Certaines personnes restent à la porte du poème plus par peur que par désintérêt. Inédit en version lue et texte.
L’audio
Le texte
Lui regardait apeuré le poème
Comme s’il risquait quelque chose
Plus que la peur de l’ennui
Ou celle de ne pas comprendre
Il y avait la crainte
De ne pas être sa place
Dans le ventre du poème
Quand tu entres dans le poème
Tu pénètres l’intimité de la langue
Tu vas dans la conque féminine la plus sinueuse
Tu vois la langue nue
Et pire encore
La langue te regarde
Le poème te voit déshabillé et désarmé
Le poème lit dans tes failles
Il te décrypte méthodiquement
Dans tes aspérités, tes regrets, tes chagrins
Et surtout dans tes soubresauts
Si tu le laisses faire, le poème
Il ouvre des portes,
Te conduit vers l’inattendu
Il reconnaît ton enfant intérieur
Il s’assoit dans ta chambre
Ouvre les tiroirs, soulève les tissus
Il fouille tes cahiers, ta mémoire
Il sait tout du linge sale de tes rendez-vous manqués
Il sait ton véritable désir
C’est bien ça qui fait peur
C’est pour ça qu’il fait peur le poème,
Le poème sait ce qui est vaniteux, ridicule, obscène
Une petite vie faite d’économies
Une vie de parcimonie
Une vie d’abstention et de devoir
Une vie à rester chez soi
Mais sur cette peur, dans la confidence de la page, dans le murmure, dans tes songes
Si tu acceptes qu’il te libère, si tu t’allèges de l’espoir de comprendre
Dépassant tes doutes, tu oseras la route
Avec tes souvenirs, tu marcheras, réinventant le récit de ton avenir poétique
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