La semaine fut triste. Perdre un compagnon présent au quotidien depuis plus de quatorze ans ce n’est pas rien. Mais je ne veux pas laisser la tristesse faire son nid. Si je ressens le manque, j’éprouve aussi des sentiments de gratitude ou de reconnaissance. Il y a un avant et un après. Et ce qui va s’écrire à présent…
Multiples reconnaissances
Galou
Je sais ce que je dois à Galou. Tout chien qu’il était, nous nous sommes accompagnés parfois dans l’adversité et nos diverses aventures et rencontres. Ces quatorze ans furent une époque faite de joies mais aussi d’épreuves ou de changements forts et multiples. Il a été là. Fil conducteur, vaillant et optimiste, toujours partant, toujours patient, lecteur insatiable de mes émotions et de mon intimité. Un complice parfait. Une belle intelligence attentive et je suis convaincu qu’il était sensible à la poésie des paysages, à la vie… Je le vois encore léchant avec tendresse les chatons d’Isis.
Les soignants
Je sais ce que je dois aux soignants. La médecine vétérinaire soigne aussi les hommes en ce sens qu’elle aide à mettre des mots sur la souffrance animale avant de la soulager. Une grande part de nos nombreuses visites était consacrée au récit des souffrances du chien. Je me doute bien que la dimension liée au propriétaire du chien, son attitude, sa perception, sa psychologie joue dans l’appréhension de la pathologie de l’animal et de son traitement. J’ai vu l’émotion de la personne qui le prit en charge lors des séances de physiothérapie. Elle a bien voulu accompagner son départ et l’a fait avec une justesse, une attitude professionnelle et empathique. Je lui suis reconnaissant d’avoir su faire preuve de respect tout en déculpabilisant le rôle du maître.
Les amis proches ou d’ailleurs
Cet ami qui eut droit au compte-rendu quotidien presque tous les jours, l’entourage qui a su trouver les mots, même les personnes croisées à la promenade… Et puis les gens de Mastodon , des lectrices et lecteurs qui écrivent au site, la famille, d’autres amis. Tous ces petits signes de la main, ces messages, ces mots écrits, ces paroles…merci !
Isis

Elle a toujours connu Galou. Et lorsque nous sortions avec le chien, elle allait d’abord vers lui pour se frotter amicalement, et de truffe à truffe les « bisous » n’ont pas manqué entre eux deux. Elle lui faisait confiance et lorsqu’il a été malade, a toujours su jouer les infirmières dormant près de lui, encore ces derniers jours.
Elle est restée longtemps au portail hier, comme pour l’attendre. Elle qui ne fait jamais ça. Ses habitudes à elle, ses propres rituels sont ancrés. Mais par exemple les repas, ils les prenaient ensemble. Elle est évidemment plus tendre que jamais. Heureusement, elle a ses amis chats juste à côté…
Les poètes
Cette semaine malgré les soins à donner, les questions… J’ai lu beaucoup de poésie et la dire m’a aidé.
Je ne crois pas en Dieu, mais dans le souffle poétique et dans la puissance de la vie. La compagnie des poètes, leurs textes, leur souffle, tout cela aide à la fois à dire les émotions et à les dépasser.
Plutôt que des antidépresseurs, nous ferions bien de prescrire davantage de poésie au quotidien.
Je dis souvent que la poésie aide à tenir… et je suis également redevable et reconnaissant aux poètes pour l’aide qu’ils nous apportent. la poésie aide à tenir.
Habitudes et changements
En marchant hier jusqu’au village, j’ai mesuré à quel point depuis des mois j’avais ralenti mon pas pour le placer dans celui de Galou. À la fin, il fallait le soutenir, le relever de ses chutes…
Marcher là où nous sommes passés tant de fois, et je le ferai encore, c’est une façon de le retrouver. Si son pas fut lent et difficile à la fin, je me souviens forcément de ces moments où c’est moi qui m’essoufflais derrière lui… ou bien dans les collines, comment il faisait dix fois en courant le trajet que nous faisons ahanant.
J’ai mesuré combien depuis des semaines mon tempo et mes activités étaient centrées autour de lui. Je peux être reconnaissant envers moi même d’avoir été un bon compagnon, prévenant pour Galou. Je n’aime pas le mot de « maître » même si je lui donnais des ordres… mais il avait aussi ses injonctions (sortir, jouer à la balle qu’il pleuve ou vente !).
Le temps se déploie déjà autrement…
Bien sûr, il y a ces réflexes : plus de soins, pas de sorties à penser pour lui, de repas… Hier, coupant un petit morceau de fromage, je compris que la croûte dont il se délectait resterait abandonnée. Plus personne ne vient me regarder sous la douche attendant la sortie espérée. Il ne me regardera plus mettre mes chaussures dans ce mélange d’inquiétude de devoir rester seul et d’espoir de balade dans la nature qu’il aimait tant. Les peluches n’encombrent déjà plus le tapis. J’ai effacé les dernières traces de pattes et défait les aménagements de la voiture. Galou occupait l’espace temps, le jardin, la maison et ses rythmes laissant partout sa signature de poils.
Au vide apparent qu’il laisse, il emplit à présent mon espace intime. Je le porte en moi et dans la liberté d’une certaine façon retrouvée, je marche transformé parce qu’il a laissé en moi. Oui, un chien peut vous aider à devenir meilleur tout comme une personne humaine.
Je ne suis pas de ceux qui préfèrent les bêtes aux hommes. Aimer mon chien, c’est mieux aimer les hommes.
Chacune des expériences de la mort que j’ai pu faire m’a ainsi transformé et étrangement revitalisé, ou en tout cas engagé à me remettre en marche, pour faire autre chose, avancer…
J’ai déjà perdu des animaux, des chats, des chiens…
Lui, c’est tout de même différent et probablement aussi fort que la mort d’humains qui ont compté même si je réagis je le pense avec une volonté plus marquée de ne pas nier ma tristesse tout en refusant de lui céder le pas.
Me voici à présent en mouvement. Je regarde autrement le monde convaincu qu’il faut marcher pour lui donner du sens.
Merci !


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