N’oublions pas la chanson traditionnelle


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4–6 minutes

Sur le thème de la chanson , je disais la joie de ces familles où l’on chante, l’apport formidable de la chanson à l’école. Si le répertoire ne manque pas, n’oublions pas la chanson traditionnelle, non seulement parce qu’elle est « riche » d’un point de vue patrimonial mais parce qu’elle nous offre de riches mélodies, des paroles à la fois proches du conte et porteuses de poésie, la puissance de la tradition orale qui par la force du bouche à oreille a su depuis des siècles porter ce trésor de génération en génération.

Un apport… de mai 68 !

Gamin, j’ai eu la chance que ma mère me transmette des chansons qu’elle avait apprises dans sa propre famille ou lorsqu’elle fréquentait les « guides ». On y chantait beaucoup.

Très tôt j’ai pu apprendre avec elle, « Aux marches du palais », « Le Roi Renaud » ou une version simplifiée de « l’Amour de Moy« . Ce que j’aimais dans ces chansons, c’est qu’elles étaient comme des contes, racontaient des histoires, parfois douloureuses. Nous pouvions chanter à plusieurs voix. Il y avait tout un mystère qui montait à nous. Un vrai trésor.

Le Roi Renaud par exemple est une chanson assez terrible. Je crois bien que vers 7 ans les larmes pouvaient me monter aux yeux mais j’aimais cette histoire.

Le roi Renaud de guerre revint,
Portant ses tripes dans ses mains,
Sa mère était sur le créneau
Qui vit venir son fils Renaud.

La chanson finit mal puisque la reine meurt semble-t-il volontairement pour rejoindre l’homme qu’elle aime « Terre, ouvre toi, terre fends toi, Que j’aille avec Renaud mon roi ! ».· Je me souviens que j’étais touché mais pas vraiment triste puisque c’était dans un lointain qui relevait de la fiction. À l’arrière plan, il y avait, le drame de la guerre, la volonté de la mère du Roi de cacher à sa jeune bru venant de donner naissance à un enfant la disparition de Renaud pour la protéger… et finalement la force de la vérité. De nombreux sentiments passaient.

La chanson « Le roi a fait battre tambour » était aussi une histoire terrible puisque le roi voyant une belle dame mariée à un marquis, s’arroge le droit de la prendre pour lui humiliant son vassal, s’imposant à elle. Le passage où il l’arrache au marquis et la force a souvent été expurgé de certaines versions, mais ce couplet est important.

Le roi l'a prise par la main
L'a menée dans sa chambre
La belle, en montant les degrés
a voulu se défendre


La reine se vengera en empoisonnant la marquise. Le récit évoquerait la mort de Gabrielle d'Estrées maîtresse d'Henri IV. Je ne connaissais pas l'histoire petit, mais je considère que cette chanson est à sa façon, une des premières chansons féministes. En tout cas, ce n'était pas juste une chanson, elle me questionnait et m'enrichissait d'un point de vue moral sans que l'on me fasse pour autant des "discours"·.

Les crétins qui dénigrent mai 68 sans souvent connaître cette période, ignorent que c’est à cette période et dans les années qui suivirent que les différents mouvements sociaux qui s’intéressaient déjà au « retour à la terre » se plongèrent dans ce que certains présentaient en le dénigrant : le folklore.

C’étaient à la fois les langues régionales, le patrimoine des chansons et musiques venues du Moyen-Âge : Alan Stivell avec sa harpe celtique drainait les foules, Lionel Rocheman anima les rencontres du club Hootenanny à Paris et publia deux albums clés Chansons et Complaintes de Soldats, Chansons d’Amour (Chant du Monde). On vit Guy Béart ou même Nana Mouskouri reprendre ces chansons traditionnelles. Félix Leclerc nous apportait la mémoire de nos cousins du Québec et Graeme Allwright le néo-zélandais sut faire la jonction entre divers patrimoines de l’Amérique du Nord à la Réunion. Dans le même mouvement, venaient à nous des mélodies du Moyen-Orient ou d’Afrique

Ce que nous découvrions, ce fut une chanson qui avait traversé les siècles : parfois savante, souvent populaire et contestataire. « Nous étions trois camarades » ou « Je suis un pauvre conscrit » beaucoup plus récentes portent la verve antimilitariste quand le service militaire était fort long, réservé aux pauvres et détruisait les espérances… D’autres chansons poétiques ou grivoises portaient une vision de l’amour libérée…

Gamin j’adorais chanter :

À la porte du couvent, 
Y a un moine, y a un moine
À la porte du couvent,
Y a un moine qui tremble tout l'temps

La nonne qui va lui ouvrir n’est pas des plus timides ! L’anti-cléricalisme évident mais sans hargne de ces couplets n’était pas fait pour me déplaire.

Du côté de la musique savante

Très vite, sur les platines, vinrent à nous les interprétations d’Alfred Deller ou celles du Clemencic Consort par exemple. Je découvris Clément Janequin porté par divers groupes.

Mille et uns trésors où nous étions plus auditeurs que chanteurs mais c’était la chanson qui nous avait mené vers eux. Le raffinement, la poésie, les voix mêlées… l’humour souvent, la grâce et la poésie

Retrouver les chemins d’une culture populaire

Si un jour nous nous décidions à dédier un véritable ministère à la Culture avec de vrais moyens et une véritable ambition, l’objectif de redonner une diffusion populaire à la chanson traditionnelle serait légitime et trouverait vite écho.

Les spectacles de chanson traditionnelle existent, mais ils accueillent un public réduit. Il n’y a pas de réseau, pas de réel support médiatique. La télévision qui a su autrefois accueillir la chanson non commerciale, la chanson traditionnelle ou différente, ne sert pratiquement que la soupe commerciale uniforme. C’est une volonté délibérée. On ignore la chanson traditionnelle d’hier comme on ignore la chanson différente d’aujourd’hui.

Peut-être ce billet aura-t-il excité la curiosité de l’une ou l’autre ? Ce serait au moins ça de gagné !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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