Avant de prendre la route – poème


soleil et ciel sali des cendres de l'incendie de l'Aude

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2–3 minutes

Avant de prendre la route, avant de prendre le chemin. Quelle pensées emporte-t-on quand on marche au bord de l’hiver ? Un film silencieux se déroule calme. Tout à l’heure, je partirai.


Le texte

Avant de prendre la route
La tête sous un socle de brume
Le linge de l’enfance déchiffrant mon visage
Il faut que je recompte les phalanges de ma jeunesse
Mes hanches déployées dans le vertige du mollet
Mon pied serré dans la chaussure haute du silence

J’irai
J’irai tout à l’heure jusqu’au tunnel où dorment les chiroptères
Je marcherai au pied de la falaise buvant l’eau qui ruisselle
Je marcherai sans l’ami des quatorze ans
Je marcherai comme un adolescent

J’ai traversé tant de ponts, usant ma fièvre à l’asphalte
J’ai surplombé tant de rivières remontant le ventre des collines
Ici, je cherche la consolation de l’eau
Mais je ne me résigne pas à mourir

Je cherche tes mains de soie, je n’implore pas
Quelque chapelle me regarde, cachée sous le rocher
Les arbres ont des accents de guitare et moi des airs de marcheur

J’irai
J’irai tout à l’heure, mais il faudra marcher sans chanter
Il me faudra marcher avec gravité et joie
Marcher dans mon âge, explorer les chapitres du temps ajouté

Au loin, les travailleurs tordront le métal ou bien travailleront la terre
Des enfants reclus dans les écoles lécheront la mine d’un crayon usé
Le maître versera l’encre violette sur ses doigts et la goûtera
Buveur d’encre aux rêves épuisés

J’irai par le sentier, loin des tableaux noirs et de la récréation
Loin des brassées de morts qui jonchent mon chemin
Vivant parmi les herbes hautes de l’hiver

Cette année, le soir de Noël, je lirai peut-être un conte devant le feu
Ou je traverserai la campagne pour aller écouter une messe désuète
Je n’ai pas de religion, pas de baptême sur mon front, juste un peu de sang
Et le regard du marcheur qui en a vu de toutes les couleurs

Ce n’est pas triste, quand la brume sera levée je partirai
Des oiseaux m’attendent muets de cicatrices
Un chevreuil cherchera refuge près de moi
Un chien perdu me regardera et se sauvera
Et chacun préservera sa liberté ultime

Au bord de la route en hiver, poussent des lichens invincibles.




Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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