La peur du poème


le causse au coucher du soleil en août 2026

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1–2 minutes

Certaines personnes restent à la porte du poème plus par peur que par désintérêt. Inédit en version lue et texte.

L’audio

Le texte

Lui regardait apeuré le poème
Comme s’il risquait quelque chose
Plus que la peur de l’ennui
Ou celle de ne pas comprendre

Il y avait la crainte
De ne pas être sa place
Dans le ventre du poème

Quand tu entres dans le poème
Tu pénètres l’intimité de la langue
Tu vas dans la conque féminine la plus sinueuse

Tu vois la langue nue
Et pire encore
La langue te regarde

Le poème te voit déshabillé et désarmé
Le poème lit dans tes failles

Il te décrypte méthodiquement
Dans tes aspérités, tes regrets, tes chagrins
Et surtout dans tes soubresauts

Si tu le laisses faire, le poème
Il ouvre des portes,
Te conduit vers l’inattendu

Il reconnaît ton enfant intérieur
Il s’assoit dans ta chambre
Ouvre les tiroirs, soulève les tissus
Il fouille tes cahiers, ta mémoire
Il sait tout du linge sale de tes rendez-vous manqués

Il sait ton véritable désir

C’est bien ça qui fait peur
C’est pour ça qu’il fait peur le poème,
Le poème sait ce qui est vaniteux, ridicule, obscène
Une petite vie faite d’économies
Une vie de parcimonie
Une vie d’abstention et de devoir
Une vie à rester chez soi
Mais sur cette peur, dans la confidence de la page, dans le murmure, dans tes songes
Si tu acceptes qu’il te libère, si tu t’allèges de l’espoir de comprendre
Dépassant tes doutes, tu oseras la route
Avec tes souvenirs, tu marcheras, réinventant le récit de ton avenir poétique

D’autres poèmes lus https://vincentbreton.fr/poesie/poemes-lus-a-lombre/


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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