Vous valez mieux que l’intelligence artificielle que vous utilisez


Intelligence artificielle

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3–5 minutes

En deux jours, cela fait trois fois. Des personnes que j’estime pour leur travail m’envoient des lettres de diffusion écrites avec l’intelligence artificielle. Et ça se voit ! « Vous valez mieux que l’intelligence artificielle que vous utilisez ». C’est ce que j’ai dit à l’un que je connais un peu mieux que les autres. Accessoirement, quand on m’écrit avec ce type d’outil, je ne me sens pas respecté. Et je suis d’autant plus déçu que ces personnes se revendiquent par ailleurs de principes éthiques.

Ça se voit !

Ça se voit dans le style, ça se voit dans le goût pour l’emphase ou l’exagération de la valeur de ce qui est présenté. C’en est presque amusant quand l’un annonce sans fard, des « centaines d’heures de travail » pour s’approprier un outil (qu’il prétend par ailleurs très simple) ou l’autre promet des performances aussi absurdes qu’inutiles.

Ça se voit parce que c’est de l’écrit désincarné, qui fait appel à la compétition et pour ce faire au dénigrement. Ça se perçoit dans la construction du texte, dans les formulations qui puisent vite dans des formules toutes faites.

Faute avouée à moitié pardonnée ?

L’un des créateurs de contenus ne cache pas recourir à l’intelligence artificielle pour gagner du temps. On peut lui concéder cette honnêteté. Il dit donner ses instructions, préciser les grandes lignes de ce qu’il veut exprimer, laissant à l’IA le soin de rédiger…

Il devrait relire son secrétaire automatique ! Car on ne peut prétendre à l’authenticité, à la réelle attention à autrui si on ose se délester ainsi de ce qui devrait être au contraire un écrit pensé, personnalisé même s’il s’agit de vendre une formation.

En effet ce qu’il diffuse va même jusqu’à l’affirmation de contre-vérités que j’ai pu facilement repérer et souligner. C’est désagréable. Et un peu ridicule.

Je préfère l’imperfection humaine à l’imperfection artificielle

C’est un peu comme en cuisine. Les plats préparés, manipulés, comportant plein d’adjuvants sont certes rapides à enfourner mais fort mauvais pour la santé. Ils altèrent le goût, ils ne respectent pas le consommateur.

Je préfère une bonne salade maison, simple, avec peu d’ingrédients, préparée avec soin pour l’invité-e plutôt que ces plats idiots du supermarché. Je la préfère même s’il faut rajouter du sel… Tout est dans la qualité du geste, dans l’intention !

Je préfère la petite erreur de syntaxe ou même la faute d’orthographe, dans un écrit sincère, écrit avec cœur, pensé pour les personnes à un truc standardisé.

C’est vrai d’ailleurs, que je me méfie déjà à la base de ces lettres de diffusion quand elles sont trop désincarnées ou trop tournées vers la vente.

Le recours à l’IA décrédibilise la valeur du créateur

Peut-être que je ne le vois pas toujours, que je me laisse leurrer… Mais quand on écrit soi-même, un sixième sens détecte tout de même la sincérité de l’échange.

Outre que parfois certaines formules ronflantes sont assez comiques, le risque en réalité est que je perde confiance dans celui qui m’écrit.

Si tu n’as pas le temps, c’est que tu en fait trop ou que tu gères mal ton affaire. Je n’ai pas besoin qu’on m’écrive tous les jours pour être convaincu, mais j’ai besoin de sincérité, d’émotion, que passe un peu de poésie.

L’intelligence artificielle est nulle en poésie

Elle est incapable de la magie de la métaphore, incapable d’être subversive, d’ouvrir des espaces nouveaux.

L’intelligence artificielle est résolument de droite. Elle est conformiste.

Peut-être un jour serais-je ému par un texte produit par l’intelligence artificielle… alors j’aurai perdu mon sens critique.

J’imagine que celle ou celui qui n’a jamais mangé que des produits transformés, les apprécie. Jusqu’au jour où il découvre « le vrai ».

Si tu continues, je ne te lirai plus !

Ce n’est pas une menace. Juste un constat. Si c’est trop surfait, trop fabriqué, je m’éloigne.

Alors, avant qu’on n’oblige les auteurs enfin à indiquer sur leurs écrits « rédigé avec l’ l’IA » , celles et ceux dont je détecterai qu’ils usent et abusent de cet outil, risquent juste que je me désabonne, me désintéresse, ne les suive plus, ne les lise plus…

Et ce serait dommage car pour connaître un peu les productions des trois personnes auxquelles je pense, ce sont par ailleurs des créateurs intéressants, qui ont pu produire des objets de réflexion de qualité, avec de l’ambition et une certaine exigence.

Mais c’est clair, si ces personnes persistent… ce sera abandon, voire boycott !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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