J’ai pensé à vous…


Les cazelles

·

5–7 minutes

Toute la journée, levé avant cinq heures, avec les mille choses que j’ai pu faire, j’ai pensé à vous. Je n’ai cessé de penser à vous. C’était comme un flot ininterrompu de pensées qui me traversait. Comme si vous me traversiez, comme si je me lavais l’esprit du flux de vos existences, quelque chose de diffus et continu à la fois, de doux et d’apaisant…


Les proches, les éloignés

La distance ne compte pas. La proximité géographique ou temporelle non plus. Il m’arrive souvent de penser aux personnes qui comptent pour moi. Parfois nos liens sont nourris et constants, parfois plus relâchés mais nous restons reliés, d’autres que je n’ai pas vu depuis si longtemps et qui peut-être pensent moins à moi, d’autres qui ne perçoivent pas à quel point elles ou ils peuvent compter, parce que nos existences n’ont fait que s’effleurer…

Ce n’est pas la même chose avec les morts. Les morts j’y pense, mais ils ne me traversent pas, ne me parlent pas. C’est terminé. Ils ont compté mais ils ne m’emplissent plus, il n’y aura pas de retrouvailles, l’histoire est close à jamais. Les morts nous abandonnent plus ou moins volontairement parce qu’ils en avaient fini avec nous. La plupart des gens qui meurent se laissent tacitement mourir et souvent même pour nous permettre de passer à autre chose.

Les gens que j’aime ou que j’ai aimés, les amis, celles et ceux qui comptent, j’aime à les savoir vivants et j’aime l’idée que nous pourrons peut-être partager de nouveaux des moments… Ce qui est important, ce qui me vivifie, c’est de les savoir allant dans le Monde, vaquant à leurs affaires comme moi aux miennes. Je les accompagne en pensée, ils m’accompagnent. Parfois certains appellent : « J’ai pensé à toi« . Je peux répondre, « je me doutais que tu allais faire signe ».

Marc Alyn disait dans un de ses poèmes, « je mélange mes amis avec ceux du cinéma ». Le roman, le cinéma, peuvent nous donner des figures attachantes mais ils ne sont là que pour nous rappeler à nos devoirs de ne pas seulement rêver nos vies.

Ce n’est pas une question de distance, pas une question de temps.

L’intensité, l’hyper empathie

Il y a des gens dont l’existence me touche au plus au point. Par leur présence, ce qu’elles ou ils sont, leur façon d’être au monde, ce qu’elles ou ils ont su dire, ce qu’ils m’ont révélé sur moi même lorsque nous nous sommes rencontrés ou lorsque nous nous retrouvons. Souvent sans grand discours.

Ce sont des personnes qui nous ouvrent de nouvelles portes sur l’extérieur et sur nous mêmes. Exactement comme une œuvre d’art doit le faire. Ces personnes sont par leur singularité, par ce qu’elles diffusent, ce qu’elles osent incarner des œuvres d’art à elles seules, des « révélateurs ». Non pas des sources d’espoir comme s’il s’agissait d’attendre quelque chose dans le scénario, mais des humains qui autorisent à aimer, à se sentir touché… De leur rencontre naît le possible d’être soi.

Peut être cela tient-il au fait que je n’ai pas eu de famille au sens classique du terme. Je suis allé cherché mes figures d’attachement dans ce que la vie et les rencontres ont permis. Je ne suis pas blasé. Bien au contraire. Il y a des personnes qui me bouleversent, me touchent et me transforment par leur simple façon d’être au monde. Leur note. Leur différence.

Si j’aime les liens qui se tissent et se solidifient dans le temps, j’ai le goût des retrouvailles, il arrive que l’imprévu nous offre des bonheurs incroyables.

S’il y a une chose dont je peux être heureux et fier, c’est d’avoir croisé autant de personnes chouettes et extraordinaires dans mon existence.

Certes il y a des connards, des salauds, des toxiques… mais de la générosité pure, des attentifs, des gens qui évoluent dans la vie avec inventivité et grâce, altruisme et de cette bonté non pas mièvre des Tartuffe mais avec cette jolie capacité à faire alliance, faire confiance…

Oui, j’ai pensé à vous

Car si je m’émerveille de la nature, des arts, des animaux… je sais m’émerveiller de ces visages humains…

Ferrat chantait :

On a les yeux de toutes les couleurs
Le rire aux lèvres et la colère au cœur
Et des milliers de chansons dans la voix
Vous mes amis que je ne connais pas
Je ne vous connais pas
Mais je vous imagine
Rien d'autre comme en moi
Qu'un rêve qui s'obstine
Hourrah


Mais celles et ceux auxquels je pense, je ne les imagine pas. Ces personnes sont. Vous êtes. Nous avons partagé parfois un banc de lycée, une salle de classe où j'enseignais, un café, des repas, des fêtes de famille, un lit, des années sous le même toit, et nous partageons parfois encore d'autres fêtes, des messages, des lettres... Je suis vieux, il y a du monde. Je suis riche de ces existences, élargi de ces vies...
Je ne veux pas me livrer à l'exercice de l'inventaire. Certains se vexeraient, d'autres s'étonneraient... Pas besoin d'être un héros célèbre pour m'avoir apporté et transformé.
Mais au delà, penser à vous, c'est être heureux de vous voir et vous savoir dans le paysage, agissant, marchant, goûtant la vie, extraordinaires sans le savoir dans des vies parfois ordinaires que vous habitez bien mieux que les étoiles le ciel car vous êtes en mouvement...
Même lorsque nous ne nous parlons pas, comme le papillon a ses effets, de souffle en bruissement, je bois votre vie.
Je vous regarde. "Dieu nous voit" disent certains. Mais si Dieu il y a, ce que je ne perçois pas, c'est en réalité en chacun de nous, cet élan à la fois vital et créatif.

Ce matin, je "traversais" un vide-grenier, une brocante. Il y avait du monde... Je regardais ces vieux objets qui racontaient parfois des épisodes très intimes de la vie des gens, de façon très crue, presque indécente. Toutes ces vies sur le trottoir. Et je me demandais en marchant et contemplant les étals : et lui, que fait-il ? Et elle ? Où marche-t-elle ? Et celui-là , traîne-t-il encore au lit ou cet autre est-il à son enregistrement ou lui à ses douleurs... ?

Ce qui m'étonnait presque et ce qui m'a surpris tout au long de la journée, c'est tous ces visages, dont nombreux ne se connaissent pas, qui défilaient au guichet de mon cœur ou de mon âme plutôt, dans cette tendresse que j'éprouve et cette sorte de fierté de nous savoir reliés...
Oui, j'ai pensé à vous...

Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.