Penser ses espaces de vie pour mieux penser sa vie


Tournesols

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4–7 minutes

On s’installe quelque part, dans un nouveau lieu. On pose les meubles, de nouvelles habitudes se dessinent. Puis, vient le moment de regarder ce que l’on fait de son temps, quelle intention on donne à sa vie et alors vient aussi le moment de penser ses espaces de vie pour mieux penser sa vie. On réaménage, on recherche la cohérence et des étapes mentales se franchissent qui permettent une sorte d’alignement…


Pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt ?

Il suffit de presque rien, un alignement de tapis, un déplacement de meubles. Une fluidité soudain dans l’espace et voilà qu’un lieu se regarde autrement. Mais pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? Avec les mêmes meubles, ou peu de modifications, il est possible de faire vivre et presque vibrer autrement les espaces où l’on vit. Ce qui est frappant c’est qu’on regarde alors son environnement autrement. Me voilà redécouvrant les objets et occupant différemment les lieux, jusqu’à me retrouver et me transformer en même temps.

Ici, j’ai la chance d’avoir une maison tournée vers le jardin, qui prend presque sa place dans le jardin. Il y a interpénétration. C’est en vivant là que je l’ai mesuré, alors le salon regarde vers le jardin tout comme le bureau en partie.

Lorsqu’on déménage, on transporte forcément les représentations et les choix antérieurs. Souvent je me suis pris à vouloir composer le nouvel espace en me référant implicitement à l’organisation de la maison précédente… et puis les contraintes incitent à jouer une autre partition.

Il y a une phase de lecture critique des lieux (il faut parfois se séparer de certains meubles) , une autre d’essais plus ou moins heureux et hasardeux. Il ne suffit pas de mesurer, il faut voir « ce que ça donne en vrai ». C’est comme le décor du théâtre. Chaque objet doit être à sa place, composer avec les autres, se regarder en perspective.

Ce qui est à la fois amusant et enrichissant c’est qu’après avoir trouvé une première solution d’organisation, d’autres vont émerger par elles-mêmes pour les autres pièces. C’est en cela que je parle d’alignement mais on pourrait presque parler de sérendipité quand cherchant une organisation on en découvre une autre qui va débloquer d’autres nouvelles représentations. C’est tout un écosystème qui s’élabore en lien avec la fonctionnalité des meubles et des objets, leur orientation, la fluidité des passages ou leur restriction, l’attribution des lieux et leur dévolution…

Penser l’espace autrement c’est se penser autrement.

Au travail, sur le site que vous lisez, à la maison, dans le jardin, je mesure chaque jour à quel point penser l’organisation des espaces est important pour moi non seulement du point de vue esthétique ou pratique, du point de vue ergonomique, en fonction de mes activités, de mes besoins (et des contraintes) mais encore joue vraiment sur ma perception et mon appréhension du lieu, de mon humeur, de ma façon de penser, je dirais même d’écrire ou de créer.

Cela va jouer également sur la qualité de l’accueil donné et reçu. Et voilà que nous retrouvons ma boussole : apprendre (il y a des choses à comprendre par exemple pour apprendre à alléger et structurer), créer (il faut oser sortir des idées toutes faites pour trouver ce qui est cohérent avec ses besoins), partager et prendre soin, parce que prendre soin de ses espaces c’est prendre soin de soi et de ses visiteurs.

Petit déjà

Je n’avais pas dix ans lorsque j’ai compris que je pouvais jouer sur l’espace de ma chambre.

Je n’ai jamais eu à proprement parler de maison de famille. Il n’a jamais existé de lieu « refuge » au sens de la stabilité ou du repère, ce qui a fait certainement que j’ai porté une attention particulière à sécuriser et rendre agréable les chambres où j’ai vécu gamin.

Très tôt j’ai déplacé les meubles, j’ai peint un vieux coffre, une étagère (je me souviens d’une laque orange claquante de la fin des années soixante), je fabriquais des rangements, organisais l’espace… et j’ai toujours fait ça dans toutes les maisons où j’ai pu vivre cherchant à la fois à m’y sentir bien et composer un espace structuré.

Enseignant, j’avais la même attention aux plans de classe, aux affichages… Mes élèves adoraient les plans en U, je voyais tout le monde. Mes bureaux aussi plus tard malgré les contraintes furent l’objet d’une attention particulière et comme je le disais plus haut, même la façon de penser l’organisation de ce site, de sa page d’accueil, ses menus… tout cela fait partie de la même logique.

Dopamine et fonctionnement du cerveau

La satisfaction que je ressens en réorganisant l’espace est multiple : il y a la récompense esthétique immédiate (notamment celle procurée par un espace ordonné et surtout qui n’est pas surchargé) , la redécouverte poétique des objets, il y a la façon d’occuper l’espace (par exemple retrouver un fauteuil pour lire… ou une table pour telle ou telle activité) et je le pense tout ce que cela engendre comme dispositions positives qui vont alors permettre d’être bien pour penser, créer ou accueillir.

J’ai toujours éprouvé le besoin de trouver une bonne organisation de l’espace pour pouvoir m’y développer.

C’est une des raisons pour lesquelles je pense que l’architecture scolaire comme celle des hôpitaux par exemple joue considérablement pour aider aux objectifs portés par ces lieux. Et je ne parle pas de l’ignominie des prisons : comment espérer la rédemption de personnes que l’on entasse dans des conditions inhumaines, dans la promiscuité ?

J’ai souvent évoqué les histoires d’enfants en difficulté sociale, en éducation prioritaire ou en politique de la ville, j’ai toujours déploré que la plupart du temps leurs écoles soient laides et mal entretenues… Comment être motivé alors ? Comment s’engager et réussir dans un lieu moche et sale ?

Celles et ceux qui organisent des réunions ont vite perçu l’importance des organisations matérielles de l’espace pour bien communiquer, bien penser collectivement…

Alors de temps en temps, je consacre un moment à analyser l’espace de la maison, à essayer de déplacer des meubles, mesurer l’effet d’un changement, c’est très concret et délassant, on est dans le flow quand on se livre à une telle activité … C’est gratifiant. Souvent ma famille ou mes amis se sont étonnés de mes essais, les trouvant parfois loufoques ou appréciant que je puisse rendre n’importe quel lieu convivial avec peu de choses…

Je vous laisse, la deuxième couche de la peinture de la commode attend !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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