Au milieu de la soupe de comédies souvent affligeantes que propose Netflix, je suis tombé sur une pépite de Noël. Un truc doux amer à voir absolument par temps caniculaire avec plein d’empathie dedans. J’avais loupé ce joli Payne à sa sortie en 23. J’ai même versé ma larmichette.
L’Amérique que j’aime
Le film se passe en 70. On est donc juste dans cette période post-soixante-huitarde injustement décriée. Une époque où l’on avait envie de sortir du cadre, d’oser être soi-même tout en commençant à prendre conscience des horreurs de l’impérialisme américain. Une époque où l’on aimait encore la science, le jazz et où d’une certaine façon les classes sociales pouvaient se rencontrer…
Sûrement j’ai retrouvé des bouts d’enfance, d’une époque que j’ai connue et qui même en France avait cette saveur douce amère. La bande son, juste fabuleuse doit beaucoup à Mark Orton et fait de nombreux clins d’œils délicieux à l’époque. On y retrouve même du Cat Stevens et ça m’a fait penser immédiatement à un film que j’avais énormément aimé au début des années 70, le Harold et Maud de Hal Ashby délicieusement subversif mettant en scène la rencontre là aussi toute empathique et déroutante d’une très vieille dame et d’un « sage jeune homme ».
Un climat, de l’imprévu
Ce film, il ne faut pas le raconter, mais juste dire la justesse du climat, la précision des images et des dialogues ciselés.
Une école pour riches, un prof détesté, une cuisinière noire qui a perdu son fils à la guerre, un jeune homme paumé une situation improbable de cohabitation et les voilà embarqués dans la découverte les uns des autres et de leurs secrets.
On aurait pu s’en tenir à des dialogues un peu convenus, à du sentimentalisme niais, Payne réussit une peinture sociale de l’époque qui peut nourrir la réflexion sur celle d’aujourd’hui.
C’est cette capacité à toucher au delà du contexte du récit, qui fait la puissance d’un roman ou d’un film.
Les acteurs y sont incarnés, prennent chair et sont crédibles en eux-mêmes comme dans la qualité de leur rencontre. Personne ne vient écraser l’autre comme c’est trop souvent le cas. Ici on retrouve notamment Paul Giamatti, Dominic Sessa, Da’Vine Joy Randolph et leur force est de nous permettre d’aimer leurs personnages malgré leurs défauts, dans leur entièreté. Jolie leçon humaine pas trop démonstrative…
C’est encore également un film sur la solitude.

Le film a été récompensé, n’a peut-être pas connu le succès mérité à sa sortie en France, et comme il y a beaucoup de neige dedans, c’est un film « de Noël », je le recommande à voir en été, aux heures les plus chaudes.

Un mot en retour ?