Je ne suis pas (encore) dendrophile, biophile sûrement à tendance phytophile certainement, je n’en suis pas encore à me frotter aux arbres ou plantes, mais les fleurs me procurent de vraies émotions qui me surprennent moi-même. Truc de vieux ? Trouble post-Covid ? Peu importe. De vrais sentiments en tout cas…
Les pivoines de mon enfance
Je raconte souvent comment à l’âge de cinq ans, j’aimais descendre en catimini au jardin, de préférence au petit matin ou juste après la pluie, pour aller fourrer mon visage tout entier dans les énormes et lourdes pivoines rouges dont de gigantesques buissons se trouvaient dans le jardin, juste devant la maison.
Je me souviens de la sensation de douceur des pétales sur le visage, de la fraîcheur mais presque d’un sentiment de consolation que j’éprouvais en allant les retrouver. C’était comme plonger en elle, boire leur vie. Je repartais rasséréné.
Les pivoines étaient des mères pour moi.
Les fleurs au jardin
Je n’aime pas tellement avoir de plantes dans la maison. Il n’y en a pas ici. Les fleurs coupées, c’est très rare. Elles sont promises à la mort et il y a vite quelque chose de triste dans un bouquet, une perte annoncée.
Au jardin, s’il y a des plantes et des fleurs cultivées, j’ai autant d’affection pour une nigelle de Damas venue d’elle même que pour les immenses rosiers qu’on trouve ici.
Pour certains, les fleurs « c’est joli ». D’autres se montrent relativement indifférents, mais je ne connais pas de personne qui éprouve une aversion réelle pour les plantes ou les fleurs. On a ses préférences, certaines sont esthétiques, culturelles… Nous associons des couleurs ou des fleurs à des événements, des sentiments… mais je ne connais pas de personne qui dise : « les fleurs, quelle horreur ! c’est répugnant ! »
Nombre de jardiniers développent une science dans l’art de cultiver plantes et fleurs. C’est presque une philosophie, un art de la patience. Aujourd’hui la sagesse leur commande de prendre garde à éviter de détruire l’environnement pour préserver une fleur de parasites ou de maladies… Ils ont beaucoup à nous enseigner. D’autres ont plus l’âme du botaniste. Ma grand-mère connaissait le nom des fleurs et leur histoire. Elle décrivait leur mode de reproduction, les phases de leur développement. Elle avait préparé l’agrégation de sciences, conservait quelque frustration d’avoir sacrifié sa carrière scientifique à son rôle de mère de famille et d’accompagnatrice de son géologue de mari… Lors des sorties, au jardin, elle savait désigner, expliciter… Elle si honnête, je l’ai découverte avec stupeur « voler » avec soin quelques boutures au magnifique jardin botanique d’Alger. Les fleurs se retrouvèrent dans son jardin en Provence… Je l’admirais et la dérangeais souvent le matin, lorsqu’elle faisait le tour des plates-bandes, arrosant avec soin ses protégées…
Des émotions
Je vous ai déjà parlé trop souvent du chêne . Je peux dire que parmi mes amis humains et animaux il compte beaucoup. Je « monte » souvent sur le causse du côté de Gréalou, rien que pour aller le voir. C’est un arbre merveilleux. Il est le « symbole » du site, vous voyez son icône au bas de chaque page. À chaque fois que je le retrouve, c’est une vraie joie, je n’y peux rien. Je « pense » souvent à lui… Un chouette chêne.
Mais depuis quelques années, ce qui m’épate, c’est que j’ai développé une sorte de sentiment d’empathie pour les fleurs et notamment ce moment pour moi fabuleux lorsque je découvre l’annonce d’une éclosion ou que je réalise, en général lors de la petite sortie matinale, qu’une plante qui dormait s’est réveillée et se met à fleurir.

Vous allez maintenant pouvoir vous gausser ouvertement de moi si ce n’est déjà fait : Aveu. Il m’arrive, dans la discrétion de mon intimité, de me trouver ému aux larmes parce que le laurier rose à fleuri dans la nuit ou que le millepertuis s’est lancé. Comme j’ai été touché de découvrir quand l’hydrangea que je croyais sec et mort est revenu à la vie. Oui, quand je vois comment ces plantes, d’elles-mêmes, se réactivent, s’inscrivent dans le cycle de la vie auquel nous appartenons toutes et tous, je suis touché, en joie réelle… Et ce que j’aime c’est leur façon de le faire à la fois résolues et sans bruit. Pas de vacarme, pas de musique, pas d’autre cri que leur affirmation, leur assertivité souvent colorée, raffinée et délicate.
La vie et l’espoir

Je crois bien que j’aime d’autant plus les plantes en ces périodes d’incertitudes, de catastrophes en cours ou annoncées. Je sais toutes ces régions du monde où elle ne fleurissent plus. La dévastation qui touche les humains, n’épargne ni les bêtes, ni les plantes…
Mais, il suffit d’une averse, un brin d’herbe s’insinue entre deux pierres ou deux plaques de béton. Une pâquerette trouve à pousser dans une faille. Les adventices tenaces ne cessent de nous inviter à célébrer la vie, de nous rappeler à nos devoirs…
Tu montres un peu d’attention aux plantes, tu les laisses s’épanouir, se développer, elles te le rendent au centuple.
En écrivant, j’ai tourné la tête vers le jardin où je peux admirer deux énormes buissons de roses, un peu lavés par l’averse mais d’une beauté généreuse qui me renvoie aux plus beaux tableaux… Un autre laurier rose s’apprête à fleurir après que son cousin de l’autre côté du jardin se soit déjà lancé.
Ici, les pivoines ne pousseraient pas, je ne plonge pas la tête dans les fleurs mais je vais les visiter, admiratif, m’extasiant parfois à haute voix.
Alliées quand je suis joyeux, accueillantes pour qui passe, bienveillantes et consolatrices, je leur dois tellement que je suis obligé de leur dire. C’est en cela que je suis amoureux des fleurs et je serais triste si je ne pouvais plus m’en approcher…

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