Ce 4 avril 2026 une manifestation aura lieu contre le racisme. Si la lutte contre le racisme et les discriminations peut être instrumentalisée, il n’y a pourtant pas à chipoter. Surtout, ce qui est terrible, c’est qu’une personne puisse aujourd’hui en France se sentir en insécurité à cause de sa couleur de peau, son genre, son sexe, son âge, son origine réelle ou supposée, son orientation sexuelle, son handicap…
La terrible question d’un ami qui doit venir
Il ne m’en voudra pas de rompre le secret de nos échanges. Un ami doit venir me rendre visite. Je vis à la campagne, dans cette France profonde et calme. Il ne connaît pas encore la région. Voici ses paroles :
Je vais poser une question bizarre tu me diras…mais est-ce que tu penses que par où tu habites je risque d’avoir de mauvaises expériences par rapport à ma couleur de peau ?
Le simple fait que la question puisse se poser, le simple fait qu’il témoigne d’une inquiétude sourde à ce sujet est terrible.
Je sais qu’ici on (pas moi) a voté à 50% en faveur de l’extrême droite à la présidentielle. Mais il y a aussi un festival tout proche qui invite l’Afrique. Je n’ai rien entendu qui puisse m’inquiéter mais j’ai tout de même assuré à mon ami que je ne resterais pas silencieux si j’entendais la moindre allusion négative.
Où que je sois allé, où que j’ai vécu un peu partout en France, en région, à Paris, en banlieue, jamais je n’ai été inquiété en raison de ma couleur de peau ou de mes origines. Jamais je n’ai eu peur de ça.
Je mentirais en disant que je n’ai connu aucune discrimination ou agression sur d’autres aspects. J’ai pu éprouver cela de façon directe ou indirecte.
Mais si je reviens à cet ami, qui est jeune, qui a l’avenir devant lui… le simple fait qu’il puisse être traversé de cette inquiétude, qu’il puisse craindre la confrontation à l’environnement rural montre bien que ça ne va pas, que la Société ne fait pas son travail.
Il est formé à la psychologie, dispose de tous les outils et connaissances pour avoir une approche rationnelle des choses, pourtant, il y a la peur.
Cette peur n’est pas une découverte pour moi mais c’est un rappel aussi simple que cruel.
Je me souviens petit du racisme décomplexé au café du coin. Je me souviens des voisins de ma grand-mère qui disaient des horreurs. Je me souviens adulte, d’un contrôle de police dans la rue où l’on n’avait contrôlé que mon ami antillais qui marchait tranquillement avec moi. Rien dans son attitude, dans ses vêtements ne différait de ma propre attitude ou de mon apparence… si ce n’était la couleur de peau.
Personne ne devrait avoir peur
Il y a le « racisme décomplexé » : les injures, les lettres anonymes, les inscriptions immondes, la violence, les lâchetés ordinaires qui osent s’exprimer.
Et puis, il y a les sous entendus, les insinuations, ce climat qui court, qui fait même plus que courir…
Cet ami craint d’être mal accueilli, cet autre souffre qu’on lui demande de se désolidariser d’un gouvernement avec lequel il n’a rien à voir… ou telle autre devrait justifier de sa façon de pratiquer sa religion.
« L’inventivité » en matière de discriminations est sans limite.
Après tous les combats menés depuis longtemps, voilà qu’il faut se mobiliser de nouveau. Pas forcément avec les mêmes outils, en intégrant la complexité mais avec clarté.
Dans notre société, le brouillage idéologique est tel qu’on voit des personnes qui se disent antiracistes se perdre dans des ambiguïtés antisémites ou d’autres qui prétendent lutter contre l’antisémitisme en cultivant par ailleurs d’autres théories d’exclusion… dans cette affaire, il faut prendre chacune et chacun dans ses contradictions pour justement les dépasser, dénoncer toutes les discriminations, aller jusqu’au bout.
Alors, il n’y a pas à chipoter. Manifester, dire, écrire, enseigner et agir pas seulement devant les tribunaux. Cela peut et doit aussi se faire dans le quotidien de nos vies.
Le racisme n’est pas une opinion, c’est le mépris et le ressentiment transformés en délit.
Il faut éviter de penser à la place d’autrui dans sa situation mais n’essentialiser personne. Les stéréotypes peuvent vite surgir et il faut éviter toute condescendance.
Ce qui compte c’est que personne ne se sente en insécurité pour ce qu’elle ou il est et que pour sa vie chacune et chacun puisse choisir son chemin de façon autonome sans subir de pression y compris en s’émancipant d’une tradition, d’une famille, d’un groupe…
« Le raciste est quelqu’un qui ne s’aime pas » disait Albert Jacquard qui rappelait sans cesse qu’il n’y a qu’une seule race humaine.
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. [Constitution 1958]
Il y a du boulot, on est d’accord. Et ça commence en s’affirmant antiraciste et contre les discriminations.
à suivre !

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