À l’initiative de l’association « Les bonnes débroussailleuses » (si,si !), le cinéma Le Vox à Villefranche de Rouergue proposait en avant première le très beau documentaire d’Antoine Vazquez qui fut accueilli avec un bel enthousiasme et des cris de joie. Et c’est vrai que c’est un très beau film !
Un film fluide et délicat

On a toujours un peu peur à l’annonce d’un énième documentaire sur les homos, les gays. Au centre du film, le mot : queer, plus inclusif va s’imposer. Peur que ce soit trop démonstratif, pédagogique et larmoyant. Pour son premier long métrage documentaire, Antoine Vazquez nous a donné un film fluide, lumineux d’une délicatesse extrême. Au cœur battant du long métrage Benoît. Il a su cultiver son jardin magnifique à l’abri des regards, tisser sa toile, habiter sa maison en symbiose avec la nature. Il danse parfois tel un derviche tourneur, jusqu’à l’ivresse, comme pour effacer le passé auquel penser reste douloureux. Pédé de campagne, c’est être accepté à la question de rester discret…
Une Pride de campagne ?
Et voilà que Benoît rencontre d’autres personnes portées par l’idée de lancer une Pride de Campagne. Histoire d’oser s’affirmer un jour au moins dans l’année. Et il faudra toute la solidarité affectueuse du groupe, son adelphité, pour se lancer, rencontrer les élus, s’imposer malgré les difficultés…
Loin des chars tonitruants qui traversent Paris, la Pride de campagne fleure bon l’enfance, l’espièglerie douce et la tendresse. Tous les genres et les déclinaisons du monde Queer sont là.
Et c’est exactement la même démarche que mène l’équipe des Bonnes débroussailleuses . Le collectif intervient dans l’ouest aveyronnais et propose depuis plusieurs années une Pride rurale. En juin 2025, ça se passait à Najac. Comme à Villefranche de Rouergue l’été précédent, s’y affirmait une tendresse radicale !
Dans la salle le public présent était presque le miroir des personnages du film. Cela créait une impression très étrange. Certaines et certains avaient déjà l’envie de faire la fête !
Vivre et aimer au pays n’est pas facile quand on veut assumer qui on est. Beaucoup sont passés par la case grande ville.
Paillettes
Un court métrage était diffusé juste avant le documentaire : Paillettes réalisé par Cléo Miquel-Delhon offre treize minutes hautement touchantes. C’est en accès libre sur YouTube, allez-voir. Ces quelques minutes en disent long.
Coming Out ?
Bien que vivant à la campagne quand j’étais jeune, la question du coming-out ne s’est jamais posée pour moi. Si le collège et le lycée ne furent pas faciles – j’ai raconté ma peur des vestiaires– , mon amoureux de l’époque a pu s’installer avec moi alors que je vivais encore chez ma mère sans que cela ne suscite aucune réaction perceptible. Il avait la gouaille, l’aplomb et la folie du séducteur parisien qu’il fallait pour m’entraîner dans son sillage…
Plus tard, vivant en couple, je n’ai jamais rencontré, même à la campagne, entendu ou perçu de réactions particulières même si j’ai pu rester fort elliptique face à mon administration.
Je ne sais pas comment un jeune d’aujourd’hui peut faire dans certains contextes ruraux où il faut s’assumer de près face à des gens qui vous ont vu grandir. L’homophobie rôde encore.
Je vois bien aussi ces personnes qui continuent de tout faire pour masquer qui elles sont… Certains hommes – ce n’est pas nouveau- se sont mariés et trompent leur femme avec toutes les problématiques que cela peut engendrer.
Le film fait sa sortie officielle en mars 26. À lire pour prolonger un entretien d’Antoine Vazquez à Médiapart.

Un mot en retour ?