Le temps de choisir et le temps de faire


Pexels edward jenner 4253058

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5–8 minutes

Les choses qu’on fait par habitude, celles qu’on néglige, les mille projets rêvés, ce qui est en cours, les urgences, les impondérables, les surprises… Le temps de choisir ce qui compte, le temps de faire pour cheminer… nous regardons souvent ce que nous n’avons fait au lieu de penser à tout ce que nous accomplissons…


La programmation fluide

Dans la liste souvent longue des choses que nous devons et voulons faire, nous perdons souvent du temps dans les agendas. Ils peuvent être une façon subtile de masquer l’art de la procrastination.

Encore aujourd’hui, à trop planifier je me place des obstacles au goût de burn-out.

Ne pas trop remplir les cases : il faut éviter le risque de verrouiller sa vie.

Il faut cependant choisir ce que l’on veut faire, savoir identifier et distinguer à l’inventaire ce qui répond à nos objectifs, ce qui s’oppose ou ce qui est rendu difficile par des contraintes liées à l’énergie qui se paramètre à l’aune des contraintes (temps disponible, contraintes climatiques, force physique, disponibilité mentale…).

Je reviens sans cesse à mes quatre entrées :

  • apprendre
    • dans mes activités d’apprentissage, je distingue l’apprentissage délibéré, des surprises (sérendipité)
      • par exemple : je veux apprendre à maîtriser le logiciel libre Inkscape pour produire des images .svg destinées au site
      • je découvre un insecte inconnu au jardin et je veux en savoir plus long sur lui et de fil en aiguille je vais découvrir une nouvelle catégorisation de certaines espèces
  • créer
    • ici se partage le temps entre
      • les créations chroniques comme écrire sur le site
      • les créations « inspirées » comme écrire un poème ou une chanson et qui s’improvisent le plus souvent sans préméditation (cela suppose du temps pour que « ça vienne » même si ça peut surgir aussi bien sous la douche que lors d’une balade…)
      • les créations au long cours qui supposent une persévérance (écrire un roman ou une pièce…). Cela suppose une forme d’engagement qui peut alors limiter le temps des autres créations…
  • partager
    • je vois également un distinguo entre
      • la disponibilité à accorder à l’imprévu des rencontres, des appels… (c’est déjà prendre soin d’autrui, c’est encore apprendre d’autrui quand iel fait découvrir quelque chose…)
      • les temps prévus comme une fête, organiser une invitation ou y répondre, faire connaître une production

Partager, accroche sa propre activité à celle des autres. C’est être disponible mais s’accorder à la disponibilité mentale ou physique des autres. C’est faire se « rencontrer » des temps personnels, croiser des histoires…

  • prendre soin
    • il y a le côté « routines » mais aussi l’aspect « projet » (perdre des kilogrammes pour être en forme)
    • un partage là encore entre « prendre soin de soi » y compris dans la gestion de son énergie et de son temps, et prendre soin d’autrui (être attentif en bienveillance, sans pour autant sacrifier l’essentiel).

La question du choix « sélectif » est alors prééminente et doit être questionnée dans cette question entre renoncement (et la déception ou la culpabilisation) et priorité en fonction des vrais besoins…

Les micro-tâches envahissantes

Lorsque j’envisage un projet, même ponctuel, j’ai vu que trop souvent je néglige les micro-tâches nécessaires à sa mise en œuvre, qui peuvent être contraignantes et chronophages mais sont indispensables.

Par exemple, si je veux effectuer une tâche de bricolage ou de jardinage, il y a la question de la préparation des outils et des matériaux qui peut être problématique : il me faut penser à ce qui sera nécessaire, apprendre « sur le tas » comment on branche tel appareil ou simplement comment on ouvre tel flacon à l’ouverture sécurisée.

On aura le même problématique en cuisine, notamment lorsque le livre de recettes évoque un terme technique sans l’élucider.

Quand je veux aller faire un tour de vélo, ce n’est pas juste enfourcher la bicyclette, mais vérifier avant de partir, revêtir le casque et le gilet de sécurité… Les micro-tâches contraignent d’une certaine façon à la patience et ce sont celles qui m’énervent le plus surtout lorsque j’observe que de petits gestes techniques simples me ralentissent dans mon projet.

Par exemple l’autre jour bloqué sur une rallonge sécurisée, j’ai dû aller chercher sur Internet la façon de la débloquer. J’ai perdu un petit moment sur ce que j’avais à faire. En contrepartie, j’ai maintenant appris de cette expérience pour le futur.

Le temps des projets

Plus j’avance, plus j’ai conscience que malgré mon appétit, je dois me centrer sur un projet à la fois. J’en ai beaucoup dans la « réserve à idées ». Parfois, on peut jongler de l’un à l’autre, mais la dispersion est un piège aussi fatal que la procrastination dont elle est aussi l’un des masques.

Je le ressens d’autant plus en vieillissant au moment où je vois bien que je ne pourrai pas apprendre tout ce que j’aimerais, que je ne pourrai pas réaliser tout ce que je souhaiterais.

La question du choix se pose crûment entre valeurs et besoins ou intérêt profond…

Choisir une chose à la fois est une nécessité et si tenir sans s’enferrer si en marchant on découvre que ce n’est pas la bonne direction, qu’on n’est pas tout à fait en sincérité avec soi…

Accepter les surprises et l’imprévu

Il y a là une affaire de confiance aux autres et à soi même. Toujours quelque chose qui tient de sa capacité à prendre sa place dans le paysage en se rendant disponible aux autres comme à soi.

C’est « s’autoriser » à accepter l’inattendu et même dans certains cas à l’accueillir, le valoriser. Sans cet inattendu, il n’y a pas de « coup de foudre » possible. Nous avons souvent peur de lui… Il faut oser un peu d’imprudence, être raisonnablement imprudent, prendre le risque de la découverte improbable, de se laisser happer, distraire par le réel (et non par une notification pernicieuse sur son smartphone). Il peut y avoir à ce moment quelque chose de subversif, comme lorsque l’enfant regarde par la fenêtre un oiseau qui vole au lieu de se centrer sur son calcul.

Il faut une aptitude à la spontanéité qui ne sombre pas dans le racolage démagogique. Il faut aussi veiller à lutter contre ses propres préjugés. C’est quelque chose que je dois développer. Je vois bien qu’aller simplement boire un café en terrasse m’ennuie la plupart du temps si j’ai l’impression qu’il ne se passera rien qui élargisse mon expérience.

L’autre jour, après un long moment, je me suis pourtant accordé le droit de quitter un concert où je m’ennuyais à mourir. La surprise fut sur le chemin du retour parce que j’avais osé quelque part prendre un chemin de traverse…

Une question d’énergie

Une nuit trop courte, des températures trop élevées, une douleur soudaine… la forme physique et mentale va s’éprouver à la question de l’énergie disponible et dépensée pour mener à bien un projet.

Il faut disposer d’alternative, ne pas culpabiliser si les conditions ne sont pas réunies, réajuster, transformer, différer à bon escient… Le chien le sait qui vient me chercher dès l’aube pour jouer à la balle puisqu’il fait encore frais à six heures en juin… mais il lui arrive aussi de décider de m’interrompre quand je reste trop longtemps devant l’écran à taper sur mon clavier… Et il a peut-être bien plus raison que moi qui proteste !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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