J’aime prendre la tangente pour me réinventer


Causse Cajarc

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4–6 minutes

C’est ma géométrie intime. Suivre la ligne, très peu pour moi. Ce n’est pas seulement une nécessité de m’échapper pour fuir les contraintes. C’est choisir une voie différente de celle qui semblait tracée ou de ce que l’on attendait, sortir des chemins balisés, des étiquettes toutes faites. Y compris à mon âge. Choisir le changement, pour ne pas se laisser faire y compris par mes propres représentations.


Citoyen engagé, jamais inféodé !

La politique m’a souvent intéressé. Mais je ne me retrouve pas dans ces organisations où il s’agit de se mettre en compétition pour le pouvoir et non pour construire.

Jeune homme, j’avais approché le PSU où ça bavardait longuement, souvent de façon intéressante : à la fin des années 70 – j’étais gamin- , ça causait déjà environnement, droits de la femme, autogestion avec une vision utopique plutôt sympathique et non violente. J’avais même voté pour Huguette Bouchardeau à la présidentielle (1,11 % des suffrages !) . Elle devint ministre de l’environnement y compris après le tournant de la rigueur… et j’en fus déçu. Je vins un bref moment vers le PS en 1987 et je partis vite en courant : la section locale mettait toute son énergie à lutter contre les communistes au lieu de se préoccuper de la montée du FN et surtout je n’étais pas d’accord avec le fait que le président sortant se représente.

Depuis, je n’ai trouvé qu’à être déçu même si j’ai toujours voté et appelé à le faire et souvent manifesté…

Je ne sais pas d’où ça me vient. Peut-être de ma mère qui avait un côté anarchiste, peut-être de Léo Ferré que j’écoutais beaucoup… pour autant je n’ai jamais été à l’aise avec le pessimisme anarchiste, le gout de la noirceur et un certain conformisme auquel paradoxalement ce mouvement n’échappait pas. Aujourd’hui je ne sais pas…

Dans ma vie citoyenne ou sociale, je ne me suis jamais retrouvé dans la société de consommation. Je n’aime pas posséder. Je ne suis pas propriétaire. J’ai récemment refusé un héritage. Je ne laisserai pas de patrimoine autre que quelques textes… Je n’ai jamais cherché à faire carrière même si j’ai changé de métier. Si j’ai exercé des fonctions à responsabilités c’était pour partager le pouvoir et favoriser le travail collectif.

J’aime la coopération, j’ai souvent pu travailler avec des associations. Mais je n’ai jamais accepté qu’on parle en mon nom, pas plus qu’on m’interdise ou limite ma parole.

Des bulles d’interactions

Aujourd’hui je crois plus aux « bulles d’interactions » où l’on se retrouve pour créer, mener des projets, transformer les choses localement en coopération… C’est parfois très informel. J’apprécie ces réseaux où chacune, chacun peut rester elle ou lui même, apporter sa contribution, partager en étant respecté·e sans échange marchand. D’où ce site…

C’est une des raisons qui me fait promouvoir les logiciels libres : pas seulement dans leurs principes propres, mais parce qu’on trouve toujours quelqu’un à épauler pour installer une distribution ou un logiciel libre.

L’idée n’est pas de m’opposer pour contester même si je refuse l’injustice, mais pour tenter de faire autrement en refusant le dogmatisme, les injonctions verticales ou la moraline qui peuvent envahir n’importe quel courant de pensée.

La tangente dans ma vie personnelle

Peut-être qu’aller avec des garçons plutôt que des filles fut déjà une façon de prendre la tangente ou en tout cas il fallait le faire pour vivre en cohérence avec mes préférences intimes…

Faire un temps du refus scolaire, certainement. C’était une façon de dire que je n’acceptais pas le climat qu’on nous imposait. Faire le choix du théâtre avec les copains fut aussi une bonne façon de me soigner de cette phobie, de m’évader tout en restant dans le cadre du collège…

Progresser dans mes métiers en y développant ma part créative fut une façon de prendre la tangente en osant réinterpréter le métier. Mais je choisis de quitter mon dernier travail plus tôt que prévu – quitte à perdre de l’argent- parce que je n’acceptais plus de porter une parole institutionnelle mensongère. Ce fut un choix assumé au prix de l’incompréhension de mes pairs et de collègues… j’en fus un temps blessé, puis je suis passé à autre chose.

Prendre la tangente ce fut à plusieurs reprises me libérer de situations toxiques, c’est avoir changé totalement de lieu de vie pour me « dépayser » et me réapprendre à me positionner autrement dans une terre où je ne suis pas connu, où je connais peu de monde… Ce n’est pas que « confortable »…

C’est aujourd’hui encore, veiller à choisir mon chemin, donner du sens à ce que je fais notamment grâce à l’art, une certaine frugalité, un certain allègement, une attention à chercher des situations où je pourrai vivre dans « le flow », à mon tempo… y compris en levant le pied… C’est d’une certaine manière inventer son style de vie.

Si nous avons le pouvoir de dire non, et nous n’osons pas toujours le faire, il me semble que nous ne mesurons pas toujours la liberté qui est la nôtre de « faire autrement » et de nous libérer de contraintes, d’habitudes, de normes… certes parfois au prix de certains choix… mais si on prend le parti de la re-création, alors on s’épanouit, on se sent mieux.

Quand il y a des situations de blocage, on peut vouloir résoudre par la force, la contrainte… Ou bien, on peut aussi prendre un autre chemin et faire fonctionner son imagination. Alors, on retrouve la confiance en soi et dans les autres !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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