Dans le luxe du flux poétique

Publié le Catégorisé comme sur le vif
Maisonfleurs 1

Je suis retourné là bas. C’est une chance, c’est un luxe, je l’ai déjà dit, une façon de se laver l’âme et le cœur. Mais qu’on ne s’y méprenne, rien d’anecdotique, aucun tourisme dans ce flux de sensations qui traversent et transforment. Alors, lorsqu’on redescendra plus tard dans la vallée, ce n’est pas seulement chargé d’une joie niaise ou de la sérénité, ce n’est pas le contentement égoïste de celui qui a bu à plus soif. C’est autre chose. Un lien intime à la terre, au paysage. Une expérience. Une mise à distance des petites disputes niaises, de cette actualité sinistre… Le plein de souffle de la vie. Comme si la nature parlait. Sans filtre, sans morale. Juste pour insuffler la vie et permettre à qui veut de s’en gorger les poumons et le cerveau.

Galou dans le chemin

Tous ces chemins

Ce pays a su par ici plutôt bien respecter la nature. Et pourtant les hommes y sont passés depuis tant et tant de siècles, avant de savoir les compter, avant même d’être des paysans… Ils y ont tracé tant de chemins, ont installé des lieux de culte… Dolmens, croix, marcheurs de Compostelle et la pierre sèche partout sur cette terre rouge leur a permis de bâtir maisons et caselles, de protéger les champs…

Paysage vivant qui invite au voyage comme à la contemplation. Le marcheur a de quoi marcher. Celui qui veut observer sera nourri tout autant.

Le lieu vous traverse à l’horizontale et vous place dans l’axe vertical : de la terre au ciel. C’est du grand spectacle…

Parfois un cri d’oiseau strident se fait entendre. Un rapace s’élève et disparait. Ou bien un âne, vigie infaillible se fait entendre au loin… Nous n’aurons croisé que deux humains : l’une rêvant devant un mur de pierre, l’autre pédalant concentré. Ici, on se salue sans déranger.

Cet été, je reviendrai la nuit, pour les étoiles au mois d’août. J’ai cette promesse dans mon sac et j’espère que le chien restera assez vaillant pour me suivre encore.

coquille saint jacques pour les marcheurs de Compostelle

Le retour calme

Je suis rentré à la maison, calme, tranquille, vaquant paisiblement aux choses simples. Le jardin frémit, une haleine chaude nous fait espérer prématurément le changement de saison…

Quand on lit un poème on est empli de mots, ces mots vous ouvrent l’esprit… Quand on aime, les sensations nous font jubiler à l’écho reçu et partagé. Mais là bas, seul dans le paysage, pour peu qu’on ose se laisser aller sans intellectualiser, le souffle de la vie vient vous emplir sans mots. Sans verbe.

C’est bien avant le bavardage des religions, c’est bien avant l’idée de Dieu qui n’est qu’une invention pour réduire sûrement l’intensité de cet élan de la Vie. Surtout ne pas chercher à définir, mais accepter ce bouleversement intime, cette joie gratuite, ce flux d’émotions…

Car on ne revient ni égoïste, ni endurci et encore moins absent d’empathie après être resté « seul dans le paysage » comme le chante Jacques Bertin. Je ne sais si l’on revient plus sage, si l’on est dans cette confidence intime de la grâce…

Pendant que je vous écrivais la nuit est tombée subitement… Et je tente de vous imaginer, dans vos villes lointaines, vos appartements, dans ce bruissement. Je ne prie pas, ça n’existe pas chez moi. Mais je vous envoie de bonnes ondes, un peu de ce flux reçu tout à l’heure sur les causses du Quercy…

Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

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