Les envahissants souvenirs


Traîne légère de cumuli dans le ciel sec d'été

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3–4 minutes

Ils sont ma force et ma faiblesse. Je crois les avoir remisés ou même jetés, il surgissent et s’invitent, envahissants. Je veux vivre, pas me souvenir ou en tout cas, ne pas passer mon temps à ça. Ce n’est pas un roman, c’est une bibliothèque et je la traîne avec moi, riche et lourde à la fois.

Le faux allègement

J’ai raconté comment j’ai allégé la bibliothèque de la maison. La vraie, celle avec les livres imprimés. Aucun ne me manque de ceux qui sont partis. Parfois j’en cherche que je sais ici mais que je ne retrouve pas. Le hasard les fera revenir. Ou pas. Ce n’est pas si grave. D’autres devraient partir encore et se tiennent en sursis sur l’étagère.

Je me suis allégé de pas mal d’objets depuis le déménagement. J’achète peu de choses pour ne pas sombrer dans le même écueil de l’encombrement.

Si je dis, le « faux allègement » c’est que s’alléger d’objets est utile, notamment si on pense au futur, mais ça n’allège pas à l’intime. Je ne suis pas moins encombré de pensées, de souvenirs, de rêves. S’alléger des objets qui encombrent m’est nécessaire, mais pas suffisant. Ce n’est qu’une étape.

S’alléger n’est utile que pour permettre un nouvel envol, une nouvelle avancée, une mise en marche.

Ceux qu’on a perdus

Les morts. Depuis longtemps. Ils me servent de repère par rapport à des événements. Parfois la mort a été un événement.

Dans deux jours je vais me souvenir de la mort la plus tragique qu’il me fut donné de connaître. Je dis souvent : « ça c’était juste avant sa mort ». Ou après.

Je ne rêve pas des morts, je ne crois pas en leur résurrection.

Je tiens pour chaque mort plus de questions que de certitudes. Et il n’y aura jamais de réponse. Il faut l’accepter.

Pas plus que les vivants, les morts ne nous appartiennent.

Parmi les pertes, je souffre du deuil d’amis éloignés pour certaines raisons plus ou moins claires. Je m’en remets à l’improbable. Peu de chances de se revoir.

Il vient un moment où il vaut mieux ne pas chercher à faire semblant de renouer avec le passé révolu. Il faut accepter les distances et marcher

Quelle place pour les souvenirs ?

Je ne regarde jamais ou presque le peu de photos que je possède. Je ne m’assois pas un moment pour me souvenir.

Ici, j’écris parfois des moments du passé, de mes métiers, pas tous.

Je m’en sors mieux je pense en mettant en scène les souvenirs dans la fiction plutôt que dans le récit « documentaire ». Je ne suis pas historien de mon passé et ma propre histoire m’intéresse plus pour ce que j’ai à vivre que pour ce que j’ai vécu.

Ce qui est singulier, c’est la façon dont des souvenirs surgissent ou remontent à la surface, sans suggestion ou évocation particulière. Des souvenirs sans importance, des détails, des anecdotes. Ils s’imposent, n’importe quand.

Parfois je mesure qu’un souvenir vivant, un visage, reviennent d’il y a trente ou quarante ans. Je dis : « déjà ! »

Certaines personnes, je ne les reconnaîtrais pas, elles ne me reconnaîtraient pas.

Il faut prendre garde à ne pas encombrer autrui avec ses souvenirs d’ancien combattant.

Reconnaître l’avenir

Ce qui me plaît davantage c’est dans la rencontre, la perspective d’avenir qu’elle peut offrir.

Dans l’exploration, c’est la découverte d’un nouvel horizon.

J’aime faire des choses nouvelles, dans des lieux nouveaux, avec des personnes nouvelles.

L’espoir, c’est ce qui peut nous arriver.

Il me faut prendre garde cependant à vivre le présent, le cœur du présent sans être déjà celui qui collecte pour la nostalgie de demain.

J’ai trop aimé certaines personnes pour pouvoir m’en souvenir une fois séparés. C’est un piège où l’on risque d’échapper à soi même et de ne pas retenir les autres puisque leur rôle est alors d’enter dans le Musée des souvenirs.

Il faut marcher, sans but, sans notes, sans appareil photographique.


La question n’est pas de les repousser, de chercher à les gommer. Je me souviens de tout. Peut-être les laisser passer comme des ombres. Je n’ai pas de vraie nostalgie. La question est de ne pas nourrir les fantômes mais plutôt les embryons du futur.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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