Faute de forces suffisantes, la dernière promenade avait été interrompue. Je devais à Galou de retourner sur le causse, son lieu, notre lieu. Un peu plus d’une semaine après sa disparition, le retour sur le causse à Gréalou, c’était pour conjurer la tristesse, aller saluer le chêne et boire à pleins poumons le flux mystique du ciel.
Notre ami le chêne
Symbole du site, je tiens le chêne pour un ami personnel. Nul besoin de lui raconter votre vie, il sait tout de vous. Je lui caresse respectueusement l’écorce. Elle est douce. Jamais Galou n’aurait osé lever la patte sur lui. La dernière fois, nous n’avions pu que le voir de très loin. Ce sont toujours des retrouvailles émues. Il savait évidemment.

Je ne connais pas de plus beau chêne, de plus bienveillant et attentionné. Il veille sur les marcheurs de Compostelle, les curieux qui viennent aux cazelles. Il sait transmettre son énergie, pas comme le ferait une tasse de café ou un excitant quelconque, non. C’est de l’énergie calme, quelque chose d’apaisant et de reliant qui vous emplit et irradie le corps.
Voilà le meilleur allié pour aider à dépasser la tristesse ou plutôt qui sait vous en faire une écharpe tendre et vous permettre de renouer avec le meilleur de la mémoire.

Ces étranges niches (des cazelles modernes où l’été souvent des marcheurs viennent dormir), le chien n’osait pas s’y aventurer. Il préférait passer sous le portique et guetter côté Quercy ce qui pouvait frémir dans les buissons.
J’aime me tenir sous l’arbre pour contempler. En automne, en hiver, il y a peu de monde.
Partout où je regardais, je voyais le chien humer, décrypter les secrets entre les pierres, les herbes et les buissons.
Galou partout
Ce lieu, nous le fréquentions depuis octobre 2023. Au début, le chien encore en forme galopait assez pour fureter à sa guise et débusquer quelque lièvre. Un soir d’été, nous étions tombés nez à nez avec un lourd sanglier qui avait hésité un instant à nous charger.
Nous avons croisé ici tant de passants, d’autres chiens, des enfants. La paix exalte tout.
J’ai commencé le chemin un peu triste, reconnaissant les pierres où il avait buté. Puis je l’ai retrouvé humant, furetant, courant devant moi et même emplissant tout de sa présence.
C’est un lieu de joie. Un lieu de délivrance. Un lieu où je peux réveiller les moments partagés et fabuleux. Ce bonheur de l’animal dans la nature. Et le voilà partout, dans le grand Tout. Hommage intime à sa générosité, à sa tendre énergie, à sa résolution.
Je n’ai pas de croyances qui s’articuleraient dans une religion, une idée de Dieu. Mais la mystique du lieu est puissante. C’est une sorte de cathédrale à ciel ouvert où l’on se sent relié à la Terre et au Ciel dans une unité, une puissance et une douceur qui vous dépassent.



Pour cette fin d’automne l’air était étonnamment tiède. Je n’ai éprouvé aucun sentiment de solitude tant ce plateau vibre de présences. La cohorte des nuages est un spectacle toujours renouvelé.
J’ai peut-être bien évoqué à l’intime d’autres ancêtres, ces passants qui m’ont fait et transformé, ces rencontres précieuses à jamais dans la Paix.


Un mot en retour ?