Elle ou lui, président·e de la République, qu’en attendre ?


Drapeau

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5–7 minutes

Août 2026. Je n’ai toujours pas de candidate ou de candidat pour qui je pourrais voter avec conviction en 2027. Ce qui est positif c’est qu’il n’y a aucune illusion à se faire quant à une personne qui pourrait se présenter « en sauveur ». La raison profonde de mon désaveu ne tient pas seulement aux programmes, aux personnalités, mais au fait que les enjeux restent mal compris et surtout les démarches envisagées peu convaincantes. Mais alors, j’attendrais quoi ?

Le pays est profondément divisé, ce n’est pas un scoop

Les divisions sociales et culturelles ont toujours existé. Tout n’était pas homogène, ni figé. Il me semble cependant qu’hier, chacune, chacun s’identifiait plus précisément à un groupe social associé à un corps de valeurs. Par exemple, un ouvrier dans l’industrie, était souvent adhérent de la CGT, pouvait rejoindre le parti communiste. Un instituteur était plutôt socialiste, adhérait au Syndicat National des Instituteurs, à la MGEN et à la MAIF (mutuelles de santé et d’assurances) et achetait même ses meubles à la CAMIF. Idem, pour un fils de milieu bourgeois, qui ferait médecine « comme son père » et soutiendrait plutôt les mouvements conservateurs.

Il existait des nuances mais les marqueurs sociaux étaient plus lisibles.

Pendant longtemps, quand on écoutait un homme politique à la télévision, on pouvait en l’écoutant les yeux fermés dire à quel parti il appartenait.

La reproduction sociale existe toujours, les marqueurs culturels aussi, mais les valeurs sont davantage brouillées dans une société de l’information où l’individualisme et le buzz dominent.

En politique, la plupart des partis politiques fondent leur identité sur le rejet de tel ou tel courant de pensée et surtout réagissent au fil des événements.

Dans la société médiatique, on commente à distance plus qu’on ne va voir la réalité sur le terrain. Les chaînes d’infos et les réseaux sociaux enchaînent du commentaire de commentaire jusqu’à épuiser le buzz et passer à la crise suivante sans analyse profonde des causes, sans anticipation dans un temps toujours accéléré.

Paradoxalement si ça se dispute et réclame, malgré les difficultés profondes de fonctionnement, les institutions fonctionnent et permettent à la société de s’organiser pour répondre aux besoins essentiels et aux crises même si les inégalités se sont accrues.

L’État est cependant vu comme un objet distinct de la vie citoyenne dont les services seraient dus dans un contexte où le consentement à l’impôt est défaillant.

D’autres clivages existent, instrumentalisés et nourris par certains qui fondent leur action sur les divisions et le ressentiment.

Derrière ces divisions, on perçoit des manipulations, des pratiques d’amalgames qui brouillent les valeurs auxquelles on pense pouvoir se référer dans une république démocratique.

Dans le discours politique, ce qui n’est pas dit ou ce qui est sous entendu devient presque plus important que ce qui est dit et surtout écrit.

Un parti n’est pas ouvertement raciste, mais tout dans son discours désigne des personnes en fonction de leurs origines. Un parti n’est pas antisémite mais nourrit sciemment des interprétations alimentant l’antisémitisme. On peut même voir d’étranges renversements, des alliances surprenantes, des votes contradictoires.

Renouer les liens avant de proposer un programme

Dans ce contexte, c’est une erreur aujourd’hui de vouloir présenter un programme alors qu’aucune majorité réelle n’existe dans le pays. Continuer de nous placer dans une logique de compétition c’est prendre le risque de l’instabilité et de l’immobilisme.

Il n’est pas certain pour autant que prôner un gouvernement d’union nationale comme on le fit à la fin de la deuxième guerre mondiale, suffirait à surmonter les crises.

Il serait probablement plus utile de travailler à ce que le pays se réapprenne dans la réalité concrète de ce qu’il vit et de ses besoins.

Il s’agirait donc plutôt que d’un programme, de travailler à ce que de la rencontre des besoins émerge la définition d’une méthode partagée permettant de redéfinir les priorités assignées à l’État et ensuite seulement de désigner la feuille de route pour avancer.

Certains seraient tentés par des dispositifs rappelant la convocation des États généraux de la Révolution. Il ne faut pas refaire, mais réinventer.

À l’impéritie dramatique observée ces dernières années, d’autres affirment la nécessité d’une planification. Mais on pressent que le risque alors serait de ne plus savoir se montrer suffisamment agiles face aux crises. Car il faut à la fois anticiper pour passer la crise et réparer, mais redéfinir des modalités d’organisation collectives. Cela toutefois, ne saurait se concevoir sans se référer à un corps de valeurs permettant de choisir les grands équilibres entre liberté et contraintes.

Quelle place pour la coopération, la solidarité ? Quel équilibre entre équité qui n’est pas l’égalitarisme et responsabilisation ? Comment conjuguer respect des communautés dans leur diversité et affirmation absolue du droit à l’émancipation à l’autonomie pour chacune et chacun ?

Du lien, des valeurs, une démarche

Je n’attends pas d’un·e candidat·e à l’élection présidentielle l’énoncé d’un programme avec 130 mesures ou plus pour le pays qui ne seront pas tenues, mais plutôt la réponse à la façon dont il ou elle se montrera capable de retisser les liens entre toutes et tous. Pour cela je veux comprendre à quelles valeurs il ou elle se réfère de façon explicite.

Le pouvoir d’achat n’est pas une valeur.

La possibilité de chacune et chacun de pouvoir vivre dignement oui. Mais comment définir les besoins essentiels ? Comment définir les rôles respectifs de la société et des individus ?

Alors il faut une démarche, et l’on pressent qu’elle ne pourrait être verticale. Je n’attends pas d’un·e futur·e président·e qu’il ou elle pense à la place des autres ce qui serait bon pour toutes et tous, j’attends une capacité à animer le débat pour que le pouvoir législatif puisse décider de façon éclairée.

Il y a ce besoin d’être respecté·e. Par exemple, si une convention citoyenne représentative, un colloque, formule des propositions pouvant être validées par le parlement : il importe que le ou la président·e de la République ne substitue jamais aux choix collectifs.

Les questions d’évolution ou de changements de constitution pourraient venir après, non comme programme, mais comme aboutissement d’une démarche. Le travail doit porter sur ce que pourrait être une telle démarche, avec un cahier des charges valant engagement.

À l’heure où j’écris ces lignes, il n’y a hélas personne qui se montre en capacité de travailler à renouer les liens, aider à la redéfinition des valeurs partagées.

Pour imaginer une nouvelle approche, il faudrait changer de paradigme, sortir des logiques mortifères et des machines de guerre qui ont montré leurs limites.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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