Repassez par la case « valeurs » et revenez ensuite


une boule rouge

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4–7 minutes

La gauche qui voit ses chances de venir un jour au pouvoir rétrécir chaque matin, commence à parler de 2027, d’union, de candidature unique ou non, de primaire ou non, de programme… mais elle se goure. C’est de valeurs qu’il faut parler. Repassez par la case « valeurs » et revenez ensuite si vous voulez motiver les troupes !


Label de gauche

Qui est à gauche ? Ouvrez Mastodon et vous verrez que ça se dispute bien vite pour savoir qui est vraiment de gauche. Ce n’est pas nouveau.

Il est certain qu’il est beaucoup plus difficile d’être de gauche que de droite. Dès lors qu’on parle de solidarité, qu’on revendique le progrès social, la démocratie, le partage et la coopération, il ne suffit pas d’énoncer des principes, il faut encore se montrer en capacité de les incarner. La démocratie interne aux partis et mouvements de gauche est une vraie question (comme dans les partis de droite et d’extrême droite).

On est beaucoup plus dur avec un « socialiste » qui applique une politique de droite qu’avec un homme de droite qui applique une politique de droite. Ce sont les fameux « sociaux-traîtres ». La gauche doit faire ses preuves. La droite n’a qu’à réclamer plus de contraintes tant que ça ne craque pas, « ça passe ». Comme les citoyens n’ont toujours pas compris qu’en une semaine ils pourraient en s’unissant faire tomber le pouvoir ça ne bouge pas. Et ça ne bouge pas, car les citoyens sont devenus des consommateurs et que la gauche est timide à définir autre chose.

Pour revenir à « qui est de gauche ? « , le problème c’est que chacun distribue le label de son point de vue ou s’autoproclame…

La gauche et les écologistes

On nous parle souvent d’union de la gauche et des écologistes. Les écologistes ne seraient-ils pas de gauche ?

Ou bien on nous parle de gauche de gouvernement, d’extrême gauche ou de gauche d’opposition…

Nombre de ces étiquettes tiennent à l’Histoire.

Voyant bien d’ailleurs qu’on pouvait se jouer de tout cela dans un contexte d’incertitudes, le président de la République, qui tel un coucou a fait son nid dans le gouvernement au pouvoir à l’époque, nous a fait le coup du « en même temps« . L’idée a fait long feu. Mais peut-être faudrait-il penser « autre chose« …

Causer valeurs avant de parler du programme

Les programmes figés posent mille problèmes : ils présentent des mesures en tuyaux sans approche d’ensemble, ils fixent des objectifs sans préciser leurs buts et encore moins la plupart du temps non seulement les moyens mais la démarche pour y parvenir.

Les programmes c’est comme un menu imposé dont tu ne connais pas la composition et qui de toute façon changera en cours de route. Ça coince vite côté démocratie directe…

C’est le cas à droite, mais aussi à gauche…

D’ailleurs, soyons honnêtes, quand j’ai voté en 81, je n’avais pas vraiment lu le programme, nous étions plutôt dans une aspiration au changement, dans l’envie de secouer le vieux monde giscardien (qui pourtant avait permis de grandes réformes sociales). C’est la société toute entière qui voulait évoluer… sans savoir vraiment pourquoi, ce qui tourna vite au fiasco. On opposa alors l’utopie au réalisme… et les grandes fortunes reprirent rapidement confiance…

La dénonciation des injustices, l’opposition légitime à toute une série de mesures infâmes, ne suffit cependant pas à mobiliser. Chat échaudé craint l’eau froide. Causer valeurs, c’est dans le contexte où nous sommes oser avoir un dessein. Comment voulons-nous vivre ensemble ? Quels problèmes avons-nous à résoudre et comment pensons-nous faire de ces problèmes un moteur pour changer de façon constructive ? Le progrès ça existe encore ou ce n’est qu’un leurre ?

Dans les grandes questions, outre celles de la façon dont nous comptons mettre en œuvre ou faire vivre la devise républicaine, il y a la question de la place de l’individu dans la société.

Comment chacune et chacun peut-il prendre sa place, jouer un rôle actif, être reconnu-e et quels équilibres cela suppose-t-il ?

Par exemple, la mise en tension entre la reconnaissance du droit des uns et des autres y compris à s’émanciper de leur propre destin avec le poids des communautés et des influences mérite discussion… Tout comme la place que l’on donne ou pas à la nation : État fort ? Europe fédérale ? Rôle des régions et des collectivités ? Place de la démocratie locale ? Franchement, rien n’est clair aujourd’hui même au sein de chaque mouvement.

Rupture ou réconciliation ?

Si l’on s’entend sur l’idée de ne pas reproduire les erreurs d’hier, faut-il proposer un programme de rupture comme le disent les uns ou de réconciliation dans une société outrageusement divisée ?

Nous entendons énoncer de nombreux concepts, les unes et les uns ergotent volontiers mais les abstentionnistes sont le premier parti de France. La confiance est absente.

C’est par dépit que les gens se tournent vers l’extrême droite et aussi parce que le pouvoir économique lui apporte son soutien.

Ce qui est ennuyeux c’est que le goût du pouvoir, la compétition entre personnes continue d’entraver la possibilité pour la gauche de se repenser autant que se re-panser d’ailleurs.

Une anecdote au passage qui montre bien le hiatus qui persiste entre les partis et les électeurs : quand à la suite des élections législatives de 2024, les partis de gauche proposent le nom de Lucie Castets comme première ministre (en sachant bien qu’elle ne serait pas choisie), celle-ci ne dispose que d’une légitimité réduite. Toute personne peut comme toute autre avoir des ambitions, mais elle n’incarne pas la gauche au sens démocratique du terme. Elle n’a été désignée que par des responsables de partis. Mais on voit bien que Lucie Castets « pense » à 2027.

Du boulot

Si la gauche se montre incapable de se redéfinir dans ses valeurs, dans une approche culturelle et si elle n’est pas transparente dans ses démarches (« être, incarner ce que l’on souhaite »), alors elle convaincra que les convaincus, elle ne donnera de perspective ni pour elle-même ni pour le pays et les crises s’ajouteront les unes aux autres.

Alors peut-être faudrait-il que la gauche ose ce travail ou que des démarches, des discussions émergent ici ou là. C’est le plus difficile oser parler valeurs parce qu’en face la droite va pointer tous les désaccords… alors peut-être faudrait-il commencer par parler des grands objectifs, de ce qui est commun…pas en termes de programme mais vraiment de projet de société…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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