T’as un profil intellectuel hétérogène !


Cerveau

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3–4 minutes

M’ouvrant à un ami de mes difficultés à effectuer un montage simple, à nouer mes lacets ou comprendre certains schémas, je l’entendis me répondre doctement : « T’as un profil intellectuel hétérogène ! » Il serait temps que j’aille me faire tester ! C’est pas nouveau, j’ai toujours été comme ça ! Alors un sexagénaire devant le neuropsychologue, ça serait rigolo !

Depuis toujours !

J’ai su lire à quatre ans, écrire assez vite et aujourd’hui si je prends la plume j’ai encore une jolie calligraphie pourvu que je fasse l’effort. Je n’ai jamais beaucoup travaillé mes leçons et mes cours et si j’ai abandonné totalement certaines matières, c’était pour réussir dans ce que j’aimais.

Déjà petit je ne savais pas bien nouer mes lacets, j’étais assez nul en travaux manuels. Mes dessins d’enfants sont particulièrement atroces. J’ai eu 3 sur 20 en dessin au concours d’Instit en 79 (mais arrivé comme Poulidor !) C’était comme si mes mains ne suivaient pas, ne m’obéissaient pas, comme si je ne me représentais pas les choses à faire. Travaux manuels et technologie furent mes pires matières au collège !

J’ai souvent fait rire avec ça. Il y a longtemps à Paris, Nicolas s’était retrouvé plié en deux : j’avais monté tous les poignées de la commode à l’envers. J’ai souvent eu de graves conflits avec les meubles d’un célèbre fabriquant suédois. Là où l’on vous explique qu’un montage d’une tondeuse est ultra simple et se fera en cinq minutes, je peux passer plus d’une heure trente avec suées. Un des rares moments où l’on peut me voir au bord de la crise de nerfs.

C’est quand même fou ! Jeune ado, j’avais été testé avec un super QI verbal à faire péter les statistiques… mais alors pour réaliser un nœud de cravate, effectuer un pliage correct basique, nullissime !

Les bouchons à sécurité enfant ? Je n’arrive pas à les débloquer ! Les sachets à « ouverture facile » … pour tout le monde mais pour moi c’est un calvaire ! Éplucher les légumes ne m’inquiète guère mais tous ces emballages, ces clips, ces fermetures… quelle épreuve !

À côté de ça le numérique m’amuse et je parviens à faire deux ou trois choses relativement élaborées.

Espèce de dissocié !

Le voilà mon handicap : j’éprouve une dissociation entre mes compétences verbales/intellectuelles et mes compétences visuospatiales/motrices.

Je vous ai pas dit non plus qu’il y a de grandes chances que je suive un plan à l’envers ? Spécialement ceux à la sortie du métro. J’en ai perdu du temps avant de réaliser que je partais dans la mauvaise direction ! Je peux me perdre même avec un GPS !

Croyez pas que ce soit si amusant à vivre : un type qui cogite, ça ne se voit pas tout de suite, qu’il pense des choses intelligentes ou idiotes, ça reste discret. Mais le gars pourvu de deux mains gauches qui est à peu près incapable de réussir un bricolage de base, ça se voit très vite.

En conflit avec les machines, je les use, je me dispute avec, je me torture et me déconsidère.

Des palliatifs et des subterfuges

Selon les époques j’ai su faire diversion. J’ai fait appel à « un mari bricoleur », me suis arrangé pour répartir les tâches…

Grâce aux Internets on trouve de plus en plus de vidéos, ces merveilleux tutos sauveurs… Sauf qu’on y explique toujours des choses complexes que j’ai déjà comprises mais jamais les trucs les plus basiques qui semblent acquis pour tout le monde et que je ne comprends pas du tout !

Oui, je me suis débrouillé. Je fais des boucles à mes lacets, mais pas comme vous.

C’est comme si les schémas des modes d’emplois n’avaient pas été dessinés pour moi. Je préfère lire des explications en anglais.

Malgré les palliatifs, les subterfuges, la possibilité de faire des choses intéressantes, j’ai tout de même souffert de cette forme de handicap. Ça m’a probablement rapproché de personnes qui vivent des situations particulières, ont des profils singuliers comme Rémi.

Oui oui, il faut s’accepter, s’adapter, se donner du temps et on est d’autant plus fier lorsque la bibliothèque tient debout avec les rayons dans le bon sens… mais il serait faux de laisser croire que ça n’aurait été qu’une singularité anodine.

Bref, j’ai bien galéré aujourd’hui pour démonter et remonter cette satanée … (censuré !)


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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