si vous osez !
Marchons
Des citadelles bleues pour parapher mes lèvres
L’interstice signe mon amnistie
Sur les simagrées d’un singe, j’exulte
Poitrine ouverte,
L’âme débraillée
J’ai perdu la clé
De la dignité
Le cercle de la mort se referme sur moi
Le cerceau étroit de mon invisibilité
Ma vertu toute cadenassée
L’indicible a rouillé dans la boue du champ de blé
Que picore le héron impassible
Je peux mourir maintenant
Pour un trousseau de clés
Un feuillet oublié sur la table des vengeances
Le prince du conte gît déjà
Ses lèvres ouvertes sur une bouche sans dent
L’or de son costume saigne
Sa bouche hurle muette une formule magique
Qui ne donne rien
Que des insectes secs dans tes mains de sable
Ma petite filleule, mon enjôleuse, mon diapason
Tes talons claquent sur le pavé
D’une ville où tous les corbeaux se dénoncent
Ma petite violée, moineau brisé sous les pattes sales du prêtre
Notre indécence, ce n’est pas le scandale
C’est juste avant
Dans la torpeur
Dans les signaux faibles où tu tentais de t’échapper
Dans un bruissement d'ailes, tes griffes de moineau ont strié le pavé
Nous n’avons pas su
Nous n’avons pas voulu voir que ta robe était souillée
Et le rictus sur le visage du vieux
Nous l’avions pris pour une souriante bonté
C’est cela, notre honte populaire
Mouillée d’un orgueil médiatique démesuré
Nous montrons la tête de l’assassin à la fenêtre
Puis nous passons à autre chose
Nous habitons des citadelles bleues
Des citadelles rouges
Des citadelles blanches
Chaque soir les servantes du doute préparent
Une soupe de mensonges et des tisanes de calomnies
Pour en gaver chaque enfant de la nation qui passe
Chaque jour on entraîne dans la coursive
Des adolescents à tuer d’autres adolescents
Alors, les vieux sont assez contents
Ils peuvent dire dans des débats télévisés
Vous voyez bien qu’il n’y a plus de jeunesse !
Et nous laissons faire,
Nous mettons cette histoire sur le compte de la fièvre
Nions un peu,
Nions ces guerres étoilées
Ces pluies de missiles sur le réchauffement de nos espoirs ensanglantés
Marchons, marchons ! Le sang des purs a noyé nos sillons
Un mot en retour ?