La micheline rouge n’a plus qu’un court tronçon de rails en gare de Cajarc. La voie verte les a gommés. J’ai voulu commencer l’exploration en marchant. La prochaine fois je prendrai le vélo. Curieuse cicatrice douce au pied des falaises, l’ancienne voie de chemin de fer permet d’avancer protégé de la route en admirant la rivière.
Là où passait le train
Le Département du Lot a commencé l’aménagement d’une Voie Verte continue sur l’emprise de l’ancienne voie ferrée, entre Cahors et Capdenac-gare.
Ici c’est le début du tronçon entre Cajarc et Larroque-Toirac (9,6 km via Cadrieu et Montbrun).
Je ne suis pas allé jusqu’au tunnel courbe de Montbrun qui mesure 533 m de long. Des aménagements ont été prévus pour respecter les chauve-souris, de belles chiroptères. Ce sera la prochaine fois, à vélo probablement. J’ai marché dix kilomètres…
Quand je suis arrivé ici, fin 2023, les rails étaient encore présents et des amis pensaient même que la gare était encore fonctionnelle.
Je crois que la ligne ne prenait plus de voyageurs depuis 1980. Une association a pris la suite. J’ai retrouvé l’histoire du train QuercyRail ici. Il reste une nostalgie.
Côté Aveyron, de l’autre côté de la rivière, j’ai des souvenirs de chemins de fer perdus dans la campagne, dans les années 90… Il fallait prévenir le conducteur à l’avance qu’il devait s’arrêter à telle ou telle station…
Je sais bien que l’automobile s’est imposée comme partout. Cette voie, elle est faite d’abord pour le tourisme. On en attend des retombées économiques… Mais même à pied, on ne peut s’empêcher de penser aux voyageurs dont le quotidien était de prendre la micheline… Gamin j’aurais joué au train : tchou-tchou !

Les falaises suintent
C’était un très beau jour de décembre. En passant, on entend de temps à autre l’eau couler entre les pierres des falaises. Quand il gèle ça peut être très beau.

Déjà des morceaux de pierre sont tombés. La roche travaille sans cesse et il faut espérer qu’aucun idiot ne tentera d’aller se frotter de trop près à ce qui peut-être friable. Je n’ai pas vu d’oiseaux aujourd’hui mais les rapaces aiment se trouver des trous où nicher. Tout au long de la voie on croise des maisons, des fermes… Les anciennes petites maisons des gardes-barrières d’antan sont habitées. La voie de chemin de fer c’était toute une vie, des emplois. J’aurais aimé trouver un vieux dans son jardin pour l’interroger et lui demander s’il se souvenait du temps où passait la micheline, combien de fois elle passait chaque jour dans un sens puis dans un autre, s’il courrait à la gare ou osait sauter en marche quand elle passait devant son jardin. J’ai marché avec toutes ces histoires rêvées dans la tête. Un autre monde pas si lointain. Et je n’ai croisé qu’un homme sur son vélo électrique fonçant à vive allure.
Soleil de décembre

Il faisait encore chaud à marcher bon pas. La voie m’aura donné l’envie de peut-être m’inventer un circuit, en prenant le temps. Il faudra m’entraîner un peu. Ces mois derniers j’allais ralenti dans les pattes du vieux chien. Plus jeune, il aurait couru devant moi et fait le trajet plusieurs fois.

Entre résurgences, points de vue ou simplement la rive, on ne peut pas rester sur la voie sans descendre vers la rivière.
Car c’est le Lot – qui parfois peut déborder-, qui commande le paysage et a toléré près de lui une route de chaque côté, et la voie de chemin de fer. Le Lot rivière à mystères où nage dans l’ombre l’énorme siluge lucifère…

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