J’ai toujours aimé le vent.


une image météo montre la progression de la tempête

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3–5 minutes

Parfois violent, irrévérencieux, révolutionnaire, des caprices de la météo, il est celui que je préfère. S’il rend fou les uns, énerve les autres, une légère excitation m’accompagne quand je découvre son exubérance spectaculaire et je me sens gamin, prompt à jouer avec lui. J’ai toujours aimé le vent… s’il ne dure pas trop longtemps !


La peur d’Isis

Isisenfichu

Quelle est donc cette armée qui cavale dans la vallée ? Ici, le vent s’engouffre entre les falaises et secoue l’onde de la rivière. La nuit, il gronde, frappe ses tambours contre la pierre… il s’éloigne, une nouvelle troupe arrive. Rien ne lui résiste. Au cœur de la nuit Isis s’est réveillée inquiète. Les jours d’orage elle part se cacher sous la cheminée ou dans un placard. Elle m’a regardé apeurée et cette fois s’est serrée prudemment contre son maître. Ce matin, elle n’a pas voulu sortir…

Les enfants s’énervaient en classe

Quand j’étais maître d’école, il y avait deux jours où les enfants ne tenaient plus en place : juste avant la neige. Mieux qu’un capteur météo la classe vibrait d’une certaine façon une heure au moins avant les premiers flocons.

Puis les jours de grand vent. Ils étaient inattentifs. Happés par les rafales avec des envies de déployer leurs ailes. Des moineaux fous et bavards.

Ces jours-là il ne fallait pas tenter de lutter mais proposer autre chose… un conte peut-être.

Avec ma mère sur le grand lit

Quand nous étions petits, quand il y avait de l’orage ou une forte tempête à faire peur, ma mère nous invitait à grimper sur grand lit haut. Là, bien au chaud, protégés par une montagne de coussins, elle nous racontait des histoires dont la tempête assurait la sonorisation.

Je pense qu’elle adaptait son récit aux coups de boutoir, aux semonces, aux éclairs, aux grondements. C’étaient des histoires de géants, de dieux se disputant le Monde quelque part dans le ciel, d’armées terribles cachées dans les nuées. Parfois une bougie nous éclairait dont la flamme tremblait un peu si un courant d’air parvenait à s’infiltrer sous la porte. Les chiennes et les chats ne tardaient jamais à nous rejoindre. C’étaient nos films d’horreur… que c’était délicieux d’avoir peur ensemble !

Irrévérence

S’il est doux d’avoir un bon feu et un toit solide pour se protéger, j’ai toujours aimé l’impertinence du vent.

Il se saisit des chapeaux et des casquettes, arrache les parapluies sans vergogne et se réjouit de voir les quidams inondés. Mieux encore, il soulève les jupes et confisque les écharpes. Rien ne lui résiste qui ne soit bien accroché.

Facétieux, il adore mettre le désordre dans le jardin. Il élague gratuitement les arbres et fournit en petit bois. Il les déshabille parfois sans ménagement s’il reste un peu de feuilles en automne.

Il sait débusquer les petits objets ordinaires qu’on croyait avoir rangés et les déplacer farceur dans des lieux incongrus.

Gamin, j’adorais chez mes grand-parents jouer à être le vent qui déplace des objets dans des lieux inattendus. La bombe de mousse Chantilly à la place de la mousse à raser du grand-père, un sous-vêtement soigneusement plié dans le réfrigérateur, une table mise à l’envers, un fichu noué sur la tête du chat, un caramel mou dans la chaussure, une pomme sous l’oreiller… toutes ces farces absurdes que j’ai pu faire aux différents membres de la famille, comme des petits messages faits pour désarçonner les habitudes réflexes d’un quotidien trop banal, je crois bien que c’est au vent que je dois de m’en être inspiré.

Le vent est anarchiste !

Moi qui range si bien la maison, je crois que si j’aime le vent, c’est pour sa capacité à déranger, à secouer l’ordre établi. Avec lui pas de hiérarchie ! Là où il passe, du général au caporal même punition ! Le vent est très doué pour décrocher les décorations, pour se moquer des petits hommes et de leurs parures.

Le vent n’a aucun remords. On dit qu’il rend fou ? Peut-être qu’il désinhibe les timides. Certes, c’est un pousse au crime. On le sait du côté de Toulouse où l’on en faisait une excuse au tribunal. On dit bien « voler » et qui vole mieux sinon le vent ?

Le vent a sa chanson que les gens de pouvoir n’aiment guère. Il nous secoue et ceux qui ont des migraines quand il passe ont trop tenté de lui résister. Le vent, il faut le laisser filer, ne pas vouloir le retenir, il aime être libre !

Et s’il nous secoue au passage, dans notre immodestie, c’est sûrement pour nous remettre les idées en place.

Vive le vent !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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