Vivre ensemble est encore possible. Il y a une semaine nous votions pour ne rien clarifier du tout. D’autres disputes viendront, la bêtise est tenace dans tous les camps. Mais il suffit d’un moment de presque insouciance, d’un rendez-vous, d’une retraite aux flambeaux, d’un feu d’artifice, pour que les humains du cru ou d’ailleurs montrent leur plaisir à se retrouver ensemble, partager un peu de poésie et d’admiration sans arrière pensée. Et ça fait du bien…
La retraite aux flambeaux.
Qui se souvient que dans la nuit du 14 au 15 juillet 1789, c’est avec des torches que les parisiens prirent la Bastille d’assaut ? Ce 13 juillet 2024 à Cajarc, il n’était guère question de Révolution dans les têtes. Le 14 juillet, on a oublié la fête de la fédération. Les symboles se sont estompés… la fête militaire a pris le dessus. Peu d’enfants ce soir là auront pu faire le lien… Mais ils étaient à la fête naïve. Se retrouver place de l’Église, aller prendre un lampion, l’allumer avec une bougie… c’est mieux que la flamme olympique. Apprendre à la hisser haut. Et voilà que le tambour de la Banda frappe les premiers coups sourds. La trompette se lance et le village s’élance pour un tour de ville sous les yeux amusés des convives attablés encore aux restaurants. Quelques voitures mal lunées voudront tenter un passage… mais apprendront vite à prendre leur mal en patience…
Brassens invité
Combien d’enfants auront reconnu que la Banda jouait une chanson de Brassens ? La petite fanfare est à hauteur d’enfant. Et marcher ensemble un lampion à la main, dans la nuit, dans ce geste apparemment naïf, n’a rien de dérisoire ou de ridicule. Une émotion palpable. Marcher ensemble une lampe à la main, dans cette ferveur. La même peut-être que celle de nos ancêtres marchant une torche à la main pour effrayer les bêtes sauvages. Marcher simplement, s’emparer du village, de ses rues… faire groupe, les grands protégeant les petits. Les vieux s’accrochant à leur canne et cet autre poussé sur son fauteuil roulant. Ils sont tous là, peu importe l’âge. Rires lorsque deux amoureux s’enfuient par une ruelle, leurs lampions à la main. Où vont-ils donc ces deux là ? À la venelle des amoureux ?
Et le feu d’artifice
Un grand banquet était offert au bord du Lot, organisé par les pompiers s’il vous plaît. Tablées immenses et sur les gradins, une foule déjà réunie. Tous présentes et présents.
Il y a celles et ceux qui ont prévu la couverture sur l’herbe, le petit coussin. D’autres le pull. D’autres moins prévoyants frissonnent les épaules nues. Les adolescents se retrouvent et se regroupent espiègles. Certaines, certains, ont renversé le flacon de parfum, il y aura le bal tout à l’heure. On les sent à dix mètres. Des filles se sont maquillées. Dans un groupe de collégiennes, un garçon seul s’est réfugié. Celui-là, elles ne le craignent pas et peut-être le protègent aussi…
Il suffit que les lumières s’éteignent pour que le public bon enfant et tout à sa joie pousse un immense « Ahhhhh » d’impatience, prêt à l’admiration.
Ici, on tire le feu sur le pont au dessus de la rivière. C’est un feu conjoint aux deux communes. La petite, Salvagnac-Cajarc côté Aveyron et Cajarc, côté Lot.
Les artificiers ne se moquent pas du monde. Il y a de quoi voir. La bande son n’est peut-être pas à la hauteur, qu’importe, la scénographie est bien pensée.
Bal
Un orchestre comme dans les autrefois, j’aurais aimé. En marchant sur la route le rythme de ces chansons commerciales accompagnait mon pas. Peu importe. Il y a quelque chose de réconfortant à les voir à leur joie. Prendre cette joie, cette vie, cette aspiration double aux retrouvailles et à la liberté.
Au moment où j’écris nombreux doivent encore dormir un peu partout dans le pays. Ce pays où l’on aimerait bien avant même leurs programmes, leurs gouvernements, leur goût du pouvoir,que les responsables politiques n’oublient jamais l’importance de relier, unir, apaiser…
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