Samedi 13 juin 2026 aura lieu à Najac, dans l’Ouest de l’Aveyron, la « Pride Rurale » qui s’inscrit dans le mois des fiertés. J’y serai pour la deuxième fois. Alors, cette semaine le site va se donner pour thématique cette question du droit d’aimer et d’être aimé en prenant sa pleine place. Je le ferai au prisme de mon expérience en essayant de ne pas trop louer les anciens combattants.
Najac en Aveyron

Je vous ai parlé du très joli film documentaire Pédale Rurale. La Pride de Najac en est un peu la déclinaison locale. Ça ne s’invente pas, elle est à l’initiative de l’association « Les bonnes débroussailleuses ». Leur site montre une belle activité militante.
Najac est un petit village, une des cinq bastides du Rouergue, d’un peu moins de 800 habitants. C’est l’Ouest de l’Aveyron, à la frontière du Tarn et Garonne. Un site admirable, avec son château perché. On y arrive par de petites routes perdues.
Il fera beau et même très chaud…
Fier ou pas fier ?
D’aucuns se gaussent des étiquettes à rallonge, de la question de la fierté qu’il y aurait ou pas à aimer y compris une personne de son propre sexe.
Compte tenu de ce qui continue de se passer dans le monde, des discriminations, des persécutions, des emprisonnements, du harcèlement ou de l’invisibilisation forcée qui perdurent, il est difficile de se taire et la honte doit être du côté de celles et ceux qui ne respectent pas la dignité d’autrui.
La fierté, c’est donc commencer par pouvoir ne pas avoir honte, s’affirmer sans avoir à se justifier. Il ne s’agit pas d’être fière ou fier d’aimer telle ou tel mais d’être dans la fierté de soi, c’est à dire de son égale et pleine dignité.
Comme disait ma mère peu de temps avant sa mort avec le peu de mots que l’aphasie lui laissait : « — Fille ? Garçon ? Pas important. Aimer oui ! Important ! »
La leçon lapidaire donnait quitus au garçon d’à peine dix-huit ans.
La solidarité nécessaire
Il y a celles et ceux qui conspuent, qui s’autorisent à juger et discriminent sous couvert de dogmes, de la religion. Le patriarcat par nature voit d’un mauvais œil tout ce qui ne rentre pas dans le cadre normatif et conformiste.
Les attaques imbéciles sur le prétendu prosélytisme gay par exemple, sont la forme à peine déguisée de l’homophobie ou de la transphobie les plus crasses.
D’autres qui s’affirment tolérants, ne le sont que si les personnes entrent bien dans le cadre normatif général. Il faudrait que les homos restent discrets.
J’ai souvent été agacé par un communautarisme où l’entre soi conduirait à s’extraire du monde, mais il est parfois nécessaire que des solidarités puissent s’exercer, que des personnes en difficulté puissent trouver aide et refuge auprès d’un groupe identifié dans un espace protecteur notamment lorsque l’État déroge à ses obligations.
Il est terrible de constater que des personnes de mon âge se cachent encore de leur propre famille ou que des jeunes se retrouvent toujours en 2026 exclus ou discriminés par leur propre famille, leur employeur ou une équipe de sport.
En écrivant cela, je me dis que je répète un refrain connu, mais combien de douleurs inutiles, de vies abîmées ?
Tout ça pour dire que lorsqu’on le peut, tranquillement mais sûrement, en toute assertivité mais avec fermeté, la solidarité doit pouvoir s’exercer.
Ni mépris, ni condescendance
Le mépris se lit, s’entend et s’identifie assez vite. J’ai pu constater aussi une forme de condescendance. Je me souviens par exemple, à l’occasion d’un changement d’emploi, avoir entendu un responsable annoncer fièrement que maintenant son organisation avait « son quota gay ». Comme si le fait d’être gay apportait une plus-value au recrutement ou l’avait favorisé ?
Sous prétexte d’inclusion ou de « discrimination positive » on étiquette et enferme la personne dans ce qu’elle est au plus intime, on la réduit et ce n’est pas acceptable.
Dans un autre registre qui se voulait plus amical, ça me rappelle une situation où une amie me présente une personne en me disant : « — Il est comme toi. » Elle pensait que ça pouvait nous rapprocher alors que pas du tout. J’ai même mis du temps à comprendre de quoi elle parlait. Je n’avais d’ailleurs aucune espèce d’atome crochu avec la personne…
Pour ce qui me concerne, je n’ai jamais accepté d’être défini par un adjectif, une étiquette. Tout au long de nos vies nous continuons de nous découvrir, de nous explorer et l’expérience nous transforme pour peu que nous l’acceptions. Je pense d’ailleurs que si nous sommes qui nous sommes, cela s’exprime toujours dans la rencontre de l’autre, dans ce double mystère de se découvrir au contact de l’autre, d’accepter d’être transformé par la rencontre et de transformer l’autre, le tout si possible dans le respect absolu, la dignité, la possibilité de s’émanciper, de se révéler à soi. L’amour ouvre la possibilité d’une révélation. il n’y a rien alors de plus poétique !

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