J’avais trop fanfaronné et montré mes pâquerettes et mes pervenches à tous mes amis, juste pour qu’ils soient jaloux. J’avais affiché partout le cerisier japonais fleuri en me la pétant un rien : le printemps ? Tu parles ! Ben non ! J’ai reçu aujourd’hui une petite leçon d’hiver. Une bonne petite leçon. Vive et glaçante. Vingt minutes d’un nuage spécial « grêlons » pour blanchir seulement le jardin et les maisons autour. Car un kilomètre plus rien, ce n’était que de l’eau. Ici c’est tout blanc.
Des leçons de patience
Tu t’y crois. Tu te dis qu’avec la crise climatique tu vas gagner des jours et passer directement à la saison chaude. Égoïsme à courte vue. Petit garçon, dans le Val d’Oise, l’hiver, nous avions de la neige par dessus les bottes. Ici rien. Mais ce n’est pas pour ça que l’hiver est terminé. La nature te donne des leçons de patience. Attends un peu ! Le printemps n’est pas tout à fait prêt. Le cerisier japonais n’a pas été totalement déshabillé mais tout de même. Nous allons de nouveau frôler le zéro degré la nuit.

Je ne vous la fais pas « retraité qui n’a plus qu’à causer de la météo ». Je vous la fais philosophique. Le vélo, c’est pas pour aujourd’hui. Les grêlons sont beaux mais signent leur pouvoir irrévocable et mon cerveau s’en est trouvé rafraichi. Il faudra attendre mon gars.
Ce n’est pas une catastrophe
Les catastrophes sont à la téloche. Dans la vie des gens aussi. Mes semis sauront-ils se fortifier ? Je n’ai semé que quelques fleurs. Les légumes, je préfère les acheter à la jolie marchande et surtout, la terre ici est si rude et caillouteuse et argileuse que je n’aurais pas la force…
Je ne sais pas si le Ciel nous parle. S’il nous envoie de l’orage et de la grêle comme un message. Un rappel à l’ordre. Une semonce. La grêle tombe sur mon enfant intérieur, directement sur mon âme plus que sur mon esprit, sur ma fatigue de fin de saison. Sa vivacité n’est pas tristesse mais réveil salvateur.
Sortir de l’hibernation ? Y étais-je vraiment ? Non, mais être en symbiose avec la phase de vie qui se dessine. Se préparer. Ça change. Ça n’a pas terminé de changer. Toi aussi. Moi aussi.
Soudain, je pense aux chevaux à côté. Ont-ils trouvé à se réfugier ? Je vous en parlais hier. Depuis que je vis ici, les animaux ont la même importance que les humains. J’ose même dire que j’ai de bons camarades chez les ânes et les vaches du coin. J’ai un ami âne qui brait de joie et court vers moi lorsque je m’arrête pour le saluer. Jamais vu un accueil pareil. Et lui, sur son causse, a-t-il une cabane ?
Ce n’est pas une catastrophe, c’est un petit retour d’hiver. Il y en aura d’autres. Avril n’est pas encore là. Je voudrais couper totalement le chauffage…
Dans ma famille les gens meurent tour à tour et logiquement, j’arriverai bientôt en tête de liste. On ne sait jamais. Je ne suis pas impatient. J’avais prévu de vivre 130 ans. Des hivers j’en ai vécu pas mal. À la campagne, tu le vis de près, tu es dans la main de l’hiver.
À la campagne le ciel te parle parfois pour te causer directement. Il te parle sans mot. Il te parle avec sa geste de glace et d’eau et d’éclairs et de tonnerre.

Isis fait un peu la tête. Elle fréquente dans le coin. Mais elle préfère éviter le froid. Elle me fixe toujours avec une intensité. Jamais aucun supérieur hiérarchique n’aurait osé me fixer ainsi. Elle n’est pas impatiente. Elle est résolue. Résolue à ce que je n’oublie jamais l’heureuse précise où je dois la servir au lieu de dériver dans des élucubrations de fin de saison sans queue ni tête !

Un mot en retour ?