Encore ! l’adverbe sensuel

Publié le Catégorisé comme mots
roman
"Book Reading" by Caio Resende/ CC0 1.0

Stop ou encore ? Il y a parfois de l’avidité au bord du dégoût. Un abus de sensualité, de débauche presque. Ou parfois du désabusé quand ça ne change pas. De l’impatience lorsque ce n’est « pas encore » le bon moment. Encore faudrait-il que je me sente capable de maîtriser cet adverbe qui s’insinue partout.

Encor fait le snob

En poésie il lui arrive de perdre son « e »

Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;

Donne m’en un de tes plus savoureux,

Donne-m’en un de tes plus amoureux :

Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Louise Labé chantait cela au risque de troubler certains. Mais c’était la forme ancienne de l’adverbe.

J’suis snob… Encor plus snob que tout à l’heure

Et quand je serai mort

J’veux un suaire de chez Dior !

Boris Vian chantait ainsi l’encor pour le jazz des années cinquante.

Boris Vian jeune

Trivial

« Encore eût-il fallu que je l’eusse su ! » Ce plus que parfait est plus seyant que la forme triviale qui court souvent pour la joie des jeux de mots…

Mais le « Encore, encore ! » crié comme un appel s’est perdu dans la littérature érotique de bas de gamme ou probablement dans la pornographie filmée.

On en veut plus, on en veut trop.

Ou bien l’on demande juste « encore un peu, s’il vous plaît ». On devient l’obligé-e .

Théâtral

« Eh quoi encore ! » Se dit mieux avec l’accent et la voix de Raimu énervé. Voilà que l’on s’énerve n’aimant pas être dérangé. Ou bien le reproche va poindre : « Tu t’es encore surpassé ». On va se moquer de l’autre… Ou le contredire doucement « Encore que…. »

Désabusé ?

L’adverbe en balade

Mais le voilà encore cet adverbe qui s’insinue dans la conversation. Il y a de la confidence, de la proximité. Il y a de l’aveu dans l’encore. Quelque chose dont on ne se débarrasse pas vraiment. Ou de la mélancolie. « Je voudrais encore te retrouver comme au temps de notre jeunesse ».

Encore à l’instar d’autres adverbes se glisse comme un jeu de parole. Une incise qui en dit long malgré nous.

Ce n’est pas encore ça. Peut-être y parviendrons-nous demain. C’est encore moins, c’est encore plus… L’adverbe se marie volontiers pour commettre son forfait. Je me demande s’il s’assume vraiment ou alors seulement comme un aveu de faiblesse.

Mais alors, où est-il encore ?

J’ouvre au hasard la page soixante-six de l’Exil à domicile de Régis Debray et je tombe sur « Un conseil à qui en veut encore ». Tu vois bien que la coupe est pleine. C’est encore la même chose avec celui là, ou la politique ou les tristes nouvelles du monde. Mais encore ce n’est pas toujours. Ça va bien finir par s’achever comme une épectase ou dans un essoufflement. Décidément. Le corps est dans l’encore.

Par Vincent Breton

après avoir travaillé dans l'enseignement, je consacre une bonne part de mon temps à l'écriture. Je m''intéresse à l'idée de changer ma vie grâce à la poésie. J'écris un journal, de la fiction, de la poésie et des chansons.

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