Après l’orage d’hier, avant la torpeur annoncée, la promenade du matin avec le chien c’était tôt. Aux alentours de sept heures. La surprise, ce fut l’homme de la cabane au bord du Lot. Parce que sûrement il avait dormi là. Il ne pensait pas que nous passerions si tôt. Il s’est caché mais il n’avait pas à avoir honte.
Une brume de cinéma
La rivière aime nous mettre un voile le matin. En hiver la vallée retient la brume entre ses cuisses parfois tard. Ce matin, c’était plus une vapeur. Après l’orage d’hier, violent, en se dissipant, cette brume laissait apparaître les branches tombées, les roseaux tordus, les jardins détrempés. Heure presque fraîche pour les passants.

La barque pleine d’eau était solidement amarrée. Parfois, des esquifs arrachés à leurs pontons plus haut, viennent se coincer dans la vase ou contre une bouée. Il faut alors retrouver les propriétaires.
Un peu plus loin, une femme seule installait avec patience son matériel de pêche. Cela reste rare de voir une femme qui pêche. Sur la berge, assez souvent, il y a des concours. Dans l’eau, mais peut-être pas contre la berge, rôde le silure, le géant de la rivière.
Un homme au pas pressé est passé grommelant. Mais aucune rumeur ne venait du village encore endormi. Les premiers touristes se lèveront plus tard. Ce soir, devrait retentir sur le pont, le feu d’artifice du 14 juillet.
Le chien furetait, tirait sa laisse, tout entier à sa tâche d’examen des passages multiples. Il souffle plus que jamais.
L’homme de la cabane
Au bord de l’eau les jardins se suivent. La terre est forcément bonne. Certains sont bien entretenus, d’autres plus ou moins abandonnés. Les uns mêlent fleurs, fruits et légumes, d’autres se sont spécialisés. Selon les jardins on trouve parfois une petite cabane, un édicule, un abri de jardin.

On y jardine, mais nombreux sont celles et ceux qui viennent passer du temps en journée. La rivière et l’ombre des arbres rendent la canicule supportable.
Ce matin, dans l’un des jardins où il y a une petite cabane visiblement bien entretenue, il y avait un homme. Ou plus précisément, un homme se tenait devant la porte qui venait d’être ouverte.
Là ou d’autres, plus curieux ou par politesse, seraient restés saluer ou même auraient échangé, lui s’est éclipsé comme pour se cacher à mon regard espérant visiblement y avoir échappé. Sans un bruit, aussi discret que possible, il s’est réfugié comme un coupable à l’intérieur de la petite maison de bois. Il est resté tapi dans l’ombre tout le temps de notre passage et que nous nous soyons effectivement éloignés.
Instant aussi anodin que silencieux, petit film sans parole, histoire sans déroulement… J’ai compris immédiatement que cet homme avait dormi là. Peut-être n’y était-il pas autorisé ? Peut-être était-il venu pour échapper à sa maison ? Ou peut-être avait-il trouvé un refuge après l’orage d’hier. Peut-être vivait-il là ? Peut-être juste de passage…
J’ai retiré une sensation étrange de cette vision furtive. Je me suis senti indiscret. Et le mystère sur l’histoire de cet homme qui voulait rester caché devenait comme envahissant et enveloppant alors que je ne saurais même pas le reconnaître si je devais le croiser de nouveau… Et s’il n’était pas seul ? Rien ne le laissait supposer.
J’ai continué avec mes questions.
Je me suis souvenu, je ne sais pas vraiment pourquoi, du vieux roman d’Hector Malot (auteur de « Sans famille ») qui dans « En famille », raconte l’histoire d’une jeune fille obligée de vivre cachée dans les roseaux où je crois – mémoire d’enfant- elle s’était fait une cabane ou quelque chose comme ça… Quelque chose de la solitude, de la vie secrète…
Peut-être que la cabane était le secret de cet homme. Un secret provisoire pour un voyageur de passage, ou un refuge habituel pour un homme sans maison… Pourquoi s’encombrer de ça ? Pourquoi s’inquiéter d’un inconnu ?
Le retour du soleil
La rivière est lieu de mystères, de secrets, de rencontres, de vie… Si j’étais cinéaste, je filmerais la berge une journée et une nuit entières pour tenter d’en découvrir et comprendre les histoires qui s’y passent été comme hiver…

Un mot en retour ?