Sur le causse avec Galou


Galou près des cazelles de Gréalou

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3–4 minutes

Harnaché pour que je le récupère dans ses chutes, après le déluge de presque deux jours, il n’était pas question de ne pas profiter du soleil et des senteurs. Goûter la vie, la humer pleinement. Je parle souvent de Galou en ce moment. J’ai mes raisons. Avec sa ténacité, c’est lui qui sut m’offrir encore un joli moment à garder en mémoire.


Notre ami le chêne

C’est notre rituel. Nous allons voir le chêne. Je vais toucher son tronc et ses branches -respectueusement- et Galou le hume mais n’urinerait jamais sur son écorce. Lui aussi, j’en parle souvent. Ami, arbre protecteur. En novembre il prend des couleurs nouvelles. J’aime à le retrouver de saison en saison.

Je regarde avec vous cette photo, cette silhouette qui se dessine, cette façon d’occuper le paysage avec puissance et élégance, avec force et délicatesse…

Humer tout

Plus que l’arthrose la myélopathie dégénérative lui fait perdre la commande des pattes. Dans sa quinzième année, il reste beau. Mais la tête en avant, il tombe parfois les quatre fers éparpillés… ou sur le côté. Il ne se plaint jamais, il attend que je le relève parce que maintenant cela devient difficile, puis il repart.

Ce qui le guide c’est son flair. On dit que le cerveau canin est capable de mémoriser plus de 100 000 odeurs. C’est comme un immense livre qu’il feuillette et son inventaire savant est scrupuleux. J’aimerais tant qu’il partage un peu de son savoureux savoir. Il s’en délecte mais garde au secret ses conclusions. Il n’écrira pas de rapport. Il sait qui est passé par là…qui s’est assis sur la pierre.

Sage centenaire, je sais sa joie. Parfois, il prend un moment et reste comme pour mieux analyser. Je voudrais être dans son cerveau et voir les images qui passent.

Et nous reprenons la marche. En ce moment, loin des courses d’antan, il préfère marcher dans mon pas, que je trace la route, que je lui évite les obstacles, les ronces, les ravins.

Et comme ses pattes se blessent sur le sol dur, nous préférons marcher dans l’herbe. D’ailleurs, il y a peut-être plus de choses à sentir encore.

Marcher, marcher… la boucle de la promenade se raccourcit ostensiblement. Mais il n’a pas réduit son appétit de vivre. Contre sa fatigue, il veut y aller, sortir et jouer et manger et réclamer sa part de caresses…

Il fait parfois des malaises étranges, brefs, comme si sa conscience s’évadait.

Notre domaine de joie

Galou décline disais-je l’autre jour. Mais comme pour un humain touché par l’âge et l’usure, je ne dois pas m’appesantir dans la tristesse. Bien au contraire. Ce que nous avons à faire c’est profiter ensemble de ces moments, c’est amoindrir les souffrances, ne pas nous priver de cette merveilleuse communication inter-espèces.

Bien sûr, comme d’autres expériences autrefois avec des humains ou des animaux, il vient parler doucement de la mort. Dans sa mort prochaine pour ne pas dire proche, il y a l’annonce de ma propre mort. Pas forcément si lointaine. Qui sait ? Ce mystère reste la part d’aventure pour chacune et chacun.

Mais bien plus que des messages larmoyants, il y a cette façon de répéter comme un mantra l’espèce de formule que nous dit ma mère sur son brancard avant de partir mourir à l’hôpital : « Vivre difficile, Aimer la vie, oui ! « 

Et c’est juste ça qu’il sait dire le Galou. Ou plutôt qu’il sait incarner en actes têtus.

Il faut aimer la vie, pour toutes ses saveurs, ce qu’elle donne à humer, pour ce flux, pour ce soleil consolateur d’automne qui lui aussi nous caressait doucement dans une sorte d’unité.

Ceci est votre domaine de joie
Ceci est votre domaine ou chante l’oiseau
chantait Jacques Bertin (allez écouter la chanson au lien.)

Et nous voilà face aux collines du Quercy. Là, je ne connais pas de lieu plus propice à la mystique. Et le chœur des nuages à l’unisson déploie ses ballons de tendresse et de lumière.

Je ne sais pas pourquoi c’est beau, mais c’est beau. Tout humain le ressent. Galou le ressent et je crois bien que le vieux chêne prend sa juste place dans le paysage comme un musicien généreux.

Et ce moment, je sais à qui je le dois.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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